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Cessez-le-feu au Yémen : L’offre de Riyad tiendra-t-elle durant Ramadan ?

La coalition dirigée par l'Arabie saoudite, à laquelle participent les Emirats arabes unis, a annoncé à partir de mercredi 30 mars un cessez-le-feu dans le conflit qui l'oppose aux rebelles yéménites houthis.

«La coalition annonce par la présente l’arrêt des opérations militaires au Yémen à partir de 6h (3h GMT) mercredi 30 mars 2022», a-t-elle indiqué dans un communiqué publié dans la soirée du 29 mars par l’agence de presse saoudienne. Ce cessez-le-feu «coïncide avec le début de consultations entre Yéménites, dans le but de créer les conditions propices à leur succès et un environnement favorable pour le mois sacré du ramadan pour faire la paix». Le ramadan commence début avril dans le monde musulman.
Riyad accueille le 30 mars des pourparlers sous l’égide du Conseil de coopération du Golfe, qui regroupe six pays (l’Arabie saoudite, Oman, le Koweït, Bahreïn, les Emirats arabes unis  et le Qatar) mais sans la participation des Houthis qui ont refusé de se rendre en territoire «ennemi». «Je suis très reconnaissant du soutien unanime exprimé à l’égard des efforts des Nations unies pour une désescalade immédiate et un règlement politique du conflit», avait tweeté, avant l’annonce du cessez-le-feu, Hans Grundberg, émissaire de l’ONU pour le Yémen.

Les rebelles houthis, après avoir mené 16 attaques contre le royaume le 25 mars, avaient annoncé le lendemain une trêve unilatérale de trois jours. Soutenus par l’Iran, ils ont proposé de rendre cette trêve permanente si Riyad lève le «blocus» sur le Yémen, cesse ses raids aériens et retire ses forces du pays en guerre depuis 2014.

La coalition internationale contrôle l’espace aérien et maritime du Yémen, et seuls les vols de l’ONU sont autorisés via l’aéroport de Sanaa.

Le 29 mars, Riyad avait dit attendre des «mesures sérieuses » de la part des Houthis, notamment un échange de prisonniers, avant de se prononcer. Les rebelles houthis avaient annoncé, le 27 mars au soir, un accord portant sur la libération de 1 400 prisonniers détenus par le gouvernement, contre 823 détenus sous leur garde, parmi lesquels 16 Saoudiens, trois Soudanais et le frère du président yéménite, Abd Rabbo Mansour Hadi. «Un accord d’échange de prisonniers a été conclu par le biais des Nations unies», avait tweeté Abdelkader Al-Mourtada, représentant des Houthis. Hadi Haig, responsable de ce dossier côté gouvernemental, avait toutefois précisé sur Twitter que l’accord était «encore à l’étude».

Le dernier échange de prisonniers avait permis la libération d’un millier de personnes en octobre 2020. Le Comité international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (CICR) au Yémen, qui supervise les échanges de prisonniers, s’est félicité des progrès dans les discussions. «Mais nous sommes également conscients que les négociations de ce genre pendant un conflit actif sont complexes et prennent du temps », a ajouté auprès de l’AFP Basheer Omar, porte-parole du CICR.

De son côté, l’Iran avait estimé le 29 mars que le cessez-le-feu proposé par les Houthis avant celui de la coalition était un « message fort». «En cas d’approche positive et sérieuse [de la coalition dirigée par l’Arabie Saoudite], le projet de cessez-le feu peut constituer une bonne base pour mettre fin à la guerre actuelle», a précisé dans un communiqué Saïd Khatibzadeh, porte-parole du ministère iranien des Affaires Étrangères.

La coalition dirigée par l’Arabie saoudite intervient au Yémen depuis 2015 pour y soutenir le gouvernement, après que les Houthis se sont emparés de la capitale, Sanaa, l’année précédente. Les rebelles ont pris le contrôle de la majeure partie du nord du pays, le plus pauvre de la péninsule arabique et voisin de la riche monarchie saoudienne.

Avec près de 380 000 morts estimés, des millions de déplacés et une grande partie de la population au bord de la famine, la guerre au Yémen a provoqué l’un des pires drames humanitaires au monde selon l’ONU.

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