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Colonisation galopante en Cisjordanie : Pas de frein pour Israël !

by Perspectives Med
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Colonisation galopante en Cisjordanie : Pas de frein pour Israël !

A la publication de cet appel d’offres au mois de juillet, plusieurs ONG dont « La paix maintenant » avaient saisi la justice pour l’invalider, et plusieurs pays européens avaient appelé Israël à y renoncer. Dans son arrêt, le juge chargé de l’affaire a estimé que le projet n’entraînait aucun changement irréversible à court terme, la procédure d’appel d’offres et les autorisations nécessaires devant s’étaler sur une longue période. Selon lui, les tribunaux auront le temps de statuer définitivement sur le fond du dossier bien avant le début des travaux sur le terrain, d’autant que les autorités se sont engagées à informer les candidats à l’appel d’offres du dépôt de tout recours supplémentaire.

Les trois organisations à l’origine de la procédure ont, elles, estimé, dans un communiqué commun, que cette décision « sert les intérêts du gouvernement », en pleine période électorale, et lui permet de « créer une nouvelle réalité sur le terrain, qui engendrera une situation destructrice qu’il sera extrêmement difficile de renverser ». Les ONG préviennent que « l’avancement de l’appel d’offres (…) précipitera des actions de nettoyage ethnique dans la zone couverte par le plan, avec des conséquences désastreuses pour les milliers de Palestiniens qui y vivent ».

En juillet, le ministère israélien du Logement avait ouvert un appel d’offres pour la construction de plus de 1.200 logements dans le cadre du projet dit E1, jouxtant la colonie de Maale Adumim proche de Jérusalem. Ce plan, approuvé par Israël l’an dernier après plusieurs décennies de gel, notamment sous les pressions des administrations américaines successives, isolerait davantage Jérusalem-Est, occupée puis annexée par Israël et majoritairement peuplée de Palestiniens, du reste de la Cisjordanie.

Israël occupe la Cisjordanie depuis 1967, où plus de 500.000 Israéliens vivent dans des colonies aux côtés de quelque trois millions de Palestiniens.

Restrictions occidentales

Douze pays occidentaux dont le Royaume Uni, la France et le Canada ont annoncé leur intention d’imposer des restrictions au commerce avec les colonies israéliennes en Cisjordanie, dans un contexte d’escalade de la violence des colons et d’expansion des colonies, affirmant que le comportement du gouvernement israélien en Cisjordanie compromet la possibilité de parvenir à une solution à deux États. Cette annonce a été faite dans une déclaration conjointe des ministres des Affaires étrangères du Canada, du Danemark, de la Finlande, de la France, de l’Islande, de l’Irlande, de la Norvège, de la Pologne, du Portugal, de l’Espagne, de la Suède et du Royaume-Uni.

Ces 12 pays ont affirmé que la situation en Cisjordanie « se détériore rapidement » face à des niveaux sans précédent de violence de la part des colons et d’expansion des colonies, et ont réaffirmé leur intention de restreindre le commerce des marchandises provenant des colonies qu’ils considèrent comme illégales au regard du droit international. Ils ont appelé Israël à mettre immédiatement fin à l’expansion des colonies et à garantir que les auteurs de violences commises par les colons rendent des comptes, soulignant leur détermination à protéger la solution à deux États et à prendre les mesures nécessaires pour parvenir à une « paix juste et durable ».

Ils ont également exprimé leur ferme opposition à toute mesure qui constituerait une annexion de territoire palestinien ou qui entraînerait le déplacement forcé de la population.

Nettoyage ethnique

Dans ce contexte, Ed Miliband, ministre britannique des Affaires étrangères, a annoncé que son pays interdirait l’importation de marchandises provenant des colonies israéliennes de Cisjordanie, soulignant que « la garantie d’une solution à deux États dans son intégralité est la boussole qui guide la politique de notre gouvernement ». Il a ajouté que des milliers de Palestiniens ont été « déplacés de leurs communautés agricoles » à la suite des violences des colons et des actions du gouvernement israélien en Cisjordanie, ajoutant que « la situation sur le terrain et les violences des colons sous la protection de l’armée israélienne nous éloignent toujours plus d’une solution à deux États ».

  1. Miliband a relevé que la Grande-Bretagne prendra « les mesures juridiques les plus fermes » contre les colonies et les individus et entreprises qui y contribuent ou qui contribuent à leur expansion, exprimant, comme beaucoup d’autres, un « profond sentiment de honte » face à ce qui s’est passé dans la bande de Gaza sous les yeux de la communauté internationale. Et précisé que les sanctions cibleraient les entreprises et les particuliers fournissant des services de construction, d’infrastructure, de financement et d’immobilier aux colonies, soulignant que quiconque finance ou facilite la création de colonies illégales s’exposerait à « toute la rigueur des sanctions britanniques ». Il a également confirmé que le gouvernement britannique reconnaît que ce qui se passe dans certaines parties de la Cisjordanie constitue un « nettoyage ethnique des Palestiniens perpétré par des colons terroristes ».

Le gouvernement israélien « ferme souvent les yeux sur cette situation », a-t-il déploré, notant que certains de ses membres avaient fait des déclarations et pris des mesures qui soutenaient le déplacement forcé des Palestiniens. Il a expliqué que le régime de sanctions ciblerait les colonies et leur expansion, et non Israël, insistant sur la poursuite des échanges commerciaux avec ce pays à l’intérieur de la « Ligne verte », et sur son opposition à la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS).

Pour sa part, Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, a déclaré mardi que la France entendait entamer des procédures pour interdire les produits provenant des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, face à l’escalade de la violence des colons qui compromet davantage les chances d’une solution à deux États avec les Palestiniens.  « La France mettra fin à ses échanges commerciaux avec les colonies israéliennes en Palestine », a écrit Barrot sur la plateforme X, « de même que 11 autres pays qui se sont également engagés à prendre des mesures similaires. » Il a poursuivi : « Pourquoi faisons-nous cela ? Parce que la Cisjordanie est au bord de l’explosion. On assiste à une expansion frénétique des colonies, à une escalade de la violence contre les Palestiniens de la part de colons extrémistes et à des actes de terrorisme qui ont été condamnés par les autorités israéliennes elles-mêmes. »

De son côté, la Palestine a salué la déclaration des 12 pays soutenant la solution à deux États et a appelé à des mesures contraignantes pour mettre fin à la colonisation et à l’annexion.

En Israël, avant même la publication de cette déclaration, Isaac Herzog, président israélien, avait mis en garde estimant que des sanctions représenteraient « une grave erreur de calcul, et une décision qui tombera du mauvais côté de l’histoire ».

Le sinistre Bezalel Smotrich, ministre israélien des Finances, a lui appelé lundi sur X à « chasser l’ambassadeur britannique » d’Israël.

Un responsable des colons israéliens de Cisjordanie a qualifié les sanctions occidentales annoncées contre les colonies d’« antisémites et honteuses », dans un communiqué. « La décision (…) de boycotter les produits de Judée-Samarie (nom donné par Israël à la Cisjordanie, NDLR) et d’imposer des sanctions à des Juifs simplement parce qu’ils vivent et travaillent sur leur terre ancestrale est une mesure antisémite et honteuse », a déclaré Israël Gantz, président du Conseil de Yesha, principale organisation représentant les colons de Cisjordanie occupée.

Plus tard, le chef de la diplomatie israélienne a annoncé la fermeture du consulat britannique à Jérusalem, en représailles à l’annonce de sanctions contre les colonies israéliennes en Cisjordanie par Londres et d’autres pays occidentaux. Outre la fermeture du consulat, Gideon Saar , ministre des Affaires étrangères, a annoncé une interdiction d’entrée en Israël contre 12 personnalités britanniques jugées « antisémites », dont l’ex-chef travailliste Jeremy Corbyn.

Mike Huckabee, ambassadeur américain en Israël, a estimé qu’imposer des sanctions serait « une décision irrationnelle ». « C’est une discrimination contre le gouvernement israélien, une discrimination contre les Juifs », a-t-il dit sur la BBC mardi. Marco Rubio, secrétaire d’Etat américain, a pour sa part exclu que les Etats-Unis prennent des sanctions comparables à celles adoptées notamment par le Royaume-Uni sur le commerce avec les colonies israéliennes. « De toute évidence nous n’allons pas faire comme eux », a déclaré à l’aéroport de Miami M. Rubio, en partance pour une tournée en Amérique latine, interrogé sur les sanctions britanniques. « Mais nous partageons l’objectif de la stabilité. Nous ne voulons pas assister à une augmentation de la violence ou du conflit ou des tensions en Cisjordanie à un moment très sensible dans la région », a-t-il néanmoins ajouté.

Hors Jérusalem-est, occupée et annexée par Israël, plus de 500.000 Israéliens installés dans ces colonies jugées illégales au regard du droit international vivent aux côtés de quelque trois millions de Palestiniens en Cisjordanie. Depuis l’avènement du dernier gouvernement israélien fin 2022 dont des ministres prônent ouvertement l’annexion de la Cisjordanie, les attaques de colons contre les Palestiniens, leurs biens, leurs terres, leur bétail, les conduites d’eau … ont connu une hausse importante.

Les données d’OCHA indiquent que plus de 1 200 attaques de colons ont été recensées chaque année entre 2023 et 2025, incluant des agressions physiques, des incendies criminels et des confiscations de terres. Elles indiquent également que plus de 60 000 dunams ont été effectivement accaparés par des colons via des avant-postes pastoraux ces dernières années.

Au cours du premier semestre de cette année, les colons ont commis 3 488 attaques contre des Palestiniens et leurs biens, selon un rapport publié le 6 juillet par la Commission de résistance au mur et aux colonies (organisme gouvernemental). 27 personnes ont été tuées dans ces incidents depuis le début de l’année, d’après la Commission de l’Autorité palestinienne contre le mur et les colonies. Sans compter les attaques menées par l’armée d’occupation qui a tué 1.183 Palestiniens depuis octobre 2023, dont 210 enfants, selon la Centre de recensement palestinien.

Poubelle de l’Histoire

La France a condamné l’attaque lancée par un ministre du gouvernement d’occupation israélien contre le président français et son ministre des Affaires étrangères suite aux déclarations de ce dernier concernant le soutien de Paris à la cause palestinienne depuis le 7 octobre 2023.

Amichai Chikli, ministre israélien des Affaires de la Diaspora, avait lancé une attaque virulente contre Emmanuel Macron et J-N. Barrot, sur la plateforme X.  « Si la faillite morale des élites occidentales devait avoir un visage, celui de Barrot aurait parfaitement convenu », a-t-il posté affirmant qu’il « ne connaît aucun pays au monde qui ait davantage œuvré pour la cause palestinienne depuis le 7 octobre. » Il a ajouté : « Heureusement, Barrot ne sera bientôt plus qu’un ancien ministre, et le président, dont le souffle politique est presque coupé et qui est responsable de lui, ne tardera pas à le rejoindre dans la poubelle de l’histoire. »

Condamnant des « termes injurieux », le ministère français a fait remarquer que ces déclarations sont « inacceptables et n’ont pas leur place dans le dialogue entre États », soulignant que déformer les positions exprimées par les autorités françaises et les exploiter à des fins politiques « n’est pas digne de la mémoire des victimes de l’attentat du 7 octobre ». Dans sa déclaration, il assure que la France assume sa conviction que « la solution à deux États à même d’établir une paix juste et durable, qui garantisse la sécurité et l’intégration régionale d’Israël, et qui réponde à l’aspiration légitime du peuple palestinien à la dignité et à la liberté », soulignant que Paris continuera d’œuvrer sans relâche pour y parvenir en coopération avec tous ses partenaires.

 

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