La fiscalité des entreprises demeure particulièrement contributive au Maroc. Dans son rapport « Corporate Tax Statistics 2026″, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) place le Royaume parmi les juridictions affichant à la fois un taux nominal élevé et un rendement important de l’impôt sur les sociétés.
Sur les 146 juridictions étudiées, le Maroc applique en 2026 un taux statutaire de 35%, contre une moyenne mondiale de 21,2%. Il partage ce niveau avec la Colombie et l’Argentine, tandis que seuls Malte et la France affichent des taux légèrement supérieurs dans le classement établi par l’organisation. Le Royaume se situe ainsi très au-dessus de la moyenne africaine, établie à 26,6%, mais aussi de celles de l’OCDE, de l’Amérique latine et de la région Asie-Pacifique.
Cette position s’est encore renforcée par rapport à l’année précédente. Le Maroc fait partie des quatre seules juridictions, avec la Corée, la Lituanie et Saint-Marin, à avoir relevé d’un point leur taux statutaire entre 2025 et 2026. Dans le même temps, trois pays seulement ont réduit le leur, dont le Honduras de cinq points, ainsi que le Cap-Vert et le Portugal d’un point chacun. L’évolution marocaine tranche avec la tendance de fond observée depuis le début du siècle. Entre 2000 et 2026, 113 des 146 juridictions couvertes par l’étude ont abaissé leur taux d’imposition des sociétés, contre seulement 15 qui l’ont augmenté. Après deux décennies de recul, la moyenne mondiale s’est toutefois stabilisée autour de 21,2% depuis 2020.
Le poids de l’IS au Maroc ne se limite pas à son taux affiché. Les dernières données comparables disponibles, portant sur l’exercice 2023, montrent que ses recettes avoisinent 5% du produit intérieur brut. Le Royaume dépasse ainsi sensiblement la moyenne africaine, située à 3,3% du PIB, ainsi que la moyenne de l’ensemble des 135 juridictions étudiées, établie à 3,5%. Il fait également mieux que la moyenne OCDE, qui atteint 3,8% du PIB, et se place dans la tranche supérieure du classement mondial, devant plusieurs économies développées. Le graphique de l’OCDE positionne notamment le Maroc à un niveau proche de celui des Pays-Bas, du Luxembourg et du Canada.
À l’échelle mondiale, la majorité des pays étudiés tirent de l’impôt sur les sociétés des recettes comprises entre 2% et 5% du PIB. Seules 20 juridictions dépassent le seuil de 5%, tandis que 23 restent sous la barre de 2%. L’OCDE insiste néanmoins sur le fait que ces écarts ne peuvent être attribués au seul niveau des taux nominaux. Ils dépendent également de la largeur de l’assiette imposable, de la structure de l’économie, de la place des sociétés constituées, du cycle économique et des règles de report des pertes.
Rapportées à l’ensemble des recettes fiscales, les rentrées issues de l’IS représentent près de 18% au Maroc. Cette proportion demeure inférieure à la moyenne africaine de 21,4%, mais supérieure à celle des pays de l’OCDE, limitée à 11,9%. Elle se rapproche par ailleurs de la moyenne mondiale de 17,3%.
Cette double lecture permet de mieux apprécier la situation marocaine. L’IS occupe une place proche de la moyenne internationale dans la structure des recettes fiscales, mais son rendement rapporté à la taille de l’économie est nettement plus élevé. Autrement dit, la contribution des entreprises au financement public apparaît importante, même si le système fiscal marocain ne dépend pas de cet impôt autant que certains pays africains riches en ressources naturelles ou disposant d’une base fiscale moins diversifiée.
L’OCDE invite toutefois à ne pas confondre le taux statutaire et la charge effectivement supportée par toutes les entreprises. Le taux retenu dans son classement correspond au taux standard ou, dans les systèmes progressifs, au taux marginal supérieur. Il ne reflète pas nécessairement les régimes particuliers, les taux réduits, les incitations sectorielles ou les dispositions susceptibles de modifier l’imposition réelle d’un investissement.
Cette réserve revêt une importance particulière dans le cas marocain, où la réforme de l’IS engagée dans le cadre de la loi-cadre sur la fiscalité organise une convergence progressive des taux. Le niveau de 35% vise la tranche supérieure des bénéfices, tandis que d’autres catégories d’entreprises restent soumises à des taux inférieurs.
Le classement de l’OCDE n’en souligne pas moins une singularité : dans un environnement international marqué par la stabilisation de taux nettement plus bas qu’au début des années 2000, le Maroc conserve l’un des taux faciaux les plus élevés et un rendement de l’IS supérieur aux principales moyennes régionales. Une situation qui confirme le rôle central joué par les bénéfices des entreprises dans la mobilisation des ressources fiscales du Royaume.

