La rencontre intervient après des visites de responsables libyens et soudanais au président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, dans un contexte de crise frontalière. Les discussions ont porté sur « la coordination et la coopération conjointe entre les trois pays pour préserver la sécurité nationale et défendre les intérêts suprêmes de leurs peuples », selon la chaîne. L’Égypte a exprimé sa « sincère reconnaissance au Soudan et à la Libye pour leurs efforts en faveur du renforcement des liens et de l’intégration en vue d’instaurer la stabilité et la prospérité ».
Le 18 juin, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a annoncé que plus de 4 000 Soudanais avaient été déplacés à l’intérieur du pays et près de 1 000 autres avaient fui vers la Libye, en raison d’affrontements entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide (FSR) dans la zone frontalière entre l’Égypte, la Libye et le Soudan. Les équipes de l’OIM sur le terrain ont estimé que 4 278 personnes avaient été déplacées vers l’État du Nord du Soudan à la suite des combats qui ont eu lieu du 15 au 17 juin entre l’armée soudanaise et les FSR. Environ 950 personnes ont traversé la frontière pour se réfugier en Libye.
Le 11 juin, l’armée soudanaise avait annoncé le retrait de ses forces de cette zone frontalière stratégique dans le cadre de « dispositions défensives », accusant les FSR d’avoir attaqué la région « avec le soutien de combattants affiliés au commandant libyen de l’est, Khalifa Haftar », accusation réfutée par ce dernier.
Récemment, le président Sissi a reçu séparément Khalifa Haftar et Abdel Fattah al-Burhan, chef du Conseil souverain de transition du Soudan, pour discuter des développements dans les deux pays et des efforts régionaux et internationaux visant à restaurer la stabilité. La zone du triangle frontalier, qui relie le Soudan, l’Égypte et la Libye, revêt une importance stratégique à la fois sécuritaire et économique.
Depuis la mi-avril 2023, l’armée soudanaise et les FSR sont engagées dans une guerre ayant fait plus de 20 000 morts et déplacé 14 millions de personnes, selon l’ONU et les autorités locales. Des recherches menées par des universités américaines estiment cependant que le nombre réel de morts avoisinerait les 130 000.
Crise du Nil
Sur un autre plan connexe, Mostafa Madbouly, Premier ministre égyptien, a appelé son homologue éthiopien Abiy Ahmed à finaliser un accord concernant le Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD), garantissant « l’absence de préjudice pour l’Égypte ».
M. Madbouly s’est exprimé lors d’une conférence de presse diffusée mercredi soir par le bureau du Premier ministre sur Facebook. Cette déclaration intervient en réponse à une question sur sa rencontre avec le Premier ministre éthiopien en marge du sommet économique des BRICS, qui s’est tenu les 6 et 7 juillet à Rio de Janeiro, au Brésil.
« Une photo de groupe des chefs d’État et de gouvernement a été prise en marge du sommet des BRICS. Il y avait des dispositions protocolaires, notamment des poignées de main avec les voisins, et il se trouve que l’Égypte était placée à côté de l’Éthiopie et de l’Iran. La photo a été recadrée pour se concentrer sur l’image bilatérale entre les Premiers ministres égyptien et éthiopien », a-t-il expliqué. « L’Égypte entretient des relations avec tous les pays du monde et ne s’oppose à personne. Nos relations avec les pays africains sont fondées sur le respect mutuel. Nous avons toujours affirmé que nous ne sommes pas opposés au développement de quelque pays que ce soit, mais pas au détriment des droits de l’Égypte sur les eaux du Nil. C’est une position ferme », a-t-il ajouté.
La rencontre entre les deux Premiers ministres intervient dans un contexte de tensions persistantes entre les deux pays, l’Éthiopie refusant toujours de signer un accord contraignant sur le remplissage et l’exploitation du barrage. M. Madbouly a indiqué que son entretien avec A. Ahmed avait porté sur les déclarations récentes de ce dernier concernant « l’achèvement de la construction du GERD sans nuire à l’Égypte ni au Soudan, et l’invitation faite aux deux pays à reprendre la coopération sur ce dossier ».
« Cette garantie a été réitérée par le Premier ministre éthiopien lors du sommet des BRICS, confirmée dans une déclaration à la presse, exprimant son engagement fort à ne causer aucun tort à l’Égypte. »
« Notre réponse a été que l’Égypte n’est pas contre le développement, mais que notre pays a des droits légitimes sur les eaux du Nil », a poursuivi M. Madbouly. Il a précisé avoir insisté auprès d’A. Ahmed sur « la nécessité de traduire toutes ces intentions exprimées dans les discours en un document écrit qui encadre la relation future entre les deux pays, ou entre les pays du bassin du Nil, et nous verrons ce qu’il adviendra dans la période à venir ».
« La position de l’Égypte n’a pas changé : elle n’autorisera aucun préjudice à sa part des eaux du Nil et insiste sur l’importance d’un cadre écrit pour le système d’exploitation du barrage, garantissant aux générations actuelles et futures leurs droits », a-t-il martelé.
Le week-end dernier, Hani Sewilam, ministre égyptien des Ressources hydriques et de l’Irrigation, a exprimé des doutes quant au sérieux et à la crédibilité des appels éthiopiens au dialogue sur le différend concernant le GERD, selon un communiqué du ministère.
Le même jour, A. Ahmed a déclaré devant le parlement éthiopien que son pays inaugurera officiellement le barrage en septembre, tout en affirmant la volonté de l’Éthiopie de poursuivre le dialogue avec l’Égypte sur ce projet, qu’il considère comme « une opportunité » de coopération régionale, « et non une menace ».
Le chantier du GERD a commencé en 2011, principalement financé par l’Éthiopie elle-même à hauteur de 4,2 milliards de dollars. Il constitue, depuis, une source de tensions diplomatiques, notamment avec l’Égypte qui craint une réduction de son accès aux eaux du Nil. Malgré plusieurs cycles de négociations sous l’égide de l’Union africaine et de médiations internationales, aucun accord juridiquement contraignant sur la gestion à long terme des eaux du Nil n’a encore été trouvé entre les trois pays.
