L’étude publiée par le Centre africain des études stratégiques et de la digitalisation propose une grille de lecture plus structurée pour le Maroc. L’enjeu central, selon ses auteurs, ne réside pas tant dans la disparition immédiate de métiers entiers que dans une reconfiguration progressive de leur contenu, des tâches qu’ils mobilisent et de la valeur qu’ils créent. Ainsi, près de 1,5 million d’emplois au Maroc se situeraient dans une zone de forte pression transformationnelle à l’horizon 2030. Environ 3,1 millions de postes connaîtraient une mutation professionnelle significative, tandis que 4,6 millions d’emplois seraient affectés à des degrés divers. En parallèle, la capacité de compensation demeure limitée, avec seulement 180.000 nouveaux emplois numériques potentiellement créés sur la période.
Le Maroc occupe ainsi une position intermédiaire dans le paysage arabe et africain étudié. Avec une exposition estimée à 14% de l’emploi total, le Royaume se situe derrière l’Arabie saoudite (23%), la Tunisie (16%) et l’Égypte (13,5%), tout en restant plus exposé que la Côte d’Ivoire (8%) par exemple. Cette position reflète la structure particulière de son économie : suffisamment digitalisée pour être exposée à cette mutation, mais encore confrontée à d’importants défis de montée en compétences et d’adaptation institutionnelle.
Les premiers secteurs sous pression sont déjà identifiés. L’offshoring et le BPO, longtemps portés par l’avantage compétitif du coût du travail, figurent parmi les activités les plus exposées à l’automatisation des tâches répétitives liées à la relation client, au traitement documentaire ou au support administratif. Les banques, les assurances, certaines fonctions administratives ainsi que plusieurs segments industriels standardisés apparaissent également parmi les secteurs les plus concernés.
L’étude attire également l’attention sur les emplois de début de carrière. Les jeunes diplômés pourraient être parmi les premiers touchés, dans un contexte où les fonctions administratives, analytiques et de support deviennent plus facilement automatisables. Les femmes apparaissent aussi plus exposées, en raison de leur concentration dans certains métiers tertiaires particulièrement vulnérables à cette mutation.
Autre donnée structurante : le poids de l’économie informelle. Avec 67,6% de l’emploi total situé hors du secteur formel, une large partie de la population active reste en marge de cette transformation. Si cette réalité limite, à court terme, l’exposition directe à l’automatisation, elle réduit également l’accès aux gains de productivité et aux mécanismes de reconversion.
À plus long terme, la pression pourrait encore s’intensifier. D’ici 2035, le nombre de postes à haut risque pourrait atteindre 2,9 millions, tandis que près de 8 millions d’emplois seraient affectés à des degrés divers. Une seconde vague, portée cette fois par la robotisation, pourrait toucher l’agriculture, l’automobile, le textile, la logistique ou encore le BTP.
