O. Zemor a indiqué au micro de Anadolu ne pas avoir été surprise par la condamnation en elle-même, au regard du déroulement de l’audience, mais par sa sévérité : « Je n’étais que moyennement surprise d’être condamnée (…) mais je ne m’attendais pas très franchement à ce qu’elle fasse 2,5 fois la dose demandée par le procureur ». Elle a décrit un procès déséquilibré, estimant que « l’audience a été complètement à charge, pas simplement de la part du procureur, mais de la présidente du tribunal” » et affirme ne pas avoir pu exposer pleinement sa défense : « Je n’ai pas pu dire ce que j’avais à dire ».
Les poursuites reposent sur deux articles publiés les 7 et 8 octobre 2023. Elle souligne que les éléments précis retenus contre elle n’ont pas été clairement identifiés : « On ne sait toujours pas quelles sont les expressions visées (…) ce sont ces deux articles pris en bloc qui ne plaisent pas ».
La militante conteste la qualification pénale retenue, affirmant que ses écrits relevaient d’une analyse politique du contexte. Elle évoque notamment l’usage du terme « opération militaire » pour qualifier les événements du 7 octobre, tout en assurant avoir également condamné certains actes. Elle critique également le cadre procédural, évoquant une garde à vue qu’elle juge injustifiée et l’absence de prise en compte de certains arguments, notamment liés au droit international. ET rappelle une récente perquisition à son domicile qu’elle décrit comme « extrêmement brutale », ainsi que la garde à vue de son mari, Nicolas Shahshahani, vice-président d’EuroPalestine.
Volonté d’intimidation
Au-delà de son cas personnel, O. Zémor affirme que cette condamnation vise à produire un effet d’intimidation plus large : « Ce sont d’autres cercles plus larges qui sont visés (…) des gens qui vont se dire : ‘je ne veux pas prendre ce risque’ ». Elle estime toutefois que cet objectif pourrait échouer, évoquant une mobilisation croissante : « Je vois aussi que des associations pro-palestiniennes (…) sont en train de se réunir pour faire les choses en commun face justement à cette répression ».
La présidente d’EuroPalestine affirme que son engagement ne sera pas affecté par cette décision judiciaire, assurant que son action s’inscrit dans une démarche non violente.
Cette affaire intervient dans un contexte de multiplication des procédures en France pour “apologie du terrorisme” en lien avec des prises de position sur la situation à Gaza ou des critiques contre les actions du gouvernement israélien d’extrême droite.
O. Zémor lance par ailleurs un appel à manifester à Paris, jeudi à partir de 18 heures : une marche qui démarre du métro Sentier et qui a pour but de dénoncer, de condamner la loi, récemment votée par le parlement israélien et qui permet la peine de mort exclusivement contre les Palestiniens.
Le chef des droits de l’homme de l’ONU a exhorté mardi Israël à abroger ce texte législatif. « Il est manifestement incompatible avec les obligations d’Israël au regard du droit international, y compris en ce qui concerne le droit à la vie. Il suscite de graves inquiétudes quant à des violations des garanties d’une procédure régulière, est profondément discriminatoire et doit être promptement abrogé », a déclaré Volker Turk.
