Invité de Radio France Internationale (RFI), lundi 2 novembre, à l’occasion de la publication de son livre « Témoin de Gaza : ce qui ne s’efface pas », paru aux éditions Favre, l’ancien responsable onusien a estimé que le cessez-le-feu en vigueur depuis un an avait contribué à reléguer la question palestinienne au second plan des priorités internationales. Selon lui, les Palestiniens risquent de connaître « plus de misère, plus de détresse », tout en craignant de tomber dans l’oubli.
R. Lazzarini a également averti que les Palestiniens risquaient de connaître « le même destin que les Indiens d’Amérique », établissant un parallèle avec les populations amérindiennes autrefois confinées dans des réserves, où elles étaient confrontées à la famine, aux maladies et aux déplacements forcés.
Interrogé sur les conséquences possibles des élections législatives israéliennes et des élections de mi-mandat américaines, il s’est montré pessimiste quant à une amélioration de la situation, estimant notamment que la question palestinienne était absente des programmes des partis politiques israéliens.
« L’inaction est complice »
L’ancien patron de l’UNRWA a particulièrement mis en cause la responsabilité des gouvernements, leur reprochant de ne pas avoir utilisé les moyens de pression à leur disposition pour infléchir la politique israélienne. « L’inaction est complice », a-t-il déclaré, citant notamment le maintien de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, malgré les violations du droit international documentées, selon lui, par plusieurs rapports.
Il a également dénoncé l’affaiblissement du droit international, estimant que les crimes commis à Gaza au cours des trois dernières années étaient restés sans conséquences. P. Lazzarini a notamment évoqué la déclaration de famine à Gaza comme un tournant, regrettant qu’elle n’ait entraîné aucune pression significative sur le gouvernement israélien.
L’ancien responsable a par ailleurs critiqué l’adoption, en novembre 2025, de la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations unies, estimant qu’elle avait contribué à affaiblir les prérogatives de l’ONU en matière de paix et de sécurité au profit du Conseil de paix porté par le président américain Donald Trump.
L’UNRWA menacé
Revenant sur les accusations israéliennes visant certains employés de l’UNRWA, soupçonnés d’avoir participé aux attaques d’octobre 2023, P. Lazzarini a défendu la réaction de l’agence, rappelant que des enquêtes avaient immédiatement été ouvertes et qu’une évaluation indépendante avait été menée sous la direction de Catherine Colonna, ancienne ministre française des Affaires étrangères. Il a accusé Israël de chercher, au-delà de ces accusations, à faire disparaître l’UNRWA et, avec elle, le statut des réfugiés palestiniens et la question de leur droit au retour.
Évoquant la destruction des bureaux de l’agence à Jérusalem-Est en janvier 2026, il a dénoncé une atteinte au droit international ainsi qu’aux privilèges et immunités des Nations unies.
Sur le plan financier, P. Lazzarini a reconnu que l’UNRWA continuait de souffrir d’une crise structurelle, malgré le retour des donateurs ayant suspendu leurs contributions en 2024. L’agence fait face, selon les chiffres évoqués lors de l’entretien, à un déficit de 100 millions de dollars. « Je ne suis pas très optimiste quant à l’avenir de l’agence », a-t-il confié, avertissant que la pression exercée sur l’UNRWA pourrait s’étendre de Gaza à la Cisjordanie, puis à ses autres zones d’intervention.
Pour rappel, les opérations militaires israéliennes et les attaques de colons se sont intensifiées en Cisjordanie depuis le début de la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza en octobre 2023.
Prisonniers palestiniens
Sur un autre plan, la Ligue arabe veut voir clair sur le sort des détenus palestiniens. Elle a exigé une enquête internationale indépendante sur la torture et les mauvais traitements systématiques infligés aux Palestiniens de Gaza. Il s’agit des détenus de la prison israélienne de Ramla. La Ligue arabe insiste sur la nécessité de demander des comptes aux responsables de abus.
Dans un communiqué officiel, l’organisation panarabe a condamné les agressions récurrentes contre les prisonniers de l’aile Rakevet de l’établissement, signalant que ces violences ont causé de graves blessures et brûlures aux détenus. Elle a qualifié ces pratiques de violations flagrantes du droit international humanitaire, notamment des Conventions de Genève et de la Convention contre la torture, déclarant qu’elles constituent des crimes contre l’humanité nécessitant des poursuites judiciaires..
La Ligue a appelé à la cessation immédiate de tous les mauvais traitements et a exhorté les autorités israéliennes. Elle demande le droit d’accès sans restrictions au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et aux observateurs internationaux indépendants. L’objectif est de documenter les conditions de détention et de fournir les soins médicaux nécessaires. Elle a également exigé la libération inconditionnelle des détenus malades et blessés ainsi que la fin immédiate des détentions arbitraires.
Cet appel diplomatique fait suite à un rapport du 27 octobre du Bureau des médias des prisonniers palestiniens. Il documente des violences récurrentes contre les détenus de Gaza dans l’aile Rakevet. Selon le rapport, des agressions ont régulièrement lieu les vendredis et samedis, notamment à coups de matraque, au moyen de gaz lacrymogènes, de gaz poivre, de balles en caoutchouc et de grenades assourdissantes.
Cet organisme de défense des droits humains a également signalé des séances d’agression particulières. Des gardiens de prison pénètrent dans les cellules, accompagnés de chiens policiers. Par la suite, ils transfèrent de force les détenus dans des pièces dépourvues de caméras de surveillance afin de les agresser à l’abri des regards. Le bureau a averti que les violences en cours présentent un risque grave pour la vie des détenus, en particulier ceux qui souffrent de blessures préexistantes et de maladies chroniques.
La Ligue arabe a exhorté la communauté internationale dans son ensemble, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies et l’Assemblée générale de l’ONU à s’impliquer vigoureusement, afin de protéger les prisonniers palestiniens et mettre fin à la culture de l’impunité.

