Cet évènement fait partie des activités organisées par le Hezbollah, pour commémorer son martyre, celui de son successeur sayed Hachem Safieddine et d’un parterre de commandants et de cadres de la Résistance islamique. Cet événement grandiose succède à l’évènement qui a suscité, la veille, la controverses lorsque le rocher emblématique de Raouché a été illuminé des portraits de sayed Hassan Nasrallah et de sayed Hachem Safieddine. Pour la première fois un évènement pareil est célébré sur ce rocher qui a longtemps été l’emblème du Liban autant que le cèdre.
La controverse n’a pas épargné l’Etat, le Premier ministre libanais ayant cherché à interdire l’événement. Mais Nawaf Salam a mal calculé son coup. En effet, non seulement l’illumination a eu lieu, avec une présence massive de Beyrouthins, mais l’événement a pris une autre dimension lorsque, et c’est aussi une première, les portraits du martyr suprême avec le martyr Rafic Hariri, l’ex-Premier ministre libanais et de son successeur Saad Hariri ont été brandis pour leur rendre hommage pour leurs positions courageuses. Ces leaders sunnites ont en effet tourné le dos aux appels à la discorde communautaire sur laquelle s’activaient les Américains et leurs alliés régionaux pour mieux servir les intérêts d’Israël. L’animateur de l’évènement a rappelé ce que le Premier ministre martyr avait juré lors d’une rencontre clandestine avec Sayed Nasrallah qu’il préfère se couper la main que de toucher à l’armement de la résistance. C’était sayed Nasrallah qui avait révélé ces propos après l’assassinat de Hariri père dans l’explosion d’une voiture piégée en mars 2004 et dont la responsabilité a été imputée dans un premier moment à la Syrie, ce qui a déclenché le mouvement de protestation populaire qui a provoqué le retrait syrien du Liban après une présence de plus de 20 ans.
Par la suite, le Tribunal spécial pour le Liban a condamné le Hezbollah. Ayant contesté dès le début la légitimité de ce tribunal qui s’est fait remarquer par les bavures de ses juges et leur remplacement, sayed Nasrallah avait fustigé le cours de l’enquête sur cette affaire du fait qu’elle avait exclu la piste israélienne. Il l’avait accusé d’être politisé et d’avoir pour objectif d’affaiblir la résistance.
Après le martyre de sayed Nasrallah, interrogé lors d’une interview sur le moment où il a vu son père en larmes, son fils Jawad avait assuré qu’il avait pleuré lorsqu’il a appris le martyre de Rafic Hariri.
Samir Geagea, chef des Forces libanaises, soutenu par l’Arabie saoudite et les USA et allié dans le passé d’Israël, n’a pas manqué de mettre de l’huile sur le feu : « Ce doigt qui s’est élevé sur le rocher Raouché, contre qui s’est-il levé ? les agressions israéliennes contre le Liban ne se comptent plus. Ce doigt s’est-il levé contre elles ? Ou s’est-il levé contre la majorité des habitants de Beyrouth et des Libanais en général » La chaine de télévision libanaise MTV, proche des FL, a de son côté lancé une campagne contre l’armée, l’accusant, ainsi que les forces de sécurité, de ne pas appliquer la loi et la décision du Premier ministre. Ce dernier avait diffusé jeudi un circulaire ordonnant l’interdiction de l’évènement, à l’insu de l’article 1 sur les biens publics. Après une campagne menée par des députés et des politiciens soumis aux diktats américains. Dans la soirée de jeudi, il a publié une déclaration dans laquelle il considérait ce qui s’est passé dans le quartier de Raouché comme « une violation claire du contenu de l’approbation donnée par le gouverneur de Beyrouth aux auteurs du mouvement, sur la base de laquelle l’autorisation de rassemblement a été délivrée ». Il a aussi annoncé avoir contacté les ministres de l’Intérieur, de la Justice et de la Défense, leur demandant de « prendre les mesures appropriées, notamment l’arrestation des organisateurs et leur renvoi devant une enquête afin qu’ils soient punis, conformément aux lois applicables ». N. Salam a conclu en considérant ce qui s’est passé comme « un revirement des engagements explicites de l’organisation et de ses soutiens, et un nouveau manquement de sa part qui porte atteinte à sa crédibilité face à la logique de l’État et de ses institutions. »
« Ce comportement répréhensible ne nous détournera pas de notre décision de reconstruire un État de droit et des institutions, mais renforcera plutôt notre détermination à accomplir ce devoir national », a-t-il argué. Il a aussi décidé d’annuler ses rendez-vous au Grand Sérail et d’informer les autorités compétentes de sa décision de se retirer du gouvernement jusqu’à ce que les responsables de l’incident rendent des comptes.
Selon le quotidien al-Akhbar, la décision de N. Salam a été prise sous la pression de ses conseillers, qui ont tenté de le pousser à demander des comptes au commandant de l’armée et aux chefs des services de sécurité qui avaient permis l’illumination du rocher de Raouché, sous peine de présenter sa démission ! Vendredi, des médias libanais ont rapporté qu’il s’est entretenu avec son équipe de travail pour sanctionner le chef de l’armée le général Rudolph Haykal et le directeur général des Forces de sécurité intérieure le colonel Raed Abdallah. Des proches du Premier ministre rapportent que ce dernier, estime que quelqu’un devrait payer le prix de ce qui s’est passé.
Sur les réseaux sociaux, des réactions ont accueilli avec euphorie la décision de Salam de se retirer du gouvernement. « Vivement qu’il continue », a réagi un internaute. « Il y a 3 jours, il y a eu un massacre à Bint Jbeil où trois enfants et leur père sont tombés en martyr. Le Premier ministre n’a ni convoqué le gouvernement, ni envisagé de quitter le gouvernement ni même n’a eu l’idée de publier une déclaration qui condamne le mécanisme », des pays qui supervisent le cessez-le-feu avec Israël, a déploré le journaliste Abbas Fneich sur X.
« Tu veux arrêter les participants à l’évènement de Raouché ? tu aurais dû garder en prison l’ex-gouverneur de la Banque du Liban qui a dilapidé les économies des Libanais dans les banques et s’est fait une fortune sur leur dos », s’est offusqué un autre.
Riad Salamé a payé vendredi une caution de 14 millions de dollars pour obtenir sa libération. Il est accusé de s’être constitué un riche patrimoine immobilier et bancaire en Europe via un montage financier complexe, un détournement massif de fonds publics libanais, le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale. Durant ses mandats à la tête de la BDL depuis la fin de la guerre civile, ses architectures financières ont mené le Liban à la faillite. Il était régulièrement encensé par les médias et centres de cherches occidentaux qui le présentaient comme un as dans sa spécialité.
