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Tension mondiale : G. Petro dénonce la politique de « deux poids, deux mesures »

Dans un entretien accordé à France 24 le 12 novembre, le premier président colombien de gauche Gustavo Petro, élu en juin, a livré sa vision de la situation internationale, estimant entre autres que les responsabilités dans le déclenchement du conflit ukrainien sont partagées. Il est également revenu sur le retour du Venezuela sur la scène internationale, qu’il appuie, ainsi que sur la problématique du trafic de drogue dans son pays.
G. Petro dénonce la politique de « deux poids, deux mesures »

Interrogé sur les déclarations du président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva selon lesquelles le dirigeant ukrainien Volodymyr Zelensky était tout aussi responsable que son homologue russe Vladimir Poutine du déclenchement des hostilités, G. Petro a remis en perspective le conflit avec d’autres opérations passées. « Nous avons pu observer un certain nombre d’invasions au XXIe siècle, en Libye, en Syrie », a-t-il rappelé, soulignant que certaines interventions extérieures sont applaudies, mais d’autres condamnées, en faisant allusion aux Etats-Unis et à leurs alliés, qui ont validé l’intervention contre le colonel Mouammar Kadhafi en 2011, mais condamné très fermement l’intervention russe en Ukraine.

« Il y a donc de bonnes et de mauvaises invasions », déplore Gustavo Petro, notant que la légitimité des interventions extérieures variait selon « les intérêts géopolitiques » considérés. « Mais le responsable, c’est plutôt Poutine que Zelensky ? », le relance le journaliste. « C’est une question que je vous laisserai trancher », répond le président colombien, estimant « qu’un jeu […] a permis la construction d’une réaction russe », réaction qui a eu lieu à l’encontre « d’un peuple qui n’avait rien à voir avec cette affaire ».

« Il faut s’opposer à l’invasion de la Libye, à celle de l’Ukraine, à celle de la Palestine, à celle de la Syrie et de l’Irak », a-t-il martelé, rejetant tout double standard dans la dénonciation des atteintes au droit international. Selon lui, «il faut proposer la paix en Ukraine », et l’Amérique latine pourrait d’ailleurs jouer un rôle en ce sens en adoptant des initiatives communes. « Si Lula veut se joindre au président mexicain et à d’autres dirigeants pour faire une demande de trêve et de dialogue immédiats, nous sommes disposés à le faire », a-t-il assuré.

Une série de pays d’Amérique latine et centrale ne partagent pas le point de vue occidental dans le conflit ukrainien : le Mexique a refusé de s’associer aux sanctions antirusses, à l’instar du Brésil. Lula, qui succède à Jair Bolsonaro à la tête du Brésil, a critiqué la politique occidentale vis-à-vis de Moscou à plusieurs reprises et a prévenu qu’il ne modifierait pas la ligne diplomatique de Brasilia, orientée vers la recherche d’une issue au conflit.

G.Petro est aussi revenu sur la situation du Venezuela et le retour remarqué de son président Nicolas Maduro sur la scène internationale. Alors que les relations entre les deux pays se sont significativement améliorées depuis son élection, avec en particulier la réouverture des frontières entre les deux pays, fermées pendant plus de trois ans, le dirigeant colombien a confirmé qu’il appuyait la sortie de son homologue vénézuélien d’un certain isolement diplomatique.

Se voyant reprocher par le journaliste de France 24 de « légitimer quelqu’un qui ne le mérite pas » en évoquant les atteintes aux droits de l’homme dont est accusé N. Maduro, G. Petro s’est étonné d’une question prenant la forme d’une « position politique » et a rappelé que les Nations Unies ont reconnu la légitimité du président vénézuélien. « Les violations des droits de l’homme, qui, à mon sens, se sont effectivement produites au Venezuela, ont été encore pires en Colombie », a-t-il complété, pointant à nouveau les écarts de « traitement » entre nations et dirigeants selon leur coloration politique et leur positionnement international.

A propos du trafic de cocaïne qui prend sa source notamment en Colombie, G. Petro a dressé un bilan très négatif de la guerre contre les cartels, qui a entraîné selon lui près « d’un million de morts en Amérique latine » sans diminuer l’influence de ces réseaux criminels. Au contraire, ceux-ci sont d’après lui bien plus puissants qu’à l’époque de Pablo Escobar, qui « pâlirait face à leur organisation ». Les mafias constituent désormais « de véritables armées, qui contrôlent des zones entières […] et mettent certains Etats à genoux », selon le président colombien, qui a précisé que les dirigeants américains étaient conscients de l’échec de leur politique anti-drogue, mais qu’ils ne pouvaient qu’être « très prudents » sur le sujet.

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