L’initiative, annoncée dès décembre 2025 selon l’association, se veut avant tout juridique. « Une exigence de droit. Pas une attente politique », souligne-t-elle dans un communiqué. L’ONG affirme ainsi ne défendre aucune préférence idéologique, mais rappeler le cadre constitutionnel auquel devront se conformer les futurs débats parlementaires sur le Code de la famille. Et invoque notamment l’article 19 de la Constitution, qui consacre l’égalité entre les femmes et les hommes et engage l’État à œuvrer à la parité, l’article 22 qui prohibe toute atteinte à l’intégrité physique ou morale, l’article 32 garantissant une protection juridique égale à tous les enfants quelle que soit leur situation familiale, ainsi que l’article 175, qui interdit toute régression en matière de droits fondamentaux.
Pour Kif Mama Kif Baba, le Code de la famille, adopté en 2004, demeure une loi ordinaire subordonnée à la Constitution entrée en vigueur sept ans plus tard. Ses dispositions actuelles comme ses éventuelles modifications futures ne sauraient donc, selon elle, être adoptées en contradiction avec la norme constitutionnelle. « Le contrôle de constitutionnalité n’est pas une contrainte extérieure au débat démocratique : il en est la condition », affirme l’Association. Dans son courrier aux partis, l’association a articulé sa démarche autour de trois questions qu’elle considère déterminantes dans le cadre de la réforme annoncée.
La première concerne la filiation des enfants nés hors mariage. L’association estime que le refus de reconnaître à l’expertise génétique un effet sur l’établissement de la filiation prive certains enfants d’un père en droit, avec des conséquences sur le nom, la pension alimentaire ou encore les droits successoraux. Selon l’association, cela fait peser sur leurs seules mères l’intégralité de la charge, sous la menace de poursuites pénales. Une situation qu’elle juge contraire aux garanties prévues par l’article 32 de la Constitution.
Le deuxième point porte sur l’égalité successorale. L’ONG critique le mécanisme du « taâsib », qui conduit les filles d’un défunt à partager l’héritage avec des héritiers agnatiques, ainsi que le principe accordant aux héritiers masculins une part double sans qu’existe, selon elle, une obligation de qiwama effective et juridiquement opposable. « Le résultat n’est pas doctrinal : il est comptable. Il appauvrit les veuves et les filles », soutient l’association.
Le troisième concerne, enfin, l’âge du mariage. Pour l’organisation, le maintien d’une dérogation judiciaire permettant le mariage à 17 ans revient, dans les faits, à fixer l’âge légal du mariage à cet âge. Elle estime que vingt années d’application de l’article 20 du Code de la famille ont montré que l’exception tend à devenir la règle. Elle appelle également à la vigilance concernant le régime envisagé des fiançailles, qui ne devrait pas, selon elle, constituer un moyen de contourner les restrictions légales.
À travers cette démarche, l’association entend inscrire la réforme du Code de la famille dans le champ de la responsabilité parlementaire à venir. « La réforme du Code de la famille se joue désormais au Parlement. Elle ne se jouera pas sans nous, et elle ne se jouera pas sans témoins », conclut le communiqué.

