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Guerre génocidaire à Gaza : L’ONU met au piloris les médias mainstream

by Perspectives Med
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Guerre génocidaire à Gaza : L’ONU met au piloris les médias mainstream

Selon un compte rendu réalisé par le site web de la chaine qatarie Al Jazeera, ce rapport de 37 pages intitulé « La vérité sous les décombres : les médias en temps de génocide », a été préparé par Francesca Albanese, Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés. Le rapport est adressé à l’Assemblée générale au titre du point relatif à la promotion et à la protection des droits de l’homme, et comprend des recommandations appelant à des enquêtes indépendantes et à la mise en cause des institutions impliquées dans l’incitation ou la dissimulation de crimes.

Parti pris

Il a consacré une place considérable à ce qu’il considérait comme un parti pris dans la couverture médiatique occidentale, citant la British Broadcasting Corporation (BBC), le New York Times, la CNN et la chaîne allemande ZDF. Le rapport critique les directives éditoriales de la BBC, qui reprenaient la position israélienne selon laquelle l’occupation de la bande de Gaza avait pris fin avec le retrait des forces et des colons israéliens en 2005, alors même que Gaza demeurait un territoire occupé au regard du droit international. Le rapport soutenait qu’une telle formulation risquait d’occulter la responsabilité juridique d’Israël concernant la bande de Gaza.

Il a également critiqué la façon dont le gouvernement israélien qualifie les colonies non autorisées d’« avant-postes illégaux », ce qui pourrait laisser entendre que les colonies autorisées par Israël sont légales, même si le droit international ne reconnaît pas la légitimité de l’activité de colonisation dans les territoires occupés.

Concernant le New York Times, le rapport mentionnait des instructions éditoriales internes demandant d’éviter l’utilisation de termes comme « génocide », « nettoyage ethnique » et « territoires occupés », et de faire preuve d’une extrême prudence lors de l’utilisation du mot « Palestine ». S’agissant de la CNN, le rapport a évoqué les critiques de journalistes au sein du réseau concernant sa ligne éditoriale, notamment en ce qui concerne la présentation des attentats du 7 octobre 2023 comme point de départ du conflit, et le fait de donner la priorité au récit israélien au détriment du contexte historique et juridique. Le rapport indique que la chaîne a rediffusé des allégations israéliennes non fondées concernant des atrocités commises lors de ces attaques, et que des journalistes sur place se sont plaints que les mêmes critères de vérification n’étaient pas appliqués aux déclarations israéliennes et palestiniennes.

Biais mortels

Le rapport ne se limite pas à des critiques générales, mais s’appuyait également sur des études qui ont mis en évidence des incohérences dans la terminologie utilisée pour couvrir la guerre. Entre octobre 2023 et août 2025, le terme « boucliers humains » associé au Hamas a été utilisé 176 fois par le New York Times et 81 fois dans la couverture de la BBC.

Une étude du rapport a également conclu que la BBC utilisait un langage qui masquait la responsabilité du meurtre de Palestiniens dans 83 % des titres analysés, contre 65 % pour le New York Times. Il a également cité une étude sur la chaîne allemande ZDF, constatant que 90,7 % de ses utilisations du terme « brutalité » étaient liées à des victimes israéliennes, sans que le même terme soit utilisé dans le contexte d’attaques contre des Palestiniens.

F. Albanese a fait valoir que ces schémas linguistiques n’affectent pas seulement la manière dont les événements sont présentés, mais aussi la détermination des responsabilités et la légitimation du recours à la force.

Meta, X, TikTok aliénés

Le rapport s’est ensuite penché sur les plateformes numériques, citant Meta, Alphabet (la société mère de Google), X et TikTok , et les accusant de mener des politiques inégales à l’égard des contenus palestiniens et israéliens. Il a affirmé que les plateformes de médias sociaux ont eu recours à la suppression de publications, à la suspension de comptes, à la réduction de la portée du contenu et au « blocage caché » pour restreindre la parole des Palestiniens.

Il a cité des données indiquant que Meta s’est conformé aux demandes de suppression ou de restriction de contenu lié à Israël ou à la Palestine à un taux d’environ 94 %, tandis que les données de TikTok ont montré un taux de conformité de 99,2 % pour les demandes israéliennes, selon les sources utilisées dans le rapport. Il a également noté la suppression ou la restriction de quelque 38,8 millions de publications sur Facebook et Instagram depuis fin 2023, contre une baisse de 77 % de l’engagement envers les organisations de presse palestiniennes.

À l’inverse, le rapport a critiqué la diffusion continue de contenus israéliens incitant à la haine ou déshumanisant les Palestiniens, citant notamment des publications de la chaîne israélienne Channel 14 et des vidéos publiées par des soldats israéliens montrant des violations des droits humains, commises contre des Palestiniens.

L’un des points les plus notables du rapport est sans doute son accusation à des plateformes numériques d’avoir bénéficié de campagnes publicitaires officielles israéliennes d’une valeur d’environ 50 millions de dollars, pour promouvoir des récits niant la famine à Gaza. Il a notamment pointé du doigt Google, affirmant que l’entreprise continuait de diffuser des publicités remettant en question la famine malgré les objections des utilisateurs qui estimaient qu’elles violaient les règles de la plateforme. Il a ajouté que la société avait publié des publicités payantes qualifiant de « fabrication » l’affaire de génocide portée devant la Cour internationale de Justice et promouvant des allégations concernant des dons destinés à l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA).

Il a également évoqué la diffusion de contenus de propagande israélienne via les services Google en réponse à un précédent rapport de l’ONU qui traitait du rôle de l’économie et des entreprises dans la perpétuation de l’occupation.

« Génocide médiatique »

Le rapport de l’ONU conclut que le « génocide médiatique » repose sur trois mécanismes interdépendants : l’assassinat de journalistes palestiniens et la destruction de leurs moyens de documentation, la diffusion d’incitations à la haine et la négation du génocide par les autorités israéliennes et certains médias israéliens, puis la reproduction de récits qui dissimulent ou justifient ces crimes par les médias occidentaux et les plateformes numériques.

F. Albanese a averti que le fait de faire taire les journalistes, de jeter le doute sur les preuves et de répéter des récits non vérifiés non seulement obscurcit la vérité sur les crimes, mais compromet également la possibilité de demander des comptes aux auteurs de ces actes à l’avenir.

L’Assemblée générale a demandé la mise en place d’un mécanisme indépendant de collecte et de conservation des preuves, garantissant l’accès des journalistes internationaux à Gaza et enquêtant sur les attaques visant les journalistes palestiniens. Les pays ont également demandé un examen du financement public et des partenariats avec les organisations et plateformes médiatiques qui propagent la haine ou l’incitation à la violence, et ont exhorté le procureur de la Cour pénale internationale à enquêter sur l’incitation directe et publique au génocide par des responsables et des personnalités médiatiques.

L’AG a insisté sur la nécessité de vérifier les affirmations des parties au conflit avant de les publier, d’accorder aux corrections la même importance qu’aux informations originales et de conserver les documents journalistiques comme preuves potentielles dans le cadre de procédures judiciaires.

Colère du CPJ

A signaler aussi que le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a exhorté mardi la communauté internationale à faire pression sur Israël pour identifier et punir les militaires responsables d’une attaque meurtrière contre des journalistes il y a trois ans au Liban. Le 13 octobre 2023, une double frappe contre un groupe de journalistes se trouvant dans le sud du Liban a tué un vidéaste de l’agence Reuters, Issam Abdallah, et blessé six reporters, dont deux de l’Agence France-Presse (AFP), Dylan Collins et Christina Assi.

Une enquête indépendante menée par l’AFP a conclu qu’il s’agissait de deux tirs d’obus de char israéliens de 120 mm provenant de la zone de Jordeikh dans le nord d’Israël, frontalière du sud du Liban. Ces conclusions ont été corroborées par d’autres investigations internationales, notamment de Reuters, du CPJ, de Human Rights Watch, d’Amnesty International et de Reporters sans frontières.

« Face à l’échec patent d’Israël à rendre des comptes, nous appelons la communauté internationale à faire pression sur les responsables israéliens afin qu’ils mènent une enquête identifiant les unités et les individus responsables de ces attaques délibérées contre des journalistes », a déclaré Sara Qudah, directrice régionale du CPJ pour le Moyen-Orient, selon l’AFP. Ne pas punir les responsables contribuerait à maintenir une forme d’ »impunité », ce qui « met en danger d’autres journalistes », a-t-elle poursuivi dans un communiqué, appelant l’Union européenne (UE) à envisager des sanctions. La suspension de l’accord d’association UE-Israël, qui encadre les relations économiques et politiques, « est l’une des rares options restantes qui pourraient exercer une pression significative pour briser ce cercle d’impunité », a déclaré Sara Qudah.

Interrogée par l’AFP, l’armée israélienne a affirmé que l’attaque contre les journalistes faisait l’objet d’un « examen approfondi », sans toutefois donner de précisions sur la durée de cette procédure, trois ans après les faits. L’assassinat d’Abdullah a été suivi par d’autres assassinats de journalistes, notamment Farah Omar, Rabih Maamari et Hussein Aqil, tombés en martyrs le 21 novembre 2023, puis Ghassan Najjar, Mohammad Reda et Wissam Qassem après que la résidence des journalistes à Hasbaya ait été prise pour cible. L’armée d’occupation a poursuivi ses attaques contre les journalistes jusqu’au martyre de la correspondante de terrain de la chaine al-Mayadeen Fatima Fatouni, du correspondant de la chaîne Al-Manar TV Ali Chouaib et du photographe Mohammad Fatouni, tués lors d’une attaque perfide qui les a ciblés dans la région de Jezzine, au sud du pays. De même, Amal Khalil, journaliste au quotidien Al-Akhbar, a été tuée lors d’une attaque israélienne qui l’a visée dans la localité d’Al-Tiri, dans le sud du pays, en avril dernier.

LFI en pointe

En France, Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise (LFI) à l’Assemblée nationale, a dénoncé mardi, la poursuite des violences à Gaza malgré le cessez-le-feu annoncé un an auparavant. « Un cessez-le-feu qui tue un enfant par jour n’est évidemment pas un cessez-le-feu », a-t-elle déclaré, lors du point de presse hebdomadaire de son groupe parlementaire, citant un bilan de l’UNICEF selon lequel un enfant aurait été tué chaque jour à Gaza depuis un an.

L’élue a exprimé son inquiétude à l’approche de l’hiver, affirmant que le Premier ministre israélien avait bloqué 8 600 kits d’abris destinés aux Palestiniens de Gaza et rappelé qu’au moins sept enfants étaient morts de froid l’hiver précédent, selon des informations qu’elle attribue également à l’UNICEF.

  1. Panot a salué une mobilisation des syndicats CGT et SUD-Solidaires, à la suite d’une alerte d’Urgence Palestine, qui aurait permis d’empêcher le transport de composants militaires. Elle a également évoqué les conclusions d’organisations palestiniennes faisant état, selon elle, de 560 cargaisons de matériel militaire acheminées de France vers Israël en trois ans.

La députée a par ailleurs cité des révélations de Mediapart selon lesquelles Air France aurait sélectionné des salariés en fonction de leur nationalité pour répondre à des consignes israéliennes, une pratique qu’elle a qualifiée d’« inadmissible ».

La présidente du groupe LFI a salué la juriste sud-africaine Navi Pillay, présentée dans son intervention comme la nouvelle lauréate du prix Nobel de la paix, et rappelé ses conclusions qualifiant de génocide les faits commis à Gaza. « Nous demandons évidemment toujours un embargo sur les armes, des sanctions et la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël », a-t-elle conclu.

Pour rappel, depuis octobre 2023, plus de 74 000 Palestiniens ont été tués et plus de 175 000 blessés à Gaza dans les opérations israéliennes, qualifiées de « génocide » par le ministère palestinien, soutenu par plusieurs organisations internationales indépendantes. Environ 90 % des infrastructures de l’enclave ont été endommagées ou détruites. Sur la même période, les forces israéliennes et les colons ont intensifié leurs attaques en Cisjordanie occupée, où 1 210 Palestiniens ont été tués, environ 13 350 blessés et plus de 24 600 arrêtés.

Comble de l’ironie, Benjamin Netanyahou a demandé l’ouverture d’une enquête visant les sources anonymes du documentaire NAZA, récompensé par le prix spécial du jury à la Mostra de Venise. Le film repose sur les témoignages de 24 militaires et agents du renseignement israéliens, qui accusent l’armée d’avoir utilisé des systèmes d’IA pour sélectionner des cibles à Gaza.

 

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