Le porte-parole de l’armée iranienne, le brigadier-général Mohammad Akrami Nia, a réaffirmé mardi que toute « nouvelle agression américaine sera accueillie par une réponse immédiate, écrasante et d’une ampleur bien plus large que par le passé ». Il a prévenu que « si une nouvelle guerre venait à éclater, le théâtre du conflit ne se limitera pas à l’Asie de l’Ouest », ajoutant : « Nos forces armées travaillent à la mise à jour de leur banque de cibles en visant l’ensemble des actifs matériels et immatériels des États-Unis et d’Israël ». Il a poursuivi que « si l’ennemi se livre à une nouvelle aventure, les installations, les équipements, les forces et les intérêts américains, où qu’ils se trouvent, deviendront la cible de la riposte iranienne ». De même, il a affirmé que l’Iran a déjoué « le plan de l’ennemi visant à établir un front terrestre occidental à travers l’armement de groupes hostiles et séparatistes basés dans la région du Kurdistan d’Irak ».
Auparavant, le guide suprême de la République islamique d’Iran, le Sayed Mojtaba Khamenei, avait donné ses instructions aux hauts commandants des forces armées pour faire face à tous les niveaux de menace par une « riposte immédiate et efficace, sans limites géographiques », soulignant l’obligation que « l’ensemble des actifs matériels et moraux de l’ennemi américain et sioniste se trouvent à portée de tir de nos forces armées ».
Ces déclarations interviennent au moment où des démarches diplomatiques s’activent pour désamorcer les tensions, face à l’escalade des menaces d’une nouvelle agression contre l’Iran et aux avertissements de ce dernier quant à une riposte démultipliée.
Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien, a mis en garde, mardi, les États-Unis en affirmant qu’ils « feront face à un nouveau théâtre de guerre et chercheront une issue dans un désespoir encore plus grand s’ils commettent à nouveau une erreur stratégique ». Il a promis que « la riposte de l’Iran à toute erreur d’appréciation de l’ennemi sera imprévisible, sans limites géographiques, et écrasera ses calculs et ses avoirs ». Il a affirmé que « l’Iran est en état d’alerte maximale et a apporté une réponse forte et rationnelle aux États-Unis ; la balle est désormais dans leur camp pour empêcher le déclenchement de la guerre », soulignant que « le Guide de la Révolution et de la République islamique a défini la stratégie militaire de l’Iran pour faire face à toute attaque potentielle de l’ennemi ». Il a indiqué que « les deux guerres imposées ont prouvé aux États-Unis et à leurs partisans dans la région que l’ère des exactions est révolue ». Et de renchérir que « l’Iran se trouve aujourd’hui au plus haut niveau de préparation défensive sur le champ de bataille et sur le plan militaire ».
Auparavant, M-B. Ghalibaf avait confirmé que les conditions de l’Iran avaient été transmises aux médiateurs à plusieurs reprises et en toute clarté, soulignant que la politique de « la carotte et du bâton » ne fonctionne pas avec Téhéran. Et de réitérer qu’ « il n’y aura aucun progrès tant qu’un accord n’aura pas été trouvé sur les sept conditions iraniennes ».
Des responsables américains ont déclaré, mardi, que l’armée américaine a mené des frappes « limitées » sur l’île de Qeshm, dans le sud de l’Iran, en riposte à ce qu’ils ont décrit comme une tentative de Téhéran de cibler un avion américain avec un missile sol-air. Un responsable américain a déclaré à l’agence Reuters que les frappes semblaient limitées et ne constituaient pas une reprise des opérations de combat principales. La chaîne américaine CNN a cité trois responsables affirmant que l’armée a exécuté ces frappes lundi, qualifiant l’opération d’« action à caractère défensif visant à protéger les avoirs américains dans la région ».
L’un des responsables a précisé que l’attaque intervenait en réponse au ciblage par l’Iran d’un avion américain, tandis qu’un autre responsable a expliqué que l’opération était une « mesure défensive contre l’utilisation par les Iraniens de missiles sol-air ciblant les avoirs américains ». « CNN » a rapporté d’une source informée que « l’administration américaine a délibérément gardé l’attaque sous silence pour éviter d’amplifier l’opération, la considérant comme une action défensive limitée visant exclusivement à protéger les avoirs américains ». La chaîne a ajouté que « les frappes ne semblent pas faire partie des opérations de combat à grande échelle que l’administration américaine étudiait à l’encontre de l’Iran ».
Auparavant, le Corps des gardiens de la révolution islamique a annoncé « avoir pris le contrôle de deux drones américains de type MQM-170 sur l’île de Qeshm ». L’agence IRNA avait rapporté plus tôt que plusieurs explosions s’étaient produites sur l’île.
Au cours des dernières semaines, Donald Trump, président américain, a laissé entendre qu’il pourrait reprendre les attaques contre l’Iran après les élections de mi-mandat du Congrès, prévues aujourd’hui, mais il a indiqué hier qu’il pourrait changer d’avis. Il a déclaré lors d’un entretien téléphonique avec le site Axios qu’il n’était « pas pressé » de prendre une décision concernant la reprise des combats en Iran. « Nous ferons quelque chose, d’une manière ou d’une autre, mais rien ne presse. Nous les avons paralysés financièrement. Ils n’ont plus d’argent, plus d’essence, et leur peuple commence à en avoir assez de cette situation », a-t-il ajouté.
Dans ce contexte, un haut responsable iranien a estimé auprès de Reuters que l’Iran et les États-Unis demeurent encore loin de parvenir à un accord pour mettre fin à la guerre, ajoutant que Téhéran n’acceptera pas les « exigences excessives » posées par Washington. Axios a rapporté de sources régionales que les médiateurs qataris ont préparé un projet d’accord définissant une série de mesures de confiance sur une période de trois jours, dans le but de reprendre les négociations directes entre les États-Unis et l’Iran. Un diplomate au fait de la situation a déclaré que les médiateurs qataris attendent les réponses des États-Unis et de l’Iran. Le médiateur qatari Ali Al-Thawadi s’est rendu lundi à Téhéran pour poursuivre les discussions sur le projet d’accord, observant que les progrès s’intensifient.
« Nous discutons avec eux et les choses se passent très bien. Le problème avec eux, c’est qu’ils essaient de temporiser avec nous, étape par étape. Il y a moins d’urgence du côté iranien que ce à quoi vous pourriez vous attendre, mais ils veulent parvenir à un accord plus que jamais », a-t-il ajouté. Quelques heures après l’entretien, D. Trump a publié sur sa plateforme Truth Social: « Les prix du pétrole s’effondrent comme une pierre, chutant d’environ 10 dollars le baril, un chiffre record, parce que les gens sentent qu’il n’y aura pas de guerre avec l’Iran. L’Iran veut un règlement le plus rapidement possible. Et cela pourrait arriver ! ».
Trois voies devant Trump
Selon Axios, Trump étudie trois voies d’action, soutenues par trois camps différents. La première voie consiste à parvenir à un accord, une option vivement encouragée par le vice-président JD Vance et l’envoyé de la Maison-Blanche Steve Witkoff, partant du principe que la reprise de la guerre pourrait ne pas améliorer la situation. Des sources ont indiqué que la majorité des pays du Golfe soutiennent cette position et en ont informé D. Trump.
La deuxième voie réside dans le retour aux combats, ce que souhaitent Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien, et Pete Hegseth, secrétaire à la Guerre américain. Les partisans de cette option estiment qu’on ne peut faire confiance à l’Iran pour conclure un accord, et encore moins pour le respecter, et que Trump doit trancher la question militairement.
La troisième voie repose sur l’exercice d’une pression économique maximale : Scott Bessent, secrétaire au Trésor, John Ratcliffe directeur de la CIA et Marco Rubio, secrétaire d’État conseillent à D. Trump de maintenir le statu quo de l’équation « ni guerre, ni accord », et de laisser se poursuivre la campagne de pression économique, selon des sources.
Une source directement informée du dossier a indiqué que Ratcliffe a affirmé à D. Trump que la poursuite de la pression économique contraindrait l’Iran à concéder des concessions supplémentaires, ou générerait un niveau d’instabilité interne suffisant pour pousser les citoyens à s’insurger. En contrepartie, le président iranien Massoud Pezechkian a déclaré que le Guide suprême le Sayed Mojtaba Khamenei a « accordé au gouvernement certaines prérogatives » pour tenter de parvenir à un accord par la voie diplomatique.
Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères, a indiqué hier que les contacts diplomatiques « sont devenus extrêmement intenses », ajoutant : « Le Qatar et le Pakistan jouent un rôle très actif en tant que médiateurs. Nous avons présenté nos conditions et notre proposition, et tout dépend de la rationalité politique à Washington. S’ils choisissent une véritable diplomatie, nous sommes prêts à nous y engager. En revanche, s’ils ont l’intention de recourir à la tromperie et aux opérations militaires, ils feront face à une riposte encore plus douloureuse et sévère que par le passé ». A. Araghchi a souligné que si les États-Unis acceptent les conditions de Téhéran pour la réouverture du détroit d’Ormuz, « les négociations reprendront ».
De son côté, JD. Vance a déclaré lundi aux journalistes qu’il éprouvait, avec D. Trump, « un grand soulagement quant aux chances de parvenir à un règlement avec l’Iran », ajoutant : « Nous avons accompli quelques progrès, et nous verrons si nous pouvons en accomplir davantage ».
Il a poursuivi : « Nous n’avons pas fixé de dates limites pour la reprise des frappes. Nous voulons nous assurer que les Iraniens ne reconstruiront pas leur programme nucléaire et n’essaieront pas de le faire. Nous pensons qu’il existe une voie possible, mais elle exige un engagement ferme et vérifiable à ne pas reconstruire leur programme nucléaire ».

