Le résultat est sans équivoque. Sur les 161 États ayant exprimé une position lors du scrutin, 152 ont voté en faveur de la résolution annuelle de la 4è Commission consacrée au Sahara marocain, deux s’y sont opposés et sept se sont abstenus. Le Maroc a lui-même voté en faveur du texte, aux côtés de 151 autres États membres des Nations unies.
Fait notable, c’est pour la première fois depuis l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, le 31 octobre 2025, que le texte de la 4è Commission fait explicitement référence à cette décision. Cette évolution intervient alors que le dossier du Sahara marocain connaît une nouvelle phase diplomatique, marquée par la place accordée à l’initiative marocaine d’autonomie dans les discussions politiques. Autre particularité : la résolution a été soumise à un vote, contrairement à la pratique suivie depuis 2006, qui privilégiait son adoption sans scrutin. Selon les éléments communiqués à l’occasion de cette adoption, cette procédure résulte d’une demande américaine de dernière minute visant l’ensemble des 23 projets de résolution examinés par la Commission. Le vote ne constitue donc pas, à lui seul, une initiative spécifiquement dirigée contre le dossier du Sahara.
L’insertion de la référence à la résolution 2797 constitue le principal élément politique à retenir. Adopté par le Conseil de sécurité le 31 octobre 2025, ce texte a renforcé la place de l’initiative marocaine d’autonomie dans le cadre du processus de règlement, sous l’égide des Nations unies et dans le respect des paramètres fixés par le Conseil.
Ode à l’autonomie
La résolution annuelle de la 4è Commission s’inscrit désormais dans ce contexte. Elle reprend les principales dispositions des textes précédents, tout en intégrant cette référence nouvelle, qui reflète l’évolution du cadre diplomatique depuis l’examen de la question du Sahara à l’automne 2025.
Pour Rabat, cette mention présente un intérêt particulier, en ce sens qu’elle permet de replacer les travaux de l’Assemblée générale dans une séquence politique où le Conseil de sécurité a réaffirmé le rôle central des négociations et de l’initiative marocaine d’autonomie. Elle ne signifie toutefois pas que la Quatrième Commission a adopté une nouvelle décision sur le statut du territoire. Le texte demeure une résolution annuelle qui soutient le processus politique conduit sous l’égide du secrétaire général de l’ONU.
Cette distinction est essentielle pour comprendre la portée du scrutin. L’évolution ne réside pas dans une modification radicale de la résolution, mais dans l’intégration d’un élément politique nouveau, qui traduit le contexte créé par la décision du Conseil de sécurité. La résolution réaffirme également la responsabilité des quatre parties concernées par le processus politique : le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario. Elle les appelle à participer de bonne foi aux négociations, sans conditions préalables, dans une atmosphère propice au dialogue.
Cette référence renvoie à une question centrale pour la suite du dossier, à savoir la participation effective de toutes les parties aux discussions et de leur capacité à contribuer à une solution politique durable. Le texte soutient les efforts de l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies, chargé de conduire les consultations et les négociations. L’objectif demeure la recherche d’une solution politique réaliste, pragmatique, durable et mutuellement acceptable, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.
Dans cette perspective, la référence à la résolution 2797 donne un relief particulier à l’appel au dialogue. Elle intervient après plusieurs cycles de discussions organisés à Washington et à Madrid, au cours desquels le Maroc a présenté une version détaillée de son projet d’autonomie, selon les informations communiquées par la diplomatie marocaine. La prochaine étape consistera à déterminer dans quelle mesure cette dynamique peut se traduire par des négociations plus approfondies. L’adoption de la résolution ne permet pas, à elle seule, de conclure à un accord imminent ni de préjuger de la position que prendront les différentes parties lors des prochaines discussions.
Si, en dépit de son résultat largement favorable, la résolution de la 4è Commission ne tranche pas le statut du Sahara, cette nuance ne diminue pas l’intérêt politique de son adoption. Elle permet plutôt de situer précisément l’évolution du dossier : la référence à la résolution 2797 témoigne de la place croissante du cadre défini par le Conseil de sécurité dans les discussions.
La portée de cette séquence tient donc à la combinaison de trois éléments : un résultat largement favorable, l’intégration explicite de la résolution 2797 et la poursuite d’un processus politique dont l’issue dépendra de l’engagement des parties.
À l’approche de la prochaine échéance du Conseil de sécurité sur la MINURSO, l’adoption de cette résolution intervient dans un calendrier diplomatique particulièrement suivi par Rabat. Le renouvellement du mandat de la mission onusienne et les orientations retenues par le Conseil de sécurité permettront de mesurer la continuité du cadre politique défini en 2025. Pour le Maroc, l’enjeu consiste à consolider la place de l’initiative d’autonomie dans les discussions et à maintenir la dynamique diplomatique autour d’une solution politique. Pour les Nations unies, il s’agit de poursuivre les efforts de négociation tout en préservant le cadre multilatéral du dossier. Le tout avec une question centrale, celle de la traduction de cette évolution diplomatique en avancées concrètes à la table des négociations.
Le MSP met en garde
Le Mouvement Sahraouis pour la paix alerte, lui, sur les graves conséquences de la menace du Front Polisario de rompre sa coopération avec Staffan de Mistura, envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental. Il estime que cette décision pourrait compromettre l’avenir des Sahraouis et les chances de résoudre pacifiquement le conflit.
Dans un communiqué, le mouvement exprime son inquiétude face à la menace formulée par le Polisario le 12 octobre, la jugeant précipitée et irréfléchie. Cet avertissement survient à peine un an après que le Front a accepté la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU, ravivant l’espoir parmi les réfugiés sahraouis.
Le mouvement rappelle les précédentes décisions du Polisario, notamment leur retrait unilatéral de l’accord de cessez-le-feu, illustrant comment de telles positions peuvent affaiblir le Front et éloigner la paix. Il note également que, pour la première fois en 34 ans, les efforts internationaux pour résoudre le conflit du Sahara occidental prennent une tournure significative, notamment grâce à l’engagement américain, pouvant mener à un accord de paix bénéfique pour les Sahraouis, malgré la situation actuelle.
Alors que le Conseil de sécurité doit bientôt se réunir pour renouveler le mandat de la MINURSO, le mouvement insiste sur l’importance d’inclure ses représentants dans les futures étapes du processus politique. Et affirme que l’avenir des Sahraouis ne doit pas dépendre uniquement des décisions d’une organisation revendiquant leur représentation exclusive.

