Près d’un mois après les faits, Berlin pointe Moscou. « Dans l’ensemble, les enquêtes policières, les modes opératoires et les informations des services de renseignement démontrent une responsabilité russe dans la tentative d’attentat à l’aéroport de Leipzig », a déclaré Alexander Dobrindt, ministre allemand de l’Intérieur lors d’une courte déclaration.
Dans la nuit du 4 au 5 août, un drone chargé d’explosifs avait été découvert dans la zone sécurisée des opérations de fret de l’aéroport, à proximité de plusieurs avions-cargos ukrainiens, et un deuxième engin aurait heurté un avion-cargo de DHL quelques minutes plus tard. D’après les médias, qui s’appuient sur des sources proches des autorités, un troisième drone a été retrouvé dix jours plus tard à l’ouest de l’aéroport. Une substance pouvant correspondre à environ 50 grammes d’hexogène, explosif militaire très puissant, a été retrouvée sur place.
Le ministre a étayé son accusation par le fait que les « moyens d’action observés s’inscrivent dans le schéma bien connu des opérations hybrides russes en Europe ». « La configuration des drones » et l’utilisation de « divers composants, des explosifs et des dispositifs de mise à feu » renvoient à « d’autres opérations hybrides menées par la Russie et de sa guerre contre l’’Ukraine », a-t-il précisé. La technologie utilisée et « l’interaction des différents éléments doivent être qualifiées de professionnelles et révèlent un haut niveau d’expertise technique ainsi qu’un effort organisationnel considérable », a poursuivi A. Dobrindt. Si l’exécution finale de la « tentative d’attentat » relève d’agents dits « jetables », ces derniers ont agi « sur ordre d’autorités étatiques russes », a encore accusé le ministre conservateur.
Son collègue des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a annoncé dans la foulée la fermeture sous une quinzaine de jours du dernier consulat russe du pays, à Bonn, et d’un centre culturel russe à Berlin suspecté d’héberger des espions.
À moins de trois semaines des élections législatives pour renouveler la Douma d’État, chambre basse du Parlement russe, prévue du 18 au 20 septembre 2026, le renseignement russe met en garde contre une campagne extérieure visant à perturber le processus électoral. Dans un communiqué publié le 31 août, le SVR affirme que l’Union européenne et les principaux pays européens poursuivraient un double objectif : « entraver le processus électoral normal » et discréditer les résultats du vote. Selon le SVR, cette stratégie reposerait sur plusieurs leviers. Lors d’une réunion de la « coalition des volontaires » organisée à Paris le 13 juillet, des responsables européens ont notamment encouragé Kiev à intensifier les attaques et les actes de sabotage contre des infrastructures situées sur le territoire russe. Le renseignement russe estime que ces actions visent à semer la panique parmi la population et à détourner une partie des ressources des autorités et des forces de l’ordre de leurs missions principales.
À cette pression sécuritaire s’ajouterait un volet numérique. Le SVR affirme que des représentants de services de renseignement européens ont discuté, lors de déplacements en Ukraine, de projets de cyberattaques contre les infrastructures liées à l’organisation des élections, dans un contexte où Moscou dénonce régulièrement les tentatives d’ingérence étrangère dans ses affaires intérieures. Le dispositif décrit par le renseignement russe comporte également un volet politique et informationnel. Certaines structures de l’opposition russe installées à l’étranger ont ainsi reçu pour mission de remettre en cause la légitimité du contrôle avant même sa tenue et d’alimenter une campagne de contestation depuis l’extérieur du pays. Selon le communiqué du SVR, la « Plateforme de l’APCE pour le dialogue avec les forces démocratiques russes » a reçu une mission assortie d’un financement afin d’encourager les électeurs à boycotter le vote et d’appeler la communauté internationale à ne pas en reconnaître les résultats. Le SVR affirme également que des réunions organisées à Vilnius et Berlin ont été portées sur la recherche ou la fabrication d’informations compromettantes visant des représentants des partis politiques russes, ainsi que sur l’organisation de provocations dans des bureaux de vote en Russie et à l’étranger.
Pour le renseignement russe, cette stratégie ne s’arrêterait pas avec la fermeture des bureaux de vote. Le SVR affirme que l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et le Parlement européen pourrait, une fois le contrôle achevé, refuser d’en reconnaître les résultats en invoquant de supposées irrégularités dans sa préparation ou son déroulement. Les élections législatives se dérouleront parallèlement à plusieurs scrutins régionaux et locaux, avec environ 23 000 mandats à pourvoir au total. Dans ce contexte, Moscou présente la protection du processus électoral comme une question de souveraineté et affirme être prêt à répondre aux pressions extérieures. Face aux tentatives d’ingérence qu’il dénonce, le SVR assure qu’elles ne pourront pas empêcher les citoyens russes de faire leur choix. « La Russie sait riposter », conclut le service dans son communiqué, affirmant que le pays est en mesure de répondre aux menaces extérieures comme aux tentatives visant à le déstabiliser de l’intérieur.

