« La façade d’une mairie n’est pas un panneau d’affichage », a déclaré B. Retailleau en déplacement dans l’Eure. « Seul le drapeau tricolore a droit de cité », a-t-il insisté, menaçant de saisir les tribunaux administratifs contre les maires récalcitrants. Selon un télégramme du ministère, « un tel pavoisement constitue une prise de parti dans un conflit international » et pourrait engendrer « des troubles graves à l’ordre public ».
Bruno Piriou, maire de Corbeil-Essonnes, affirme pavoiser sa mairie aux couleurs palestiniennes depuis avril 2024, sans incident. Il a déclaré que « les maires ne sont pas neutres, nous participons au débat politique ». Il prévoit de distribuer un millier de drapeaux palestiniens à ses administrés pour marquer l’événement. Il dénonce une décision politique et accuse le gouvernement de deux poids, deux mesures : « Pourquoi nous a-t-on laissés faire depuis deux ans ? On avait hissé aussi le drapeau ukrainien. Là, personne n’avait protesté ». Une remarque reprise également par Ian Brossat, porte-parole du Parti communiste français. Interrogé par plusieurs médias, il critique vivement B. Retailleau. « Le ministre de l’Intérieur est un supporter de Benjamin Netanyahou. Il prend en otage la diplomatie française pour faire valoir ses convictions personnelles », a-t-il soutenu. Et de rappeler que l’ONU parle désormais « d’un génocide en cours » et d’une « famine organisée » à Gaza. Il estime qu’« il est honteux d’empêcher les maires de manifester leur solidarité ». Il dénonce l’hypocrisie du gouvernement : « Quand il s’agissait du drapeau ukrainien, ou de la solidarité avec les chrétiens d’Orient, personne n’a protesté. Mais dès qu’il est question de la Palestine, les règles changent ».
À Corbeil-Essonnes, la population est divisée. Certains habitants estiment que le drapeau est un geste politique fort, d’autres s’interrogent sur son efficacité. Une commerçante confie: « Ça sert à quoi ? Ce serait mieux d’aider Gaza concrètement ». D’autres y voient un symbole de résistance et de paix : « Si on est neutre, c’est qu’on n’a pas de conscience », déclare un autre.
La décision de plusieurs municipalités, notamment à Nantes, Saint-Ouen, Saint-Denis ou Tarnos, de faire flotter le drapeau palestinien est donc perçue par leurs élus comme une expression de solidarité avec le peuple palestinien, mais aussi comme un acte politique face à une situation internationale dramatique. Malgré les menaces judiciaires du ministère de l’Intérieur, ces maires affirment vouloir maintenir leur initiative. Pour Bruno Piriou, il s’agit « d’actes de résistance » et d’être « dans le bon sens de l’histoire ».
