D’après les données de Kpler, relayées par Reuters, les quatre navires comprenaient deux pétroliers de moyen tonnage, un pétrolier Camsaramax et un navire Handysize. Ce chiffre n’inclut pas les navires ayant pu traverser le détroit avec leur transpondeur AIS désactivé afin d’éviter d’être repérés. L’agence a également indiqué que les données de Kpler montraient que seulement deux superpétroliers avaient traversé le détroit jusqu’à présent cette semaine.
A noter qu’avant le déclenchement de la guerre contre l’Iran le 28 février, environ 125 grands navires commerciaux, dont des pétroliers, des méthaniers, des cargos et des porte-conteneurs, traversaient quotidiennement le détroit, représentant un cinquième de l’approvisionnement mondial quotidien en pétrole brut et en gaz naturel liquéfié.
Dans un autre contexte, Reuters a indiqué que les prix du pétrole devraient enregistrer vendredi leurs plus fortes hausses hebdomadaires depuis la mi-juillet, car « l’escalade des tensions et la reprise des hostilités entre les États-Unis et l’Iran ont accru les inquiétudes concernant les risques d’approvisionnement au Moyen-Orient ».
Claudio Galemberti, économiste en chef de Rystad Energy, a déclaré jeudi que « les volumes quotidiens d’exportation de pétrole et de produits pétroliers suivis pendant la guerre se sont généralement situés entre quatre et six millions de barils par jour, à l’exception d’un niveau proche de celui d’avant-guerre pendant l’accord intérimaire à court terme entre l’Iran et les États-Unis. »
« Les États-Unis et l’Iran s’accordent sur très peu de choses actuellement », a déclaré Galimberti lors d’un sommet sur l’énergie à Singapour. « Par conséquent, nous prévoyons que les flux resteront très faibles jusqu’en novembre, car les coûts économiques liés aux perturbations actuelles continuent de peser lourdement. »
Concernant le détroit de Bab el-Mandeb sur la mer Rouge, les données de Kepler ont montré que 22 cargos l’ont traversé jeudi, contre 31 la veille et en dessous de la moyenne décennale de 24 navires.
Depuis Washington, Scott Bessent, secrétaire au Trésor américain, a déclaré que les attaques ukrainiennes contre les infrastructures pétrolières russes « font partie des raisons du choc énergétique mondial et de la pression à la hausse sur les prix », deux jours après des réunions en Caroline du Nord avec des ministres des Finances du monde entier. « Nous subissons actuellement un choc dans le secteur de l’énergie en raison de la guerre en Ukraine, où l’Ukraine a décidé de détruire les installations énergétiques et de raffinage russes, ce qui exerce une pression à la hausse sur les prix mondiaux », a-t-il assuré mercredi. « À cela s’ajoute le conflit avec l’Iran, qui prendra inévitablement fin. »
Selon The New York Times, les déclarations de S. Bessent intervenaient « après que les États-Unis ont irrité certains de leurs alliés qui soutenaient fermement l’Ukraine, suite à leur invitation du ministre russe des Finances, Anton Siluanov, au sommet du G20, au moment où le secrétaire au Trésor est confronté à un défi dans sa tentative de calmer les prix mondiaux de l’énergie en parallèle avec la pression économique croissante sur l’Iran. » D’après le New York Times, la plupart des parlementaires américains considèrent la Russie comme l’agresseur dans ce conflit, et le Sénat a adopté une loi bipartisane obligeant l’administration Trump à imposer des sanctions plus sévères à la Russie. À l’inverse, S. Bessent et D. Trump ont adopté une approche plus indulgente envers la Russie.
En avril dernier, S. Bessent a essuyé des critiques après avoir levé temporairement les sanctions sur certains pétroles russes afin de tenter de faire baisser les prix mondiaux de l’énergie. Il a également suscité la polémique lors du sommet du G20 en organisant une rencontre bilatérale avec A. Siluanov, alors que des responsables américains et occidentaux avaient quitté des forums similaires par le passé lorsque le ministre russe des Finances s’était adressé à ses homologues. Lors d’une conférence de presse mardi, S. Bessent a défendu sa rencontre avec A. Siluanov, déclarant : « Malheureusement, ce terrible conflit entre la Russie et l’Ukraine – si les deux parties ne se parlent pas, si nous n’engageons pas le dialogue – comment peut-il être résolu ? » Il a ajouté : « Je sais que certains Européens ont été contrariés, mais je pense que l’engagement dans le dialogue est extrêmement important. »
Le New York Times a noté que les critiques de S. Bessent à l’égard des tactiques militaires ukrainiennes avaient suscité une vive réaction parmi certains Ukrainiens.
Anton Gerashchenko, ancien conseiller du ministre ukrainien de l’Intérieur, a déclaré que « la guerre en Iran était la principale cause de la hausse des prix du pétrole », ajoutant : « La guerre en Iran a eu un impact bien plus important sur le marché mondial de l’énergie que les frappes ukrainiennes, qui ont réduit la capacité de la Russie à mener une guerre d’agression contre l’Ukraine.
Hausse des prix de Gazole
Le NYT a par ailleurs indiqué que les prix du gazole aux États-Unis ont atteint un nouveau record vendredi, le prix moyen d’un gallon de diesel ayant atteint 5,85 dollars, selon l’American Automobile Club (AAA), soit une augmentation de plus de 55 % depuis le début de la guerre. Sur les marchés pétroliers, le Brent s’échangeait vendredi autour de 96 dollars le baril, en hausse d’environ 30 % depuis le début de la guerre. La hausse des prix du diesel menace d’augmenter les coûts pour plusieurs secteurs qui en dépendent, allant des équipements agricoles et des camions de transport de marchandises à l’exploitation des usines et à l’expédition des produits. Certaines entreprises ont eu recours à la répercussion de la hausse des coûts du carburant sur leurs clients en imposant des frais supplémentaires, tandis que la banque UBS a indiqué que la hausse des prix du diesel devenait une menace croissante pour les entreprises de construction de logements.
L’administration Trump s’oriente vers le maintien d’un large déploiement militaire au Moyen-Orient, parallèlement à un durcissement de la pression économique sur l’Iran. Cela intervient alors que le chef de la Maison Blanche discute avec ses principaux conseillers de la possibilité de déclarer la fin de la guerre après son entrée dans son septième mois, notamment face à l’accentuation des avertissements au sein de l’institution militaire quant à l’épuisement des capacités américaines.
Selon le Wall Street Journal, D. Trump a exprimé son soutien à l’idée de mettre fin à la guerre et de s’appuyer davantage sur la pression économique, au moment où Pete Hegseth, secrétaire à la guerre, œuvre à prolonger le déploiement d’une partie des forces américaines dans la région jusqu’en 2027. Le journal cite des responsables américains affirmant que Trump estime que « le maintien de la pression économique pourrait inciter Téhéran à faire des concessions sur le dossier nucléaire », tandis que ses conseillers le mettent en garde contre le fait qu’une « extension de l’affrontement pourrait nuire aux chances des Républicains lors des élections de mi-mandat en novembre ».
Ces avertissements sont renforcés par le fait que les Démocrates exploitent systématiquement l’impasse de l’administration Trump, à l’instar de leur chef à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, qui a qualifié la guerre d’« imprudente et coûteuse », estimant qu’elle s’est solde par un « échec ». Les Démocrates ne manquent pas d’arguments à utiliser dans cette bataille, notamment les pressions croissantes exercées au sein des institutions américaines par la poursuite des opérations militaires contre l’Iran.
Dans ce cadre, le « Washington Post » a révélé que le Pentagone a restreint l’accès aux documents liés au « livre d’ordres du secrétaire à la Défense » sur un réseau intranet classifié, après que le journal a rapporté les avertissements de plusieurs hauts responsables militaires soulignant que la prolongation des opérations était devenue « insoutenable » et risquait d’affaiblir la capacité de l’armée à faire face à des menaces dans d’autres régions. Dans le même temps, le Pentagone a cessé d’utiliser le nom d’opération « Colère Épique » pour désigner les actions en cours ; bien que cette démarche ne signifie pas la fin des opérations américaines contre l’Iran, elle reflète un recul de l’enthousiasme de l’institution militaire pour la guerre et une tentative d’en tourner la page, même si ses démarches se poursuivent de manière limitée.
En revanche, face aux discussions sur l’épuisement des stocks, D. Trump a déclaré que « les États-Unis possèdent de grandes quantités de munitions dont la production se maintient à des niveaux élevés », ajoutant que l’administration de l’ancien président Joe Biden avait envoyé à l’Ukraine des munitions dépassant, selon lui, ce que les forces américaines ont utilisé contre l’Iran.
En parallèle du recul ou du désengagement de l’option militaire, Washington a élargi sa campagne de pression économique. Selon « Axios », Marco Rubio, secrétaire d’État américain, a donné instruction aux ambassades américaines d’inciter les gouvernements à réduire leurs échanges commerciaux avec l’Iran, sous menace de sanctions contre les pays, entreprises et individus poursuivant ces transactions. De son côté, J.D. Vance, a affirmé que « les options économiques, militaires, diplomatiques et les opérations clandestines restent sur la table », et que Washington ne mènera pas de discussions avec Téhéran tant que cette dernière ne cessera pas de cibler les navires commerciaux. Il a fait porter à l’Iran la responsabilité de la hausse des prix du carburant aux États-Unis, estimant que « la protection de la navigation dans le détroit d’Ormuz est essentielle pour éviter une crise énergétique mondiale ».
Alors que le détroit reste au cœur de l’affrontement, D. Trump a publié sur Truth Social une image indiquant que le flux pétrolier à travers Ormuz est revenu à ses niveaux antérieurs, mais les données font état de perturbations majeures du trafic d’exportation et d’une baisse à son niveau le plus bas depuis la signature du « protocole d’accord ». Les répercussions se sont également étendues au secteur des assurances, avec des pertes estimées à environ 1,4 milliard de livres sterling sur le marché des Lloyd’s de Londres.

