vendredi, juin 5, 2026
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Fiscalité en Afrique : Le symposium de Rabat appelle à changer de paradigme

by Perspectives Med
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Fiscalité en Afrique : Le symposium de Rabat appelle à changer de paradigme

Face à un parterre réunissant décideurs publics, administrations, entreprises, praticiens et universitaires, Younès Idrissi Kaitouni, DG de la DGI du Maroc, a prononcé un discours d’ouverture marquant. Il a d’emblée souligné que « c’est un grand honneur pour le Royaume du Maroc d’accueillir, pour la première fois en Afrique du Nord, la 11ᵉ édition de l’Africa Tax Symposium ». Face à la mue de l’ordre fiscal international depuis un siècle, le responsable marocain a dressé le portrait d’un continent se trouvant à une véritable croisée des chemins. L’Afrique, qui a longtemps été perçue comme un simple espace d’application des normes conçues sous d’autres latitudes, doit se positionner désormais comme une force de proposition incontournable.

« L’histoire fiscale mondiale est en train de s’écrire et l’Afrique a désormais l’opportunité non seulement d’y participer, mais d’en devenir l’un des auteurs. Saisissons ensemble cette opportunité historique », a-t-il exhorté. Cette vision ambitieuse vise à structurer une véritable pensée fiscale africaine, car, comme il l’a affirmé, « ici, se construit une vision africaine de la fiscalité internationale », capable d’adapter les standards internationaux aux réalités économiques locales, souvent marquées par l’informalité et par des besoins massifs en financement pour le développement.

Derrière la haute technicité des sujets qui seront abordés lors de ce symposium de trois jours, se jouent en réalité des choix cruciaux pour la souveraineté des États. Le Directeur Général a pris le soin de détailler les enjeux institutionnels et stratégiques sous-jacents de chaque grand chantier.  La réflexion sur la fiscalité des transactions transfrontalières interroge directement les ressources des pays, puisqu’il a rappelé que « lorsque nous parlons de fiscalité des transactions transfrontalières, nous parlons en réalité de la capacité de nos États à imposer une valeur créée sur nos territoires mais souvent captée ailleurs ». De même, la maîtrise des prix de transfert en Afrique constitue le bras armé des administrations, car « lorsque nous évoquons les prix de transfert, nous parlons de la lutte contre l’érosion des bases fiscales et contre les schémas complexes de transfert artificiel des bénéfices ».

Enfin, la pratique des conventions fiscales doit garantir un équilibre délicat entre attractivité économique et protection stricte des recettes, tandis que bâtir l’administration fiscale du futur en s’appuyant sur l’intelligence artificielle est une étape pour façonner « nos États de demain ».

Le choix du Maroc pour accueillir cette 11e édition symbolise parfaitement cette volonté de modernisation. Sous l’impulsion du souverain, le Royaume a engagé une refonte profonde de son système fiscal depuis les Assises nationales de 2019. Matérialisée par la loi-cadre n°69-19, cette réforme s’articule concrètement autour de l’équité, de la neutralité, de la simplicité et de la transparence.  Cette dynamique structurée s’accompagne d’une digitalisation accélérée des procédures et d’une volonté farouche d’améliorer le règlement des différends fiscaux, un thème central érigé en priorité nationale. Le Directeur Général a ainsi déclaré : « Je me réjouis que le « Focus sur le pays hôte » de cette édition soit consacré précisément à la prévention et à la résolution efficace des litiges fiscaux au Maroc ».

En conclusion de son intervention, Y. Idrissi Kaitouni a appelé les participants à changer de paradigme en considérant la fiscalité internationale non plus uniquement comme une contrainte ou un risque, mais comme un puissant outil d’intégration économique. À l’heure où la Zone de libre-échange continentale africaine ouvre des perspectives inédites, une coopération fiscale accrue est indispensable pour fluidifier les investissements et sécuriser les échanges. C’est en bâtissant un environnement fiscal stable, lisible et prévisible que l’Afrique pourra transformer ses immenses atouts démographiques, technologiques et stratégiques en une prospérité durable, prouvant au monde, selon les mots du DG, « que l’avenir de la gouvernance fiscale mondiale ne peut se construire sans l’Afrique ».

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