B. Sémper s’est interrogé sur la manière dont des dizaines de milliers de personnes auraient pu traverser le territoire marocain en direction de la frontière sans que les autorités du pays en aient connaissance, ni que les services de renseignement ne détectent de tels mouvements.
Du côté de Sumar, Verónica Martínez Barbero, partenaire de coalition du gouvernement, a critiqué l’absence de toute mise en cause du Maroc dans les propos de P. Sánchez, estimant qu’ils manquaient également d’empathie envers les habitants de Sebta et les migrants, ainsi que de solutions face à la crise. Alberto Ibáñez, de Compromís, a jugé peu convaincant le rejet de toute implication de Rabat, tandis que Antonio Maíllo, coordinateur d’Izquierda Unida, a rejeté la position de Sánchez.
Oriol Junqueras, dirigeant de la Gauche républicaine de Catalogne, a également mis en doute l’idée selon laquelle les autorités marocaines n’auraient pas été informées de ce passage massif. Pablo Fernadez, secrétaire à l’organisation de Podemos, a accusé le gouvernement de céder face au Maroc et appelé à suspendre temporairement les relations avec Rabat.
Avant cela, P. Sánchez avait salué la coopération rapide des autorités marocaines, soulignant que la coordination avec Rabat se poursuivrait afin de gérer la crise et de procéder au retour des migrants une fois les procédures légales achevées. Il avait a affirmé que les services de sécurité et de renseignement ne disposaient d’aucun élément indiquant que les autorités marocaines auraient participé, de quelque manière que ce soit, à favoriser les passages de juillet vers Sebta.
A signaler aussi que P. Sánchez a rencontré lundi le roi Felipe VI, après la possibilité évoquée que le souverain espagnol se rende à Sebta et Melilla. Un déplacement qu’il n’a pas effectué depuis son accession au trône en 2014.
Des sources au sein de la présidence du gouvernement espagnol ont indiqué à Europa Press que cette rencontre s’inscrivait dans le cadre des réunions régulières entre le roi et le chef du gouvernement, qui ont lieu plusieurs fois par mois, sans préciser les sujets abordés. Les mêmes sources ont ajouté que « la réunion avait été programmée avant les vacances d’été et s’est déroulée normalement, comme à l’accoutumée ».
Cette entrevue est intervenue quelques heures après des déclarations faites plus tôt dans la journée par le Premier ministre, affirmant qu’il existait « des arguments et des raisons suffisants pour que le chef de l’État se rende enfin à Sebta et Melilla ». P. Sánchez a souligné que « cette visite aura lieu » lorsque les conditions appropriées seront réunies. « C’est ce que j’ai partagé avec le chef de l’État, et c’est ce qui sera fait », sans préciser si le roi Felipe VI lui avait fait part de son souhait d’effectuer cette visite. P. Sánchez a expliqué que le gouvernement et la Maison royale devaient désormais travailler à la coordination de ce dossier. Il a également nié que le gouvernement voie d’un mauvais œil l’éventualité d’une telle visite du roi.
Pour rappel, en 2007, les relations maroco-espagnoles avaient traversé une grave crise diplomatique après l’annonce par l’ancien roi d’Espagne Juan Carlos de son intention de se rendre dans les Présides occupés. Rabat avait considéré cette démarche comme une provocation inacceptable à l’égard du sentiment national et une atteinte à la souveraineté territoriale du Maroc.
En réaction à cette visite, le Maroc avait adopté une position ferme, rappelant pour consultations et pour une durée indéterminée son ambassadeur à Madrid, Omar Azziman. Un communiqué officiel du Cabinet royal marocain avait exprimé le rejet catégorique du royaume et sa vive condamnation de la visite de J. Carlos. L’initiative avait également suscité une large indignation dans les milieux politiques et au sein de l’opinion publique marocaine, tandis que le Premier ministre de l’époque, Abbas El Fassi, avait qualifié cette visite d’acte qui « offense les sentiments des Marocains ».
Le gouvernement espagnol dirigé à l’époque par José Luis Rodríguez Zapatero avait défendu cette visite comme « une activité institutionnelle normale sur le territoire national espagnol » et affirmé le droit du monarque espagnol à se rendre dans toute zone sous souveraineté espagnole. La crise avait duré environ deux mois avant que n’apparaissent les premiers signes de reprise des relations. En janvier 2008, l’ambassadeur du Maroc a regagné son poste en Espagne.

