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La guerre entre Riyad et Sanaa se corse : Téhéran propose ses bons offices aux Saoudiens

by Perspectives Med
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La guerre entre Riyad et Sanaa se corse : Téhéran propose ses bons offices aux Saoudiens

Sur le terrain, la tension ne faiblit pas. Ainsi, conformément à l’avertissement publié au préalable, une frappe aérienne de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a ciblé la compagnie pétrolière d’Al-Sabaha, à l’ouest de Sanaa, a assuré le général de brigade Yahya Saree, porte-parole des forces yéménites de Sanaa. Il a ajouté qu’une source au sein de la compagnie pétrolière a confirmé que la station-service d’Al-Sabaha était vide et qu’il n’y avait aucun intérêt militaire à la cibler. Selon lui, les réserves de la compagnie pétrolière sont situées dans divers endroits sécurisés et l’approvisionnement est parfaitement stable.

Plus tôt mardi, la coalition menée par Riyad a lancé un avertissement a la compagnie pétrolière yéménite près de Sanaa, émettant pour la première fois un appel à évacuer aux habitants. La coalition « demande aux civils d’évacuer le site de la Compagnie pétrolière yéménite – la station centrale d’al-Sabaha à Sanaa », a écrit son porte-parole Turki Al-Maliki dans un post sur X, accompagné d’une carte indiquant un site en périphérie ouest de la capitale.

Sans tarder, les forces de Sanaa ont lancé à leur tour un avertissement d’évacuation à l’attention des citoyens se trouvant dans trois sites en Arabie saoudite menaçant de riposter si Riyad met en exécution son avertissement dans la capitale Sanaa. Les forces armées de Sanaa ont identifié les cibles suivantes : le siège d’Aramco à Dhahran, l’aéroport roi Khaled à Riyad et la raffinerie d’Aramco à Riyad. « Toute attaque contre la capitale Sanaa entraînera une riposte sévère et douloureuse sur la capitale de l’ennemi saoudien », ont-ils menacé, avant d’appeler les civils en Arabie saoudite à s’éloigner, eux aussi, des sites pétroliers.

Selon Y. Saree, les défenses aériennes des forces armées yéménites font face mardi à des formations de combat saoudiennes qui ciblent la capitale, Sanaa.

Concernant les combats terrestres, malgré les frappes de l’aviation saoudienne, les combattants des forces de Sanaa ont resserré leur étau sur Taëz, troisième ville du pays, a rapporté l’AFP, selon laquelle les combats ont fait plus de 60 morts entre dimanche et lundi, selon des sources militaires des deux camps. La chaine de télévision al-Masirah a diffusé les images de la prise du district Jabal Habchi et du triangle al-Bayrayn et du carrefour Yafres situés à l’ouest de Taëz après en avoir expulsé les factions pro saoudiennes.

Les médias Yéménites proches de Sanaa ont rapporté mardi que les forces de Sanaa ont pris le contrôle de plusieurs régions du district al-Misrakh, situé à l’ouest du gouvernorat de Taëz, après un accord avec les chefs des tribus. Cette région était contrôlée depuis 11 ans par les forces d’al-Islah des Frères musulmans. Des tractations se déroulent aussi avec les tribus de Mareb en vue d’une réconciliation.

Après une interruption depuis 4 ans, les hostilités ont repris en juillet entre les forces yéménites de Sanaa et les factions soutenues par l’Arabie saoudite après une attaque contre l’aéroport de Sanaa. Selon Y. Saree, plus de 2.177 raids aériens et tirs de missiles depuis l’Arabie saoudite ont été perpétrés depuis sur le Yémen. Selon le ministère de la Santé de Sanaa, l’agression saoudienne a fait 107 martyrs et 278 blessés, distribués dans 13 gouvernorats. 60% des victimes sont des enfants, a-t-il précisé.

Sanaa riposte en frappant aux missiles et drones les raffineries de pétrole ainsi que les aéroports de la capitale Riyad. Depuis que ses forces ont pris les régions occidentales qui surplombent Bab al-Mandeb, un blocus maritime est imposé à l’Arabie saoudite et sa levée exige la fin du blocus auquel le Yémen est soumis depuis 2015. Sanaa affirme que l’escalade sera contrée par l’escalade. Les forces de Sanaa ont imposé une autre équation: « aéroport contre aéroport », mettant en garde que l’espace aérien saoudien n’était pas sûr, conseillant aux compagnies aériennes d’éviter de desservir dans les aéroports saoudiens à l’exception de ceux des deux villes saintes de La Mecque et La Médine.

Mardi, plusieurs drones ont été interceptés au nord de Riyad selon les autorités, et la veille en soirée de fortes explosions y avaient encore retenti. Elles étaient cette fois précédées – pour la première fois depuis des semaines – d’un message des autorités appelant les habitants à se réfugier « dans un endroit sûr, à l’écart des fenêtres et portes », selon l’AFP.

Recours à l’IA

Le site israélien i24NEWS a pointé du doigt le fait que les forces yéménites (Ansarullah) ont eu recours à l’intelligence artificielle pour « fabriquer des têtes militaires » et ont développé le programme « d’entraînement, de navigation et de contrôle qui guide et stabilise les missiles et les drones ». Il a indiqué qu’ils ont utilisé Claude Code au lieu d’ingénieurs logiciels humains pour développer des programmes, Claude Code ayant fourni un logiciel pour « l’estimation de position et le réglage des paramètres de contrôle, et lorsque les têtes militaires ont manqué leurs cibles, il s’est adapté pour améliorer le niveau de précision ». Le site a exprimé sa « crainte » qu’ils n’aient utilisé cela pour cibler des centres en Arabie saoudite.

Cela intervient après que la société Anthropic a reconnu, dans un communiqué, lundi, que les Ansarullah ont récemment utilisé l’outil de l’entreprise, Claude Code, précisant qu’ils ont lancé 3 « programmes d’armement » utilisant le calcul en nuage (cloud computing). Il se rapportent aux roquettes guidées ayant utilisé un ordinateur de vol avec un téléphone ordinaire et un guidage thermique dans la phase finale, aux missiles balistiques multi-étages avec une portée annoncée dépassant 1 500 milles et aux missile multivariants nommé R2000, incluant une version hypersonique pour un véhicule planeur.

Le communiqué a souligné que « le programme est capable de traiter un large éventail de programmes interactifs et textuels dans presque tous les domaines de l’activité humaine ». Il est précisé dans le communiqué que « dans ce cas, le moteur d’intelligence artificielle a rassemblé les connaissances des meilleurs ingénieurs de missiles au monde, auxquelles les combattants ont pu accéder par la suite. »

À titre d’information, lorsque la société Anthropic s’est rendue compte que leur logiciel était utilisé à cette fin, ils ont pu — à savoir les Forces armées yéménites — exploiter ce qu’ils avaient appris de Claude et procéder à des ajustements, selon le site. « Nos mesures de protection ont empêché plusieurs de leurs requêtes, mais pas toutes ; ils ont utilisé une variété de tactiques pour contourner nos mesures de protection et ont réparti leur travail », a fait savoir Anthropic.

Ce développement s’inscrit dans le cadre de la poursuite de l’escalade saoudienne contre le Yémen par des bombardements aériens et de missiles directs visant des biens civils et des habitations, où le total des raids et des bombardements a atteint 2 177 cas, selon Y. Saree.

Défense saturée

L’Arabie saoudite dispose de l’un des dispositifs de défense aérienne les plus coûteux du Moyen-Orient, avec des batteries Patriot, des systèmes THAAD (Terminal High Altitude Area Defense), des radars à longue portée et l’appui américain et israélien. Mais les dernières attaques contre Riyad ont montré qu’aucun bouclier n’est étanche. Le problème tient d’abord à la saturation. Les Houthis combinent désormais drones, missiles de croisière et missiles balistiques dans une même salve, afin de forcer les radars et intercepteurs saoudiens à traiter simultanément plusieurs menaces.

Une enquête a été ouverte après les frappes meurtrières contre l’aéroport King Khalid.

Deuxième difficulté : les trajectoires. Les missiles balistiques sont relativement faciles à repérer lorsqu’ils montent haut dans l’atmosphère. Les drones et missiles de croisière, eux, peuvent voler très bas, suivre le relief et apparaître plus tardivement sur les écrans radar. Cette complémentarité sert à ouvrir des brèches dans la défense saoudienne. Troisième faiblesse : l’immensité du territoire. L’Arabie saoudite couvre plus de deux millions de kilomètres carrés et doit protéger en même temps sa capitale, ses aéroports, ses raffineries, ses ports, les installations d’Aramco et ses bases militaires. Il est impossible de concentrer partout le même niveau de protection. Les Houthis exploitent cette dispersion et changent régulièrement de cibles.

Enfin, le royaume fait face à une contrainte de munitions. Les stocks d’intercepteurs Patriot et THAAD ont été fortement sollicités depuis le début de la guerre contre l’Iran et restent coûteux à reconstituer. Tirer des intercepteurs à plusieurs millions de dollars pièce pour détruire un drone beaucoup moins cher pose aussi un problème économique et logistique. Cela ne signifie pas que la défense saoudienne soit inefficace : une large majorité des projectiles sont interceptés. Mais il suffit qu’un seul missile passe pour provoquer des dizaines de victimes et une onde de choc politique majeure. C’est précisément sur cette asymétrie que misent les Houthis.

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