Plus de 300 migrants ont choisi un retour volontaire au Maroc après l’évacuation par la police espagnole d’un campement informel près de l’ancienne usine Guano à Sebta. Selon des médias espagnols citant des sources sécuritaires, ils ont été, dans un premier temps, transférés au Centre de séjour temporaire pour étrangers pour vérifier leur identité.
Sur les quelque 500 personnes concernées par l’opération, celles qui ont souhaité revenir au Maroc ont fait ce choix après l’enregistrement de leurs données et l’explication des démarches prévues pour chaque cas.
Par ailleurs, près de 70 personnes évacuées ont sollicité une protection internationale, tandis qu’une trentaine ont été reconnues comme mineures, selon les mêmes informations.
L’opération, menée par la Police nationale, s’est déroulée tôt dimanche matin afin de démanteler le dernier grand campement informel encore en place dans la ville depuis les flux massifs de migrants les 30 et 31 juillet. Ceci fait suite à l’évacuation d’autres camps similaires ces dernières semaines.
Incident maritime
Le journal El Pais a indiqué que la situation a failli dégénérer en confrontation militaire entre la marine marocaine et son homologue espagnole à la fin du mois de juillet, alors qu’une vague migratoire se dirigeait vers la ville de Sebta, dans les eaux au large de l’enclave. Selon le journal qui cite des sources bien informées, au moins une frégate et plusieurs patrouilleurs relevant de la Marine royale marocaine ont pénétré dans les eaux de Sebta sans demander d’autorisation. Il ne s’agissait pas, ajoute-t-il, d’un simple passage de routine, mais d’une « entrée délibérée et répétée dans les eaux territoriales », dans un incident qu’il estime presque sans précédent dans la zone.
D’après la même source, les mouvements de la marine marocaine se sont poursuivis durant les premiers jours d’août, dans un climat de vive tension qui a failli provoquer une collision entre des bâtiments militaires des deux pays. En réaction, la marine espagnole a déployé des navires de guerre dans la zone, tandis que le ministère espagnol de la Défense engageait des contacts de haut niveau avec les autorités marocaines afin d’éviter l’escalade.
Les manœuvres menées par les deux marines auraient presque entraîné une collision entre des patrouilleurs espagnols et marocains, rapporte le quotidien espagnol, précisant que les efforts diplomatiques ont permis de mettre fin à ces incidents.
L’espace maritime autour de Sebta est particulièrement sensible. L’Espagne considère que les eaux territoriales s’étendant jusqu’à 12 milles nautiques depuis la côte relèvent de sa souveraineté, tandis que le Maroc ne reconnaît pas la souveraineté espagnole sur les villes de Sebta et Melilla, ni sur les eaux qui les entourent. Ce différend laisse la zone dépourvue de frontière maritime reconnue internationalement, à l’instar de la situation dans les îles Canaries.
Dans ce contexte, des frictions surviennent régulièrement entre les deux pays lorsque des embarcations de la Gendarmerie royale marocaine pénètrent dans des eaux que l’Espagne considère comme siennes, notamment lors de poursuites contre des bateaux de trafiquants de drogue. Toutefois, l’entrée de navires de guerre marocains dans ces eaux, telle que rapportée par le journal, demeure inhabituelle.
Par ailleurs, Margarita Robles, ministre espagnole de la Défense, a profité de son échange en visioconférence dimanche avec les troupes déployées à l’étranger, à l’occasion de la fête nationale espagnole, pour saluer le « travail méticuleux » accompli par les forces stationnées à Sebta, malgré ce qu’elle a qualifié de « critiques injustes », qu’elle a attribuées à « une méconnaissance ». Elle a également saisi l’occasion pour réaffirmer que Sebta et Melilla, villes revendiquées par le Maroc, appartiennent à l’Espagne. « Personne ne peut douter que Ceuta et Melilla sont espagnoles de part en part, et qu’elles constituent la plus belle représentation de ce grand pays qu’est l’Espagne », a-t-elle claironné. M. Robles devrait se rendre dans les prochaines semaines dans les Présides afin de décorer plusieurs militaires déployés dans les deux villes et d’assister à la cérémonie de passation de fonctions au nouveau commandant militaire de Melilla.

