Le correspondant de la télévision libanaise Al-Manar dans la capitale yéménite Sanaa a rapporté que plusieurs frappes aériennes ont ciblé, dans l’après-midi de lundi, l’aéroport international de Sanaa, expliquant que l’agression saoudienne a visé ses pistes d’atterrissage et de décollage. Il a aussi précisé que les frappes aériennes saoudiennes sur l’aéroport de Sanaa n’ont pas empêché l’avion iranien d’y atterrir et de briser le blocus imposé au Yémen. Les images ont montré qu’un avion civil iranien a atterri dans l’aéroport de Hodeïda.
L’avion iranien transportant depuis Téhéran plus de 200 citoyens yéménites, dont des patients, des voyageurs bloqués à l’étranger et la délégation officielle yéménite qui participait aux funérailles du guide suprême martyr l’ayatollah Ali Khamenei. Il a brisé le siège de cet aéroport fermé depuis 2016 après que les forces de la coalition arabe menée par l’Arabie saoudite ont imposé un embargo à l’espace aérien yéménite.
Dans un communiqué, le général de brigade Yahya Saree, porte-parole officiel des forces armées yéménites, a annoncé que « dans une agression flagrante et injuste, l’ennemi saoudien criminel a ciblé l’aéroport international de Sanaa par une série de raids aériens, mettant ainsi fin à la phase de désescalade ». Soulignant qu’« il doit assumer les conséquences de son agression », il a averti que « cette agression ne restera pas sans réponse ni impunie ».
Le ministère yéménite des Affaires étrangères a aussi réagi. « Dans une action sans précédent, le régime saoudien a bombardé l’aéroport de Sanaa, mettant ainsi fin à la phase de désescalade et de cessez-le-feu », a-t-il fait savoir.
Le Bureau politique d’Ansarullah a quant à lui affirmé que « notre peuple a pleinement le droit de répondre à l’agression saoudienne qui a bombardé l’aéroport international de Sanaa. « Les Nations Unies, la communauté internationale et les organisations humanitaires doivent assumer leurs responsabilités face au siège suffocant imposé à notre peuple », a-t-il ajouté.
Quant au ministère des Transports, il a estimé que « le ciblage renouvelé de l’aéroport de Sanaa par l’Arabie saoudite et la violation de son espace aérien témoignent de la volonté saoudienne, sous la pression américaine et sioniste, de poursuivre le siège ».
Hans Grundberg, envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, a mis en garde contre le risque d’une escalade plus large du conflit, sur fond de tensions autour de l’espace aérien et des aéroports du pays. « Je suis de près les développements liés à l’espace aérien et aux aéroports yéménites, et je suis profondément préoccupé par le risque d’une aggravation de la situation », a-t-il déclaré dans un communiqué. Il a indiqué que son bureau était en contact avec les représentants militaires des différentes parties, les exhortant à faire preuve de retenue. « Nous les appelons à désamorcer les tensions et à s’abstenir de toute action susceptible d’entraîner un nouveau cycle de violences au Yémen », a-t-il ajouté. H. Grundberg a exhorté les parties à poursuivre le dialogue sous l’égide de l’ONU afin de « préserver le calme relatif observé au Yémen depuis 2022 et d’avancer vers une fin durable du conflit ». Plus tôt dans la journée, le ministère yéménite de la Défense a affirmé que ses forces avaient frappé la piste de l’aéroport de Sanaa, accusant les Houthis d’avoir empêché l’atterrissage d’avions yéménites tout en autorisant celui d’un appareil iranien « en violation de la souveraineté du territoire yéménite ».
L’Iran a également dénoncé l’attaque. Esmaïl Baghaï, porte-parole de la diplomatie iranienne,a estimé qu’il s’agissait d’une « violation manifeste du droit international et de la Charte des Nations unies, ainsi que d’une atteinte à la souveraineté nationale et à l’intégrité territoriale du Yémen », selon l’agence officielle iranienne Irna.
Dans la soirée, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite au Yémen a affirmé avoir intercepté des missiles balistiques lancés par les Houthis en direction du sud du royaume. Le porte-parole militaire des Houthis a indiqué dans une vidéo que les forces houthies avaient mené une attaque contre l’aéroport international d’Abha, à l’aide de missiles et de drones. Il a par ailleurs mis en garde « toutes les compagnies aériennes contre tout survol de l’espace aérien du royaume d’Arabie saoudite. »
Le Yémen est en proie depuis plus d’une décennie à un conflit opposant les rebelles, qui se sont emparés de la capitale Sanaa puis d’une grande partie du nord du pays, et le gouvernement, appuyé par une coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite. Le pays le plus pauvre de la péninsule arabique connaissait toutefois une accalmie depuis une trêve négociée par l’ONU en 2022.

