La carapace du Premier ministre israélien commence à se fissurer. Ainsi, Benjamin Netanyahu a reconnu mardi soir, pour la première fois, que Abbas Kamel, chef des services de renseignement égyptiens, avait atterri en Israël environ une semaine et demie avant l’attaque du 7 octobre 2023. Dans une interview accordée à la chaîne israélienne Channel 14, B. Netanyahu qui s’était emmuré dans le déni a déclaré que A. Kamel « ne m’a pas rencontré parce que j’étais à une cérémonie commémorative pour les soldats de l’armée israélienne ». Il a ajouté que « depuis quand un chef du renseignement parle-t-il à un chef d’État ? Cela ne m’est jamais arrivé. » Il a souligné que A. Kamel avait passé 59 minutes en Israël, s’adressant aux autorités sécuritaires et judiciaires en ces termes : « Je veux savoir qui il a rencontré. Quelqu’un l’a rencontré et essaye de me faire porter le chapeau. Voulez-vous voir l’État profond ? »
Contradiction
Les déclarations de B. Netanyahu, selon lesquelles il n’est pas habitué à communiquer avec les chefs des services de renseignement étrangers, contredisent une vidéo publiée par son bureau il y a deux ans, dans laquelle il apparaissait en train de serrer la main de A. Kamel et de lui parler dans le bureau du Premier ministre à Jérusalem, alors que A. Kamel dirigeait une délégation de hauts responsables égyptiens.
Le magazine américain The Atlantic avait révélé, suite à une enquête menée auprès de sources israéliennes, égyptiennes, arabes, américaines et européennes, que A. Kamel s’était rendu en Israël le 26 septembre 2023 pour une visite éclair. Il y avait averti que le Hamas préparait une attaque majeure et a appelé à des concessions économiques pour éviter une escalade. Le magazine rapporte les propos de A. Kamel selon lequel « Gaza explosera sous vos yeux » si Israël ne modifie pas sa politique.
Selon l’enquête, un Cessna affrété par les services de renseignement égyptiens a atterri à l’aéroport Ben Gourion et y est resté 67 minutes avant de repartir pour le Caire. On ignore avec qui A. Kamel s’est entretenu, et il n’a fourni aux autorités israéliennes ni date ni informations précises concernant l’attaque, selon l’enquête. Environ deux heures après l’arrivée de l’avion, B. Netanyahu a participé à la commémoration du 50e anniversaire de la guerre d’octobre 1973 à Jérusalem et a déclaré que la principale leçon à en tirer était de « ne sous-estimer aucune menace ».
Avertissements précédents
Deux jours après l’attaque, le journaliste Smadar Perry rapportait dans Yediot Ahronoth que A. Kamel avait transmis un message au bureau de Netanyahu, avertissant d’« une opération terrible et inhabituelle » en provenance de Gaza. Selon une source des services de renseignement égyptiens, A. Kamel aurait été « étonné par l’indifférence israélienne », lorsque la partie israélienne avait répondu que les services de sécurité étaient préoccupés par la Cisjordanie et que « la situation était sous contrôle » à Gaza. Mais le cabinet du Premier ministre a par la suite démenti ces informations, les qualifiant de « fausses nouvelles ».
Le Wall Street Journal, citant des sources officielles égyptiennes, a lui aussi révélé que A. Kamel avait contacté B. Netanyahu début octobre 2023 pour le prévenir d’une attaque imminente, après que deux avertissements égyptiens précédents furent ignorés. Ces avertissements, formulés de manière vague dès juin 2023, consistaient en un appel à Israël à reprendre les négociations avec le Hamas.
Démenti officiel
Le bureau de B. Netanyahu a nié avoir reçu un quelconque avertissement, affirmant que l’Égypte avait « officiellement démenti » le 11 octobre 2023 avoir averti Israël, que B. Netanyahu n’avait rencontré ni parlé à A. Kamel dans les mois précédant l’attaque, et qu’aucun responsable du renseignement israélien ne lui avait transmis un tel avertissement. B. Netanyahu a réitéré ce démenti dans une déclaration en réponse à l’article du Wall Street Journal, deux jours après que son bureau a démenti l’article du magazine The Atlantic.
Selon Haaretz, l’armée israélienne avait remis quatre documents d’avertissement publics à B. Netanyahu entre mars et juillet 2023. Le Yediot Ahronoth a rapporté que Ronen Bar, chef du Shin Bet, lui avait adressé un avertissement public le 23 juillet. Le journal israélien a rapporté que le président des Émirats arabes unis l’avait personnellement mis en garde fin septembre au sujet des intentions de Yahya Sinwar. Cependant, le ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis a refusé de commenter ces fuites, déclarant à l’époque qu’il ne commentait pas les articles de presse ni les spéculations concernant les discussions entre dirigeants gouvernementaux.
Péril en Cisjordanie
Le Premier ministre israélien a rejeté le retour des Palestiniens déplacés des camps de réfugiés du nord de la Cisjordanie occupée, jurant que les forces militaires israéliennes maintiendraient une occupation permanente de la région. Ses propos ont été tenus lors d’une visite près du camp de réfugiés de Tulkarem, en compagnie de Israël Katz, ministre de la Défense, et de hauts commandants, selon une vidéo diffusée par son bureau.
Répondant directement à une récente décision de la Cour suprême israélienne concernant les personnes déplacées, B. Netanyahu a déclaré : « Ce ne sont pas des résidents, ce sont des terroristes. » Il a exclu tout déploiement militaire arabe à l’ouest du Jourdain, réaffirmant que l’armée israélienne garderait le contrôle de la situation.
Dimanche, la Cour suprême israélienne a ordonné au gouvernement de soumettre un calendrier officiel des mesures permettant aux Palestiniens déplacés de retourner dans les camps de réfugiés de Jénine, Tulkarem et Nour Shams, tout en examinant des mécanismes pour accélérer le processus.
Depuis début 2025, les forces israéliennes empêchent des milliers de personnes déplacées de rentrer chez elles. D’après les données de l’UNRWA citées dans un rapport sur la destruction des camps de réfugiés palestiniens dans le nord de la Cisjordanie, 33 362 Palestiniens demeurent déplacés de force. En octobre 2025, 52 % des bâtiments du camp de Jénine, 48 % de celui de Nour Shams et 36 % de celui de Tulkarm avaient été détruits ou endommagés, indique le rapport. Ce dernier précise également que les forces israéliennes ont tué 102 Palestiniens, dont 21 enfants, durant la période considérée.
Par ailleurs, l’armée israélienne s’apprête à rouvrir aux colons la route 463, un axe de dix kilomètres traversant le nord de Ramallah et d’el-Bireh. Cette mesure, selon plusieurs sources, menacerait d’isoler huit villages palestiniens et deux grands quartiers résidentiels, tout en séparant le nord et le sud du gouvernorat.
Construite au milieu des années 1990 pour relier les colonies de Beit El et de Dolev, la route 463 avait été fermée après le déclenchement de la seconde Intifada. Sa réouverture s’inscrit dans un budget d’infrastructures de 1,075 milliard de shekels (environ 355 millions de dollars) destiné aux colonies, illégales au regard du droit international. Le gouvernement israélien souhaite accélérer le processus avant les élections du 27 octobre.
La Commission de résistance à la colonisation et au mur, affiliée à l’OLP, dénonce une « politique systématique visant à démanteler la contiguïté géographique et démographique palestinienne ». Des dizaines de milliers d’habitants seraient contraints d’emprunter une route alternative déjà saturée près du camp de Jalazone. Les villages de Surda, at-Tira, Ein Qiniya, Ras Karkar, Deir Ibzi ou Ein Arik seraient particulièrement touchés. Jamal Juma, coordinateur de la Campagne populaire de résistance au mur et aux colonies, estime que la réouverture « encerclerait complètement la partie ouest de Ramallah ». Sur X, l’Association France Palestine Solidarité avait déjà alerté le 1er octobre en soulignant que « l’armée et les colons israéliens collaborent pour rouvrir la route 463 réservée aux colons et rompre la continuité territoriale ».
Munif Treish, maire d’El-Bireh, rappelle que 95 % du tracé se situe en zone B, placée sous administration civile palestinienne selon les accords d’Oslo II. Il y voit une « violation flagrante » des engagements pris avec l’OLP et une « menace existentielle » pour 250 000 Palestiniens. La municipalité promet de mobiliser tous les moyens légaux pour s’y opposer tandis que la mobilisation internationale, notamment au sein de l’UE, ne semble pour l’heure pas produire d’effets.

