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Elections « truquées » en Moldavie : L’enjeu Russie-Transnistrie marque les épreuves

by Perspectives Med
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Elections « truquées » en Moldavie : L’enjeu Russie-Transnistrie marque les épreuves

Le principal soutien au PDS est venu de l’étranger, où le parti a obtenu plus de 85 % des voix dans certains pays occidentaux. En revanche, en Russie, où résident plusieurs centaines de milliers de Moldaves, seuls deux bureaux de vote ont été ouverts, empêchant des milliers d’électeurs d’exercer leur droit. « Leur voix a été tout simplement volée », a déclaré la députée russe Aliona Archinova.

 Le climat électoral a été marqué par de nombreuses irrégularités. Angelica Caraman, présidente de la CEC, a reconnu l’existence de 236 infractions, parmi lesquelles propagande illégale, transport d’électeurs, corruption électorale ou encore intimidation. Selon Vasilii Tarlev, ancien Premier ministre et dirigeant du parti « Avenir de la Moldavie », « le pouvoir a utilisé l’appareil d’État pour écraser l’opposition ». Des milliers de perquisitions et des dizaines de milliers de sanctions ont visé des opposants pendant la campagne. Plusieurs partis ont été interdits ou disqualifiés, parfois à la veille du scrutin, notamment le bloc « Victoire » d’Ilan Shor, qui a dénoncé « des élections manifestement falsifiées ». L’ex-dirigeante de Gagaouzie, Irina Vlah, a qualifié le scrutin de « farce » orchestrée de bout en bout par le régime. Le vice-président du parlement, Vlad Batrincea, a également affirmé que « plus de 20 % des électeurs n’ont pas voté par peur des représailles ».

Par ailleurs, les observateurs de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe ont eux-mêmes reconnu que des obstacles avaient empêché les électeurs de Transnistrie d’accéder aux bureaux de vote. Ce constat, émanant d’une institution pourtant favorable à l’intégration européenne de la Moldavie, confirme les critiques formulées par l’opposition. Cette dernière a immédiatement contesté les résultats. Igor Dodon, ancien président et figure du Bloc patriotique, a affirmé que « l’opposition a gagné dans le pays » malgré les manœuvres du pouvoir. Il a appelé à une manifestation pacifique lundi à Chisinau. Plusieurs centaines de personnes ont répondu à l’appel. Des provocateurs pro-régime ont été rapidement éloignés du rassemblement. Les leaders de l’opposition ont déclaré ne pas reconnaître les résultats et ont entamé des recours auprès de la CEC, avec l’intention d’aller jusqu’à la Cour constitutionnelle. « Jusqu’à ce que toutes les irrégularités soient traitées, nous ne reconnaîtrons aucun résultat », a affirmé I. Dodon.

Alors que l’Union européenne a salué la victoire du PDS, la Russie s’est montrée prudente. Dmitri Peskov a souligné que les autorités moldaves « refusent tout dialogue » avec Moscou, ce qui compromet toute tentative de résolution dans la région, notamment concernant la Transnistrie. Selon lui, « il est prématuré de commenter ces élections » tant que les forces politiques moldaves n’ont pas toutes exprimé leur position.

M. Sandu avait réaffirmé son rejet de toute alliance avec les partis qui ne soutiennent pas l’agenda européen. Plus, a ses yeux, la future coalition ne pourrait être formée qu’avec des forces «  sincèrement attachées aux valeurs européennes  ». Selon elle, seul un tel gouvernement peut faire avancer le pays. Derrière cette ligne politique, les faits montrent une répression systématique des formations critiques. Plusieurs partis d’opposition ont été exclus de la course électorale dans les jours précédant le scrutin. Le bloc «  Victoire  », la formation «  Cœur de la Moldavie  » dirigée par I. Vlah, et le parti «  Grande Moldavie  » ont tous été éliminés du processus, invoquant des motifs de financement illégal. Ces exclusions ont été rendues possibles par des amendements adoptés à la hâte l’été dernier par la majorité parlementaire.

La Commission de Venise a exprimé son inquiétude quant à ces pratiques contraires aux droits fondamentaux. La présidente qui accuse sans cesse ses opposants d’être manipulés par Moscou, a également évoqué la possibilité d’annuler les résultats des élections en raison de supposées interférences étrangères. L’ex-président I. Dodon a dénoncé cette stratégie comme une manœuvre de panique, visant à empêcher la victoire de l’opposition. Un vote limité pour les Moldaves de Russie et de Transnistrie De graves irrégularités ont été relevées concernant l’accès au vote pour plusieurs centaines de milliers de citoyens moldaves vivant en Russie ou en Transnistrie. Seuls deux bureaux de vote ont été ouverts sur tout le territoire russe, ce qui ne permettait pas à plus de 10 000 électeurs de voter, malgré une diaspora bien plus importante. À l’inverse, 301 bureaux ont été mis en place dans des pays de l’Union européenne, dont plus de 70 en Italie.

En Transnistrie, les autorités moldaves ont réduit le nombre de bureaux de 40 à 12, les déplaçant parfois loin des zones accessibles. Plusieurs ponts ont été « fermés pour travaux » quelques jours avant le scrutin, entravant la circulation des électeurs. Des bouchons de plusieurs heures se sont formés, notamment sur le pont entre Ribnita et Rezina. Des témoignages ont fait état de contrôles abusifs, de fouilles longues et de blocages arbitraires par les forces de sécurité moldaves.

Le ministère russe des Affaires étrangères a dénoncé ces restrictions comme une grave atteinte au droit de vote. Le diplomate Oleg Ozerov a déclaré que ces méthodes visaient à exclure une population qui n’adhère pas au projet de Maia Sandu. Accusations de fraude, pressions et interférences européennes Outre les manipulations administratives, plusieurs cas de fraude électorale ont été signalés. Le canal Telegram « Balți 24 » a publié une vidéo montrant des offres d’achat de voix en faveur du PDS (le parti de Sandu), à hauteur de 50 euros par vote. Toujours selon ce média, des bus entiers de votants ont été affrétés dans plusieurs villes dans différents pays européens pour remplir les bureaux à l’étranger, là où les scores de Sandu sont les plus élevés.

Des personnalités politiques, comme l’ancien Premier ministre moldave Vasile Tarlev, avaient alerté sur la préparation de falsifications massives et dénoncé le refus des autorités d’accréditer des observateurs indépendants. L’ambassade de Russie à Chisinau a confirmé que plus de 30 missions d’observation avaient été refusées, soit un véritable « blackout » démocratique mis en place par le pouvoir. Florian Philippot, dirigeant du parti « Les Patriotes », a dénoncé dimanche l’intervention directe de l’Union européenne. Il a rappelé que plusieurs dirigeants occidentaux, dont Emmanuel Macron, Ursula von der Leyen et Donald Tusk, ont activement participé à des événements publics en Moldavie durant la campagne. Il a parlé de « véritable tentative d’influencer l’issue du vote » et dénoncé une hypocrisie totale des institutions européennes.

Face à la pression populaire croissante, l’opposition appelle à manifester pour défendre les résultats et empêcher toute tentative d’annulation. Le pays, qui traverse une grave crise économique depuis 2022, semble plus divisé que jamais. Malgré les efforts du pouvoir pour présenter ce scrutin comme une victoire de la démocratie, nombreux sont ceux qui y voient une mascarade organisée par Bruxelles.

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