Cette dynamique place le Maroc dans une trajectoire de croissance soutenue du nombre d’ultra-riches. Une évolution qui confirme l’émergence progressive d’une élite patrimoniale, portée par certains secteurs clés de l’économie, notamment l’immobilier, la finance ou encore les services.
Ainsi, le Royaume voit sa population de grandes fortunes passer de 305 Uhnwi (Ultra High Net Worth Individual – Individu à ultra-haute valeur nette) en 2021 à 432 en 2026, avec une projection de 550 en 2031. Cette progression s’explique, selon le Cabinet spécialisé, par une diversification économique progressive et un développement du secteur financier et immobilier.
Mais derrière cette progression, le tableau reste contrasté. Le rapport qui ne s’attarde pas sur le cas marocain, se contente de l’intégrer dans une lecture globale des grandes fortunes à l’échelle internationale. Ainsi, certains indicateurs permettent de nuancer cette croissance. À Marrakech, par exemple, le segment de l’immobilier de luxe montre des signes de ralentissement. La ville figure parmi les marchés ayant enregistré une baisse des prix, avec un recul de 4 % sur les cinq dernières années selon l’indice PIRI 100. Un signal qui traduit un ajustement du marché, voire un essoufflement de certaines niches pourtant étroitement liées à cette clientèle fortunée.
Si la richesse progresse, ses supports traditionnels, à l’image de l’immobilier haut de gamme, ne suivent pas le rythme. Une situation qui peut s’expliquer par des recompositions dans les placements, une internationalisation des investissements ou encore une prudence accrue face aux fluctuations économiques.
À l’échelle du continent, la tendance reste globalement à la hausse. L’Afrique devrait enregistrer une progression de près de 15 % du nombre d’ultra-riches d’ici 2031. Une croissance réelle, mais qui part d’une base faible : le continent ne représente qu’environ 1 % de cette catégorie à l’échelle mondiale. Le poids des grandes fortunes reste donc largement concentré ailleurs.
L’Amérique du Nord domine toujours, avec plus d’un tiers des ultra-riches en 2026 et une part appelée à se renforcer dans les années à venir. L’Asie-Pacifique suit, portée par des économies en forte expansion, tandis que l’Europe conserve une place importante malgré une croissance plus modérée.
Dans la région MENA, les évolutions sont inégales. Certains pays affichent une progression rapide, à l’image d’Israël, tandis que d’autres avancent à un rythme plus mesuré. Le Maroc, lui, se situe dans une position intermédiaire : une croissance nette, mais sans basculement spectaculaire.
Reste une question de fond, rarement abordée dans ce type de rapports : celle de l’impact réel de cette concentration de richesse sur le tissu économique et social. Car si le nombre de grandes fortunes augmente, les effets de ruissellement ne sont ni automatiques ni uniformes. La création de valeur, l’investissement productif et la redistribution restent des variables déterminantes.
