Cette nouvelle implantation fait craindre une recrudescence des violences aux portes de l’une des principales villes du territoire occupé, où les attaques contre les Palestiniens se sont intensifiées depuis fin 2022. Ces derniers mois, plusieurs communautés palestiniennes ont ainsi été contraintes de quitter la région de Jéricho sous la pression et le harcèlement de colons.
Les familles se sont installées dans plusieurs maisons du village Douyouk al-Tahta à l’ouest de Jéricho, après avoir brisé leurs portes, selon les médias palestiniens. Cette confiscation a été revendiqué par l’organisation Nachala, un mouvement ultranationaliste israélien qui finance la création de nouvelles colonies en Cisjordanie, territoire occupé par Israël depuis 1967, et milite pour son annexion. Elle fait l’objet de sanctions de l’UE pour avoir encouragé des actes de violences ayant conduit au « déplacement forcé » de Palestiniens. Elle affirme avoir acheté ces maisons mais le gouverneur palestinien de Jéricho, Hussein Hamayel, a contesté la légalité des documents fournis, affirmant que le terrain confisqué appartient à l’Autorité palestinienne et ne peut être vendu. « Ce qui est présenté ici est un faux, pas une vente, et ce qui circule n’est que de la propagande des colons », a-t-il dit à l’AFP. Le gouverneur a aussi indiqué que les colons se sont emparés de trois et non huit maisons.
La parcelle n° (24), présentée comme étant achetée par les colons « est une propriété privée enregistrée au nom de ses propriétaires historiques depuis avant 1967 », a pour sa part précisé l’Autorité foncière de la zone de Deir al-Douyouk al-Tahta.
Selon l’ONG israélienne anticolonisation « La paix maintenant », ce sont une trentaine de colons qui ont investi les lieux. Elles les a accusés d’avoir « agressé » et dépouillé deux militants israéliens et blessé par balle un Palestinien à la jambe. L’organisation redoute que cette implantation, à proximité d’habitations palestiniennes, n’entraîne de nouveaux déplacements de population, évoquant le précédent de Hébron, où 400 colons vivent dans la vieille ville au milieu d’une population palestinienne de 250.000 habitants.
Au cours des derniers mois, le village Deir al-Douyouk al-Tahta a fait l’objet d’une escalade des attaques des colons, qui ont détruit des fermes, démoli des murs de soutènement, déraciné des palmiers et le bloqué des routes. En même temps se sont intensifiés des avis de démolition visant les maisons et les installations agricoles des citoyens et de la confiscation de leurs biens. Plus de 500.000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie, considérées comme illégales au regard du droit international, aux côtés d’environ trois millions de Palestiniens.
Soutien français dénoncé
La France Insoumise et plusieurs syndicats et organisations ont appelé à bloquer une cargaison militaire destinée à Israël. « La France complice de génocide », a écrit jeudi Thomas Portes, député de LFI, sur le réseau social américain X. « À Roissy une cargaison militaire s’apprête à décoller à destination d’Israël », a-t-il affirmé. Saluant les syndicats et le collectif Urgence Palestine « pour l’alerte et la mobilisation », il a ajouté : « Cet avion de la honte doit être cloué au sol ».
Selon le journal français L’Humanité, des pièces aéronautiques fabriquées en France doivent être acheminées jeudi à Tel-Aviv pour être livrées au groupe d’armement israélien Elbit Systems. Le quotidien a fait état de cette nouvelle livraison dans un article publié mercredi. Dans un communiqué diffusé jeudi, l’association Action sécurité éthique républicaines (ASER) a également relayé cette alerte, citant Urgence Palestine, le Palestinian Youth Movement et People’s Embargo for Palestine. L’association rapporte également que plusieurs organisations syndicales, dont la CGT 93, SUD Aérien et Solidaires 93, appellent les salariés de l’aéroport à bloquer la cargaison.
Selon ASER, les pièces ont été fabriquées par Liebherr-Aerospace Toulouse et sont destinées à Elbit Systems EW & SIGINT – Elisra. Leur acheminement est annoncé sur un vol de la compagnie israélienne El Al prévu à 15 h 35, heure locale. Le chargement comprend onze pièces aéronautiques, pour plus de 1 200 kg, produites par Liebherr-Aerospace sur son site toulousain d’Aucamville. Elisra conçoit des systèmes de guerre électronique et de renseignement électromagnétique : ces pièces pourraient donc équiper des avions et des systèmes militaires.
Dans une lettre adressée à la direction générale d’Air France, le syndicat Sud Aérien Solidaires affirme que « notre compagnie ne saurait être complice du transport de pièces susceptibles d’être utilisées pour des usages militaires, l’armée israélienne, et notamment son armée de l’air, étant le premier client du destinataire de ces pièces, Elbit Systems. » En octobre, certaines associations, aidées par des syndicalistes, ont réussi à faire suspendre ou en tout cas retarder l’expédition à destination du principal fabricant d’armes israélien de composants mécaniques pour véhicules de combat susceptibles d’être engagés sur des théâtres de guerre, en violation des accords internationaux et de la législation française.

