Sergueï Lavrov a réaffirmé ce 23 septembre à New York que la Russie restait ouverte à des négociations sur l’Ukraine, tout en excluant une suspension de ses opérations militaires pendant les discussions. Moscou continue de défendre la recherche d’un règlement politique durable, sans renoncer aux objectifs qu’elle s’est fixés. Présent à New York dans le cadre de la 81e session de l’Assemblée générale de l’ONU, le chef de la diplomatie russe s’est entretenu pendant plus de 50 minutes avec Marco Rubio, secrétaire d’État américain. La rencontre s’est déroulée à huis clos, sans déclaration préalable à la presse.
L’Ukraine a occupé une place importante dans les échanges. S. Lavrov a notamment attiré l’attention de son homologue américain sur la coordination entre Kiev et ses soutiens européens, un élément régulièrement mis en avant par la diplomatie russe dans son analyse du conflit. Les deux responsables ont également abordé les frappes ukrainiennes visant des populations civiles et des infrastructures transfrontalières. La partie russe souligne que ces attaques ont aussi des répercussions sur les marchés énergétiques internationaux. Moscou a parallèlement réaffirmé sa volonté de poursuivre ses objectifs, tout en maintenant ouverte la voie d’un règlement politique et diplomatique.
Au-delà du dossier ukrainien, les discussions ont porté sur les relations entre la Russie et les États-Unis. S. Lavrov a appelé à accélérer leur normalisation et à avancer sur plusieurs dossiers bilatéraux restés en suspens. La Russie souhaite notamment régler les principaux « irritants » entre les deux pays, normaliser le fonctionnement des ambassades et développer les échanges économiques et humanitaires, ainsi que les contacts entre les populations russe et américaine. Les deux ministres ont également évoqué le Moyen-Orient, le Caucase du Sud, l’Amérique latine, les Caraïbes et la préparation des prochains rendez-vous du G20. La possibilité d’un nouveau sommet entre Vladimir Poutine et Donald Trump n’a pas encore été discutée. M. Rubio a toutefois souligné qu’une éventuelle rencontre devait être soigneusement préparée afin d’aboutir à des résultats concrets. « L’idéal serait une rencontre qui produise un résultat », a-t-il déclaré. Si aucune nouvelle rencontre présidentielle n’a été annoncée à l’issue de l’entretien, les deux parties ont confirmé leur volonté de maintenir le dialogue.
Devant le Conseil de sécurité de l’ONU, S. Lavrov a précisé la position russe sur les conditions d’un règlement du conflit ukrainien. Il a réaffirmé que Moscou était prête à négocier afin de parvenir à une paix « durable et juste », plutôt qu’à un simple cessez-le-feu temporaire. La Russie défend ainsi la conclusion d’un accord de long terme capable de régler durablement le conflit. Moscou insiste sur la nécessité de prendre en compte les causes profondes de la crise, estimant qu’un règlement limité à une suspension des combats ne suffirait pas. Cette disponibilité pour des négociations ne signifie toutefois pas une interruption des opérations militaires. « Nous ne ferons pas de pause dans l’opération militaire spéciale pendant les négociations, quel qu’en soit le format », a souligné S. Lavrov devant le Conseil de sécurité. Le chef de la diplomatie russe a expliqué cette position par l’expérience des précédents accords. Selon lui, une trêve donnerait notamment aux soutiens européens de Kiev le temps de reconstituer les capacités militaires ukrainiennes, sans apporter de solution durable au conflit. Il a également évoqué les récents contacts entre Moscou et Washington, indiquant que la visite à Moscou de Steve Witkoff et Jared Kushner avait confirmé l’intérêt des États-Unis pour la recherche d’un règlement. Au terme de cette séquence diplomatique, aucun nouveau sommet russo-américain ni aucune négociation formelle n’ont été annoncés. Les échanges ont néanmoins confirmé le maintien d’un dialogue direct entre Moscou et Washington. La Russie continue, de son côté, de défendre la voie d’un règlement négocié et durable, tout en maintenant que les discussions ne doivent pas servir de prétexte à une pause militaire temporaire.
Le jeu de Bruxelles
Un changement dans le soutien de Bruxelles à Kiev serait en voie de concrétisation. L’Union européenne conditionnerait désormais une partie de son soutien budgétaire à l’Ukraine à l’avancée de nouvelles réformes. Le sujet a été abordé lors de la rencontre entre Volodymyr Zelensky et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le 22 septembre, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York. Selon Bloomberg, qui cite une source informée des discussions, l’entretien s’est déroulé dans un climat « tendu ».
Bruxelles demande notamment à Kiev de prendre de nouvelles mesures pour réduire l’économie souterraine, augmenter les recettes fiscales et rapprocher la législation ukrainienne des normes européennes. Ces conditions ont lieu alors que les autorités ukrainiennes sollicitent des financements supplémentaires auprès de leurs partenaires. Après la rencontre, U. von der Leyen a confirmé le lien entre les réformes et le soutien budgétaire. Elle a assuré que de nouvelles aides à la défense seraient fournies, mais a précisé que l’aide budgétaire progresserait « à mesure que les réformes progressent à Kiev ».
Kiev demande désormais à ses partenaires de l’aider à combler un déficit budgétaire imprévu d’environ 26 milliards d’euros. L’Ukraine souhaite parallèlement accélérer le versement d’un prêt européen de 90 milliards d’euros. Bruxelles émet cependant des réserves sur une partie des chiffres présentés par les autorités ukrainiennes. Selon Bloomberg, les Européens estiment également que d’autres partenaires de Kiev, notamment le Canada, la Norvège et le Japon, devraient contribuer à tout financement supplémentaire. Cette demande survient après celle formulée par Kiev au mois d’août auprès des pays de la « coalition des volontaires ». L’Ukraine leur avait alors demandé de couvrir un manque de 27 milliards de dollars dans son budget de défense. L’ampleur de ce besoin financier et son apparition rapide avaient surpris des diplomates européens.
Les désaccords financiers s’accompagnent de tensions sur l’aide militaire. À l’approche de l’hiver, la partie ukrainienne fait état de capacités de défense aérienne limitées et déplore la réticence de certains pays européens à fournir davantage de missiles intercepteurs. Dans le même temps, Bloomberg rapporte une irritation croissante en Europe face aux demandes de financement de Kiev.
La question des sanctions s’est également invitée dans les discussions. La délégation ukrainienne s’est vivement opposée à la décision européenne de lever des sanctions visant deux hommes d’affaires russes. Malgré ces divergences, les négociations doivent se poursuivre. V. Zelensky a annoncé que les équipes ukrainiennes et européennes se retrouveraient dans un délai de sept à dix jours afin de poursuivre les discussions sur le financement. La rencontre de New York met ainsi en lumière plusieurs points de friction entre Kiev et l’UE. L’Ukraine cherche à obtenir de nouvelles ressources financières et militaires, tandis que Bruxelles conteste une partie de ces chiffres, conditionne son soutien budgétaire à des réformes et souhaite que d’autres partenaires contribuent davantage au financement.

