Face à l’escalade des tensions dans le Golfe, la France et le Royaume-Uni ont tracé leur propre ligne diplomatique et militaire. Les deux capitales ont annoncé l’organisation, dans les prochains jours, d’une conférence internationale destinée à préparer une mission multinationale visant à restaurer la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial. L’initiative se veut clairement distincte de la décision du président américain de mettre en place un blocus des ports iraniens.
Londres et Paris ont fait savoir qu’ils ne prendraient pas part à cette opération, refusant d’être entraînés dans une confrontation directe avec Téhéran ou de s’inscrire dans la logique de guerre portée par Washington. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a été explicite : son gouvernement n’a pas l’intention d’être « entraîné dans la guerre », malgré les pressions exercées par les États-Unis. De son côté, Emmanuel Macron a insisté sur le caractère « strictement défensif » de la future mission, qui sera déployée seulement lorsque les conditions sécuritaires le permettront.
Le choix franco-britannique marque une double rupture. D’une part, il s’agit d’une initiative construite en dehors du cadre de l’OTAN, alors même que plusieurs alliés de l’Alliance ont refusé de s’associer au blocus US. D’autre part, Paris et Londres cherchent à affirmer une réponse autonome, centrée sur la sécurité maritime et non sur le soutien à la stratégie de D. Trump. Cette approche vise à préserver la liberté de navigation sans apparaître comme partie prenante au conflit opposant Washington et Téhéran. Selon les premiers éléments, la mission pourrait inclure l’escorte de tankers et la coordination de bâtiments militaires de plusieurs pays européens, du Golfe et d’Asie, dans un cadre multinational indépendant.
Au-delà de la dimension géopolitique, la fermeture du détroit d’Ormuz a un impact immédiat sur les marchés mondiaux. Toute perturbation du trafic maritime dans cette zone fait grimper les prix du pétrole, avec des répercussions directes sur le coût de l’énergie, du transport et, à terme, sur le pouvoir d’achat des ménages.
Kérosène, diesel… il ne reste aux pays occidentaux qu’environ « trois mois de stocks », a estimé Patrick Pouyanné, dirigeant du géant mondial des hydrocarbures TotalEnergies. Le blocus des ports iraniens par les États-Unis ne fait qu’ajouter, selon lui, « une couche supplémentaire au marché ». La réouverture et la libre circulation dans le détroit d’Ormuz sont donc cruciales, « même s’il faut payer une compensation », que le patron de TotalEnergies estime à un dollar par baril.
Son inquiétude est partagée par Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). « Le monde, lance-t-il, est confronté au plus grand défi de son histoire en matière de sécurité énergétique. Il s’agit du pétrole, du gaz naturel, mais aussi d’autres matières premières essentielles telles que les engrais, les produits pétrochimiques, l’hélium et bien d’autres encore. »
De son côté, la Commission européenne s’est inquiétée de possibles difficultés d’approvisionnement de l’Europe en kérosène dans « un avenir proche », en raison de la guerre au Moyen-Orient. « À l’heure actuelle », il n’y a pas de pénurie de carburant dans l’Union européenne, a tenu à rassurer une porte-parole de la Commission, Anna-Kaisa Itkonen, devant la presse. « Mais des difficultés d’approvisionnement pourraient survenir dans un avenir proche », en particulier pour le kérosène, « principale source de préoccupation », a-t-elle souligné. La semaine dernière, l’association des aéroports européens avait mis en garde contre un risque de « pénurie systémique » de kérosène si le trafic maritime n’était pas rétabli dans le détroit d’Ormuz d’ici fin avril 2026. Face à ce choc énergétique, la Banque mondiale et le FMI se sont dit prêts à mettre chacun au minimum vingt milliards de dollars sur la table afin de venir en aide aux pays les plus en difficulté.
