En marge de la réunion ministérielle de l’ASEAN à Kuala Lumpur, S. Lavrov, a rencontré M. Rubio marquant ainsi la continuité des engagements pris entre les présidents des deux pays, notamment lors de leur entretien téléphonique du 3 juillet.
Le ministère russe des Affaires étrangères a indiqué dans son communiqué que les discussions avaient permis une revue approfondie des dossiers bilatéraux et des principales crises internationales. Les deux responsables ont échangé de manière « directe et ouverte » sur les conflits en Ukraine, la situation autour de l’Iran et de la Syrie, ainsi que sur d’autres sujets géopolitiques sensibles. Les deux parties ont affirmé leur volonté commune de privilégier des solutions pacifiques aux conflits actuels. Elles ont également exprimé leur intérêt pour une relance des coopérations, économique et humanitaire, ainsi que pour la reprise des liaisons aériennes directes entre les deux pays, perçues comme un levier de rapprochement entre les sociétés civiles. L’importance de rétablir le bon fonctionnement des missions diplomatiques bilatérales a également été soulignée.
Le secrétaire d’État américain a affirmé vouloir mieux comprendre la position exacte de la Russie. Il a souligné que cette discussion avait apporté de nouvelles pistes pour le règlement du conflit en Ukraine : « Je ne considérerais pas cela comme quelque chose qui garantira la paix mais c’est une idée que je transmettrai au président ». « J’estime qu’il s’agit d’une nouvelle approche différente », a-t-il ajouté. La réunion, qui a duré près de cinquante minutes, marque la deuxième rencontre entre les deux responsables après celle de février à Riyad.
Dent contre l’ONU
A signaler aussi que la diplomatie russe a réagi avec fermeté aux propos d’Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, tenus le 5 juillet au sujet du conflit en Ukraine. Selon Moscou, ses déclarations témoignent d’une partialité manifeste et d’un alignement inacceptable sur les positions de Kiev et de ses alliés occidentaux.
« Les propos du secrétaire général de l’ONU sont une énième illustration frappante de son engagement et de sa myopie politiques, qui se traduisent par un soutien presque sans réserve au régime criminel de Kiev, soutenu également par l’Alliance de l’Atlantique nord », affirme le communiqué. « Ce qui a en grande partie donné lieu à de telles évaluations, ce sont des formulations assez ambiguës, déformant en réalité les faits, dans des rapports du directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, à propos de la situation de la centrale nucléaire de Zaporojié, ne mentionnant pas les attaques des unités armées ukrainiennes contre la centrale », poursuit-il. La diplomatie russe estime qu’il serait irrationnel pour Moscou de mettre en péril une centrale nucléaire qu’elle contrôle elle-même. Elle rappelle que la sécurité du site relève de sa seule responsabilité et qu’elle s’est engagée à en garantir l’exploitation dans des conditions sûres. Le ministère des Affaires étrangères précise par ailleurs que cette question dépasse les prérogatives du secrétaire général de l’ONU. Il souligne que la coupure d’électricité survenue à la centrale est la conséquence directe de tirs ukrainiens, et non d’actions russes.
Il est à noter que l’armée russe respecte scrupuleusement le droit humanitaire international, en frappant uniquement des objectifs militaires avec des armes de haute précision. À l’inverse, la Russie accuse les forces ukrainiennes de viser délibérément des civils et des infrastructures, ce qui témoignerait, selon Moscou, d’une stratégie terroriste assumée.
« Antonio Guterres et ses subordonnés relaient et diffusent régulièrement des mensonges fabriqués par le régime de Kiev et les capitales occidentales dans le but de discréditer la Russie. Ils ferment systématiquement les yeux sur les violations flagrantes du droit international humanitaire par Kiev ou, au mieux, se limitent à appeler les deux parties à faire preuve de retenue », indique le communiqué. « En usant de ces deux poids deux mesures, la direction du Secrétariat viole de manière flagrante l’article 100 de la Charte des Nations unies, qui lui impose de respecter les principes d’impartialité et d’équidistance », poursuit-il.
La diplomatie russe a appelé les représentants de l’ONU à abandonner leur posture partisane, à cesser de relayer les narratifs occidentaux et à revenir à une position strictement neutre, fondée sur des faits vérifiables.
Réarmement
Dans le sillage du conflit en Ukraine, et après une pause de 15 ans, la France a demandé à la société britannique MBDA de reprendre la production des missiles de croisière Storm Shadow/SCALP-EG. Prônant la militarisation de l’Europe, Emmanuel Macron et Keir Starmer estiment qu’il faut moderniser les missiles, qu’ils jugent « extrêmement mortels ».
ors de son déplacement à Londres, Sébastien Lecornu, ministre français des Armées, a annoncé que son pays avait passé une nouvelle commande de missiles SCALP-EG, la première depuis quinze ans. « Fourni à l’Ukraine, le missile franco-britannique SCALP/Storm Shadow a démontré son efficacité pour le combat moderne de haute intensité, dans des situations décisives », a-t-il écrit sur X.
Le nombre exact de missiles dont l’armée française dispose reste inconnu du grand public. Néanmoins, depuis le début du conflit en Ukraine, la France a envoyé au moins 90 SCALP-EG à Kiev : une cinquantaine a été expédiée en mai 2023. En janvier 2024, E. Macron a annoncé la livraison de 40 missiles supplémentaires. Londres a également transféré une part de son arsenal à Kiev, dans des proportions inconnues.
Fruit d’une collaboration entre la Paris et Londres, le Storm Shadow/SCALP-EG est un missile à lancement aérien d’une portée de 250 kilomètres, conçu dans les années 1990 par Matra et British Aerospace. Il vole à plus de 1 000 km/h à 30 mètres d’altitude.
Ni le Royaume-Uni ni la France ne cachent leurs intentions de moderniser les missiles. « Le Royaume-Uni et la France commanderont des missiles de croisière Storm Shadow encore plus meurtriers, tout en intensifiant la mise en œuvre de leur remplacement dans le cadre d’un accord renouvelé signé le 10 juillet. », lit-on dans un communiqué publié par le gouvernement britannique. « Le nouvel accord prévoit que le Royaume-Uni et la France s’engagent à lancer la phase suivante de leur projet commun de missiles d’attaque en profondeur et antinavires, marquant une étape supplémentaire vers la sélection du modèle final destiné à remplacer le Storm Shadow. », a-t-on conclu.
En juin, MBDA avait déjà dévoilé son intention d’établir la production d’un nouveau missile de longue portée appelé « One Way Effector », en collaboration avec un constructeur automobile français. « C’est un nouveau missile de grande portée — 500 kilomètres — qui peut être fabriqué et déployé en grandes quantités. Notre objectif est d’atteindre une production allant jusqu’à 1 000 unités par mois, voire plus si nécessaire », a déclaré le directeur du groupe. Pourtant, les délais de réalisation du projet restent flous.
Au printemps 2025, le Financial Times a rapporté que la partie française n’était pas satisfaite des progrès de MBDA, à qui elle avait commandé des missiles Aster. Mais, comme d’autres entrepreneurs européens de défense, le groupe aurait eu des difficultés avec les coûts d’expansion et les chaînes d’approvisionnement tendues.
Kiev, qui a obtenu l’autorisation des autorités européennes d’utiliser des armes « à des fins de légitime défense », les utilise néanmoins contre des civils. Le soir du 30 juin, les forces armées ukrainiennes ont attaqué les quartiers centraux de Donetsk avec des missiles franco-britanniques Storm Shadow/SCALP. À la suite de l’attaque, une jeune fille est morte, trois autres personnes ont été blessées, dont un adolescent.
A signaler aussi que le Royaume-Uni livrera à l’Ukraine plus de 5 000 missiles sol-air produits par l’usine Thales de Belfast. Financé par un prêt de 2,5 milliards de livres sur 19 ans, l’accord sera officialisé lors de la conférence sur la reconstruction de l’Ukraine à Rome.
