Le président libanais a déclaré jeudi que la mise en œuvre d’un accord de cessez-le-feu avec Israël « pourrait commencer dans les 24 heures » une fois l’approbation finale obtenue de toutes les parties concernées. S’exprimant devant des journalistes, Joseph Aoun a indiqué que les négociations tenues mercredi à Washington avaient été « très difficiles » et n’avaient repris qu’après l’intervention de Marco Rubio, secrétaire d’État US, à la suite d’une suspension décidée par Simon Karam, chef de la délégation libanaise. « Nous attendons les réponses de toutes les parties concernées ainsi que des garanties quant au respect de l’accord, et sa mise en œuvre pourrait commencer dans les 24 heures suivant son approbation finale », a-t-il déclaré, selon des médias locaux. « Je suis en contact avec des parties internationales et nationales depuis 2 heures du matin afin de consolider le cessez-le-feu », a-t-il ajouté.
Ces déclarations interviennent au lendemain de l’annonce d’un accord entre le Liban et Israël visant à renouveler leur fragile cessez-le-feu et à établir des « zones pilotes », plaçant l’armée libanaise sous contrôle territorial exclusif et excluant tous les acteurs non étatiques. L’accord a été annoncé dans un communiqué conjoint publié à l’issue d’un quatrième cycle de pourparlers menés sous médiation américaine au département d’État à Washington mercredi. Ces discussions parrainées par les États-Unis ont eu lieu après plusieurs semaines de frappes israéliennes quasi quotidiennes au Liban, qui ont fait plus de 3 500 morts depuis le 2 mars, malgré un cessez-le-feu entré en vigueur le 17 avril et prolongé par la suite jusqu’au début du mois de juillet.
La réaction du Hezbollah ne s’est pas faite attendre. Son secrétaire général a qualifié la Déclaration de Washington de « feuille de route pour l’extermination d’une partie du peuple libanais et l’asservissement du reste » assurant que la résistance poursuivra ses opérations tant que l’agression israélienne contre le Liban se poursuivra. Dans une déclaration publiée jeudi, il a rejeté catégoriquement la Déclaration de Washington et qualifié le résultat des négociations directes entre le Liban et l’entité sioniste sous la médiation américaine de « mascarades, humiliantes et honteuses pour le Liban » assurant qu’ils sont rejetés en bloc par une large partie du peuple libanais. Selon lui « la Déclaration de Washington énonce les principes fondamentaux que l’Amérique et Israël envisagent pour la soumission du Liban au projet du Grand Israël. »
« Nous n’avons pris aucun engagement de ne pas résister à l’agression et de ne pas y répondre. Tant que l’agression se poursuivra, nous la combattrons de toutes nos forces et nous frapperons où bon nous semble et où nous le pourrons. Tant que nos villages ne seront pas en sécurité, tant qu’ils sont bombardés et détruits et que nos populations seront tuées, les colonies ne seront pas en sécurité », a-t-il assuré. Et d’insister que « le cessez-le-feu doit être global, sans distinction entre le Sud et le reste du Liban, et sans aucune impunité pour l’ennemi israélien au Liban. Tant que l’occupation perdurera, la résistance continuera. »
Cheikh Naïm Qassem a souligné que le fait de faire du désarmement de la résistance l’objectif principal comme point de départ de tout accord revient à détruire la puissance du Liban et à menacer l’existence même de son peuple résistant. « Mener les opérations de sécurité sous couvert d’un cessez-le-feu illusoire, interprété comme un arrêt des tirs du Hezbollah et un retrait des résistants du front sud, alors que l’agression se poursuit sous la pression militaire, équivaut à une capitulation, une défaite et la réalisation des objectifs de l’ennemi. C’est comme le rêve de Satan d’entrer au Paradis », a-t-il ajouté avant de conclure que « notre seul objectif est de mettre fin à l’agression généralisée, d’obtenir un cessez-le-feu et le retrait d’Israël. »
Depuis Tel-Aviv, Israel Katz, ministre de la guerre de l’ennemi israélien, a affirmé que l’armée israélienne ne cessera pas ses opérations militaires dans le sud du Liban, l’entité ayant obtenu l’aval américain pour cibler Beyrouth si le Hezbollah tire des missiles vers les colonies du Nord. Il a ajouté que que « la déclaration de principes » annoncée mercredi à Washington entre les gouvernements israélien et libanais inclut « l’objectif de désarmer le Hezbollah dans tout le Liban, en plus d’éloigner les éléments du parti de la zone située au sud du fleuve Litani et de créer une zone démilitarisée ».
I. Katz a prétendu que les forces d’occupation poursuivront leurs opérations militaires à ce stade, soulignant le maintien des forces de l’ennemi dans « la zone de sécurité jusqu’à la ligne jaune, y compris la région de Chqif (Beaufort), et l’interdiction du retour des habitants », tout en continuant de cibler ce qu’il a qualifié d’« infrastructures terroristes ». Jugeant que « cela constitue une expression de la réalité que nous avons façonnée au Liban jusqu’à présent », il a renchérit en indiquant que Liban et Israël ont convenu, lors des négociations de Washington, d’« accorder à Israël la liberté d’action avec le soutien américain pour attaquer Beyrouth en réponse à tout tir vers les localités et les territoires israéliens ». Il a par ailleurs réaffirmé que les forces d’occupation « ne se retireront pas du Sud-Liban, y compris de la citadelle de Chqif (Beaufort) », ajoutant que « les Libanais ne retourneront pas dans le Sud et nous poursuivrons les opérations de destruction des infrastructures ».
De son côté, Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale, a attaqué les accords relatifs au cessez-le-feu avec le Liban, les qualifiant d’« erreur fatale » et de « simples illusions de conseillers qui poussent le Premier ministre à prendre de mauvaises décisions ». Il a déclaré avoir pris connaissance de ces orientations lors d’une réunion à huis clos dans le bureau du Premier ministre israélien, réclamant la tenue d’une réunion du cabinet et un vote sur la décision de cessez-le-feu, estimant que cette démarche représente « une grave erreur ».
I. Ben-Gvir a estimé que B. Netanyahu aurait dû rejeter les pressions américaines, affirmant qu’il aurait dû informer le président américain Donald Trump qu’« Israël est un État souverain et indépendant, qui ne peut accepter le renforcement d’une organisation terroriste et sa présence à ses frontières ». Il a ajouté qu’ « en réalité, le Hezbollah ne fera que se renforcer, et au lieu de le vaincre, Israël accepte sa présence. Le Hezbollah ne se retirera pas de la zone située au sud du Litani, et l’armée libanaise n’a aucun moyen de l’y contraindre ».
Alors que la situation sur le terrain reste sous haute tension, la Résistance islamique a mené une série d’opérations militaires d’envergure au cours des dernières 24 heures, ciblant des positions clés, des rassemblements de troupes et des équipements de l’armée israélienne tout au long de la frontière sud du Liban. Ainsi, sur l’axe Arnoune-Yohmor Chqif, les frappes des résistants se sont succédé contre les groupements israélien set ses véhicules, leur causant des pertes et des dommages. Le Correspondant d’al-Manar au Sud-Liban ajoute que la résistance a aussi pris pour cible un groupement de militaires et leurs véhicules dans la périphérie de la forteresse Chqif (Beaufort), faisant des tués ou des blessés dans leurs rangs dAuparavant, la même source a fait savoir que des drones israéliens ont mené un raid contre les localités de Jebchit et Kfar Joz. 5 martyrs et plusieurs blessés, dont des femmes, ont été signalés dans les frappes sionistes qui ont ciblé la localité de Sohmor et la zone d’Al-Tall près du barrage de l’armée libanaise.
L’un des faits marquants de cette série d’attaques a eu lieu le mercredi 3 juin 2026 à 15h30. Les unités de défense aérienne de la Résistance ont intercepté un drone de reconnaissance israélien de type Hermes 450 – Zik qui violait l’espace aérien libanais au-dessus du secteur ouest. Visé par un missile sol-air, l’appareil de l’ennemi a été contraint de rebrousser chemin et de quitter la zone.
Le front terrestre a également été le théâtre de frappes nourries à l’aide de salves de roquettes, ciblant spécifiquement les mouvements de troupes et les blindés israéliens. Mercredi à 22h30, un important rassemblement de véhicules et de soldats a été pilonné à la lisière sud du village de Yohmor al-Chqif.
Aux premières heures de jeudi, une première salve de roquettes a frappé un regroupement similaire de forces ennemies stationnées dans le village de Qantara. Et puis à 08h00, le village de Qantara a de nouveau été ciblé par un double barrage de roquettes, infligeant des dommages directs aux troupes d’occupation.
La nuit de mercredi à jeudi a également été marquée par une opération aérienne ciblée. À 00h20, la Résistance a déployé deux drones d’assaut kamikazes pour frapper un poste de commandement de l’armée israélienne installé aux abords de la citadelle historique de Beaufort (Chqif).
La chaîne israélienne Channel 14 a rapporté qu’un drone piégé a frappé le véhicule du commandant du commandement nord de l’armée israélienne dans le sud du Liban il y a environ un mois. « L’armée israélienne considère cet incident comme une tentative d’assassinat contre le commandant du Commandement Nord », estime la chaine. D’après les informations communiquées par la censure militaire israélienne, « un drone explosif FPV du Hezbollah a été lancé pendant une visite de terrain du major-général Rafi Milo, chef du commandement Nord, en compagnie d’officiers de son bureau à un poste établi au sud du Liban ».
Selon les médias israéliens, « le haut responsable est sorti de son véhicule avec une policière de son bureau peu avant que le drone ne percute directement le véhicule ».
« Cet incident soulève des questions quant à la menace que représentent les drones : est-il acceptable qu’un officier supérieur de l’armée israélienne se rende au Liban alors que l’armée israélienne n’est toujours pas parvenue à gérer correctement la menace des drones ? », s’est interrogé Channel 14 selon laquelle « l’incident n’a pas encore été divulgué pour des raisons de sécurité ».

