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Guerre ouverte entre Téhéran et Washington : Ormuz entre fermeture iranienne et blocus américain

by Perspectives Med
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Guerre ouverte entre Téhéran et Washington : Ormuz entre fermeture iranienne et blocus américain

Dans la nuit de dimanche à lundi les forces américaines « ont visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations », a rapporté sur X le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom). D’après des médias d’Etat iraniens, ces frappes ont touché de vastes zones de l’ouest et du sud du pays, notamment l’île de Qeshm et Bandar Abbas, au niveau d’Ormuz, mais aussi la province du Khouzistan frontalière de l’Irak. L’agence Mehr a fait état de nouvelles explosions près du détroit lundi matin. Quant à Mahchahr (sud-ouest), une frappe américaine sur une station de pompage d’eau agricole a fait au moins un mort et fait quatre blessés, d’après un responsable local cité par Mehr.

Au début de l’après-midi, l’agence a fait état d’explosions d’origine inconnue survenues dans deux zones du sud de l’Iran, près du détroit d’Ormuz, où se poursuivent les échanges de frappes entre l’Iran et les Etats-Unis. « Des médias et des habitants ont rapporté avoir entendu lundi à midi des explosions près de Bandar Abbas et de l’île de Qeshm », dans le sud du pays, a indiqué l’agence Mehr. « Ces explosions, localisées loin de la ville, semblent provenir de la côte ouest de Bandar Abbas », a-t-elle précisé, ajoutant que « des affrontements sont également possibles dans le Golfe » entre Téhéran et Washington.

En représailles, le Corps des Gardiens de la Révolution ont dit avoir bombardé des installations américaines situées à Oman, Bahreïn, au Koweït et en Jordanie. Dans un communiqué, l’armée iranienne a déclaré que les attaques visaient des centres des forces américaines, des systèmes de défense aérienne et de missiles, ainsi que des abris et des hangars de soutien logistique au Koweït.

Dans les détails, le Corps des Gardiens de la révolution islamique en Iran a évoqué une riposte en quatre phases.

La première phase consistait à cibler la base aérienne Prince Hassan en Jordanie avec des missiles et des drones, où d’importants dépôts de missiles et des réserves de carburant ont été touchés, provoquant des incendies. Dans la deuxième phase, ses forces ont ciblé la base de Sheikh Isa à Bahreïn, détruisant d’importants centres de réparation et d’entretien d’hélicoptères, une installation d’avions de reconnaissance électronique P-8 et un centre de commandement et de contrôle de drones de l’armée américaine.

Dans la troisième phase, les Gardiens de la révolution ont annoncé la destruction des dépôts de carburant et du système de défense aérienne Patriot sur la base américaine Ali Al Salem au Koweït, ainsi que la destruction d’un système radar stratégique de type « FPS » sur la base Ahmed Al Jaber. Dans la quatrième phase de l’opération de représailles, le CGRI a annoncé avoir ciblé la base de missiles sol-sol de l’armée américaine au Koweït et détruit deux lanceurs de missiles HIMARS ainsi que des dépôts de munitions de l’armée américaine au Koweït. Il a ajouté que les forces navales avaient ciblé des installations et des infrastructures militaires américaines dans la région de Juffair, à Bahreïn, précisant que des flammes s’élevaient sur le site. Il a également annoncé le ciblage et la destruction d’un radar aéroporté à longue portée « FPS » et d’un radar de surveillance flottant dans le sultanat d’Oman, au moyen de frappes de missiles et de drones et rapporté que ses forces navales ont mené une opération nocturne pour intercepter deux navires en infraction dans le détroit d’Ormuz.

La télévision d’Etat iranienne a annoncé qu’un drone américain de type Lucas a été intercepté et détruit dans l’espace aérien de Bandar Abbas, près de la ville de Hajiabad, dans le sud du pays. Elle a diffusé les images du lancement des missiles balistiques Qadr, Emad et Khaybar Chekan à l’aube de ce lundi, avec comme message « en riposte à l’armée américaine, la tueuse d’enfants ». Au cœur des tensions, le détroit d’Ormuz, sur lequel Téhéran veut garder le contrôle instauré dans les premiers jours de la guerre.

Alors que l’objectif de Washington est de l’empêcher de contrôler le faire, sachant que le 5e article du Mémorandum d’entente conclu avec Washington le 17 juin lui accorde cette prérogative, assure Téhéran. De concert avec le sultanat d’Oman, Washington a tenté d’ouvrir une voie de passage maritime proche des côtes omanaises. Ce protocole d’accord semble plus que jamais menacé de voler en éclats.

Les Etats-Unis accusent en particulier l’Iran d’ouvrir le feu qui tentent de traverser le détroit d’Ormuz a l’insu de l’autorisation iranienne. Pendant le week-end un porte-conteneurs battant pavillon chypriote, a été touché, entraînant l’évacuation de 23 membres d’équipage, un 24e étant disparu.

Le détroit est fermé depuis dimanche. « La réouverture du détroit d’Ormuz à la navigation est conditionnée par l’arrêt des interventions militaires américaines dans le détroit et le respect de la souveraineté des États sur leurs eaux territoriales », a rappelé le CGRI mettant en garde que « la poursuite de ces interventions entraînera des répercussions plus importantes pour les secteurs pétrolier et gazier dans le monde entier ». Selon Kepler, 6 navires ont toutefois été autorités à le franchir dimanche.

Ismail Baghaei, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères et membre de la délégation de négociation, a déclaré que les États-Unis ont violé le mémorandum d’entente avec l’Iran, soulignant que l’accord « avait pris fin après des violations répétées de ses termes par les États-Unis ». Pour sa part, le porte-parole du quartier général Khatam al-Anbiya du CGRI a affirmé que « les aventures répétées et les actions hostiles des États-Unis visant à s’ingérer dans la gestion du détroit d’Ormuz » ont gravement mis en péril la sécurité de la région, le commerce international et la liberté de passage des pétroliers et des navires commerciaux, considérant que la coopération de certains pays de la région a également contribué à accroître le risque de propagation de la guerre dans toute la région. Dans un communiqué, il a ajouté qu’en se basant sur des avertissements antérieurs, la République islamique d’Iran « ne permettra en aucun cas aux États-Unis de s’ingérer dans la gestion du détroit d’Ormuz ». Il a ajouté que les forces armées  réagiraient fermement à toute perturbation ou menace à la sécurité du passage des navires commerciaux et des pétroliers de la part de l’armée américaine, « l’agresseur et le bandit de grand chemin », si celle-ci emprunte une route non autorisée par l’Iran et sans l’autorisation des forces armées, soulignant que « les mesures énergiques prises ces derniers jours par le Corps des gardiens de la révolution islamique et l’armée de la République islamique d’Iran en témoignent ».

Le porte-parole a lancé un avertissement aux dirigeants de la région, soulignant que toute coopération avec les États-Unis ou toute fourniture de soutien logistique à leur armée « sera considérée comme une guerre contre la souveraineté et la sécurité nationale de l’Iran », ajoutant que si la guerre dans la région s’étend, « ses flammes se propageront à tous les pays de la région ». La déclaration concluait en affirmant que la responsabilité de tous les actes d’insécurité et de l’expansion de la guerre dans la région incombe aux États-Unis et aux pays qui coopèrent avec leur armée « criminelle ».

Donald Trump a réagi en ec début de semaine en annonçant le retour du blocus naval des ports iraniens dans le secteur du détroit d’Ormuz, au cœur de frappes d’une ampleur sans précédent depuis le cessez-le-feu d’avril dans cette guerre qui n’en finit pas d’ébranler l’économie mondiale. « Les Etats-Unis seront désormais connus sous le nom de +GARDIENS DU DETROIT D’ORMUZ+ », a lancé sur son réseau Truth Social le président américain après une série de frappes dans la nuit visant à « empêcher l’Iran d’attaquer les navires » qui violent le mémorandum d’entente, selon le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom). Et d’annoncer le rétablissement du « +BLOCUS DE L’IRAN+ — ainsi nommé car il empêche uniquement les navires ou les clients de l’Iran d’entrer ou de sortir ».

Et tout comme Téhéran souhaite instaurer des frais de service, lui veut percevoir « une rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons » transitant par la voie maritime, pourtant soumise au droit international censé garantir une liberté de navigation sans entrave.

L’Iran assure de son côté qu’il « ne permettra en aucune circonstance » à Washington de s’immiscer dans la gestion du détroit, dont la République islamique a pris le contrôle au début de la guerre. Le pays tient l’ennemi américain pour responsable du « retour de l’insécurité » dans la zone. Et ses puissants Gardiens de la Révolution l’accusent de mettre en péril l’approvisionnement mondial en pétrole.

Un sujet crucial après des mois de flambée des cours liée à la paralysie de ce détroit par lequel transitait avant la guerre un cinquième du brut mondial. Lundi, le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, bondissait de plus de 3,5% à près de 79 dollars. « Avec la rupture des négociations et la fin de la trêve, la guerre au Moyen-Orient est désormais revenue de plein fouet » sur les marchés, analyse Andreas Lipkow, pour CMC Markets.

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