« L’armée et le service de sécurité intérieure (Shin Bet) ont mené une frappe ciblée contre des hauts responsables de l’organisation terroriste Hamas », dit l’armée dans un communiqué, sans préciser le lieu de l’attaque. « Depuis des années, ces membres de la direction du Hamas dirigent les opérations de l’organisation terroriste, sont directement responsables du massacre brutal du 7-Octobre et ont orchestré et géré la guerre contre l’Etat d’Israël », ajoute ce communiqué.
Les explosions ont eu lieu dans un complexe abritant le Hamas, selon un journaliste de l’AFP à Doha. Les autorités qataris ont indiqué que ces frappes ont visé les domiciles de dirigeants du Hamas. Une source importante au sein du mouvement palestinien a confirmé qu’Israël a pris pour cible la délégation de négociation du Hamas lors d’une réunion à Doha pour discuter de la proposition de cessez-le-feu dans la bande de Gaza présentée par le président américain Donald Trump. Elle a assuré pour la chaine qatarie d’information al-Jazeera que les membres de la délégation chargée des négociations et dirigée par Khalil al-Haya ont échappé à ces tentatives d’assassinat.
Le membre du Bureau politique du Hamas Souheil al-Hindi a rendu compte de plusieurs martyrs à leur tête, Jihad Loubod, directeur du bureau du dirigeant K. al-Hayya. Il est aussi question du martyre du fils de ce dernier, Hamam et de trois autres membres du Hamas.
Fin août, le chef de l’armée israélienne Eyal Zamir avait menacé « d’atteindre les dirigeants du Hamas se trouvant à l’étranger ».
Doha suspend sa médiation
A Doha, « Cette attaque criminelle constitue une violation de toutes les lois internationales et une grave menace pour la sécurité des Qataris et de leurs résidents », a réagi depuis DohaMajed Al-Ansari, porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, a déclaré dans un communiqué publié sur la plateforme X.
« L’État du Qatar condamne fermement cette attaque et affirme qu’il ne tolérera pas ce comportement israélien irresponsable », a-t-il ajouté indiquant qu’il « ne tolérera aucune action portant atteinte à sa sécurité et à sa souveraineté.»
Le ministère a expliqué que « des enquêtes sont en cours au plus haut niveau et que de plus amples détails seront annoncés dès qu’ils seront disponibles. »
Selon l’agence Reuters, Doha a suspendu sa médiation entre Israël et le Hamas. Le ministère qatari de l’Intérieur a déploré le martyre d’un membre des forces de sécurité et de plusieurs blessés.
Le Premier ministre israélien a déclaré avoir ordonné l’attaque visant les dirigeants du Hamas au Qatar, à la suite de l’opération de lundi survenue la veille à Jérusalem et revendiquée par le Hamas. La fusillade a tué 6 colons israéliens et blessé 14 autres. « Aujourd’hui à midi, en raison d’une opportunité opérationnelle (…) le Premier ministre et le ministre de la Défense ont décidé de mettre en oeuvre la directive donnée la veille », précise le communiqué conjoint de B. Netanyahu et Israël Katz, son ministre de la Défense. B. Netanyahu a interdit à ses ministres de donner des déclarations jusqu’à nouvel ordre. Selon le Yediot Ahronoth, le cabinet ministériel restreint n’a pas été informé au préalable de l’attaque.
Selon le site d’information Arabs48 publié dans les territoires de 1948, des sources sécuritaires israéliennes ont démenti le récit de B. Netanyahu assurant que la planification de l’attaque contre des cadres du Hamas avait été entreprise depuis plusieurs semaines.
L’agression israélienne a été condamnée par l’ONU dont le secrétaire général Antonio Guterres a dénoncé « une violation flagrante de la souveraineté du Qatar ». Plusieurs pays de la région l’ont aussi condamnée dont l’Arabie saoudite où le prince héritier Mohammad ben Salmane a dit « mettre au service du Qatar toutes ses capacités pour protéger sa sécurité », mettant en garde contre « les conséquences désastreuses qui incomberaient à la poursuite d’Israël de ses violations ». Même son de cloche de la part du Sultanat d’Oman, de la Jordanie, de l’Algérie et du Liban, dont le président Joseph Aoun a estimé que « l’attaque montre qu’Israël persiste à frapper la stabilité dans la région ». Au Caire, qui parraine au côté de Doha les négociations entre les responsables du Hamas et les Israéliens, la présidence a estimé que « cette escalade compromet les efforts internationaux visant à calmer la situation et menace la sécurité et la stabilité dans toute la région ». La Turquie qui accueille aussi des responsables du Hamas a « condamné une attaque israélienne lâche qui vise la souveraineté et la sécurité » du Qatar. L’Iran, principal soutien du Hamas a condamné les frappes israéliennes. « Cet acte extrêmement dangereux et criminel constitue une violation flagrante de toutes les règles et réglementations internationales, une atteinte à la souveraineté nationale et à l’intégrité territoriale du Qatar », a déclaré à la télévision d’Etat le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï. Quant au Yémen, dont les forces de Sanaa poursuivent seules leurs tirs de drones et de missiles sur l’entité sioniste, en soutien au peuple palestinien, il a averti par la voix du chef du Conseil politique suprême Mahdi al-Machate que « l’offensive contre la capitale qatarie Doha se produira encore une fois voire plus contre tous les autres Etats de la région, si nous ne nous unissons pas ensemble pour faire face au danger sioniste ».
Washington et Londres au courant…
Khaled al-Qaddoumi, représentant du Hamas en Iran, a indiqué que « la tentative d’assassinat des dirigeants de la résistance à Doha qui s’est faite en coordination et avec le soutien américain s’est soldée par un échec ».
Channel 12 a révélé que des avions des renseignements américains et britanniques survolaient l’espace aérien qatari avant l’offensive israélienne. Un responsable américain a confié pour l’agence Axios que les Etats-Unis avaient été informés au préalable par les Israéliens de l’attaque à Doha. Les Etats-Unis ont été prévenus par Israël des frappes aériennes menées contre des responsables du Hamas au Qatar, a indiqué mardi une haute responsable de la Maison Blanche sous couvert d’anonymat à l’AFP. Leur ambassade au Qatar a appelé ses ressortissants dans le pays à « rester à l’abri. Nous avons vu des informations faisant état de frappes de missiles à Doha. L’ambassade des États-Unis a ordonné à son personnel de rester à l’abri dans ses locaux. Il est conseillé aux citoyens américains de rester à l’abri et de suivre les mises à jour », a-t-elle écrit sur son compte X.
La Chine, premier pays membre du Conseil de sécurité autre que les USA à s’exprimer sur l’attaque israélienne, l’a condamnée dans les termes les plus fermes. « Le bombardement de Doha par Israël est extrêmement dangereux et prouve que les Israéliens n’ont aucune limite lorsqu’il s’agit de violer les règles », a dit son représentant à l’ONU.
