Le sondage intitulé « L’opinion publique sur les systèmes politiques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord », note que la croissance économique récente observée au Maroc aurait contribué à renforcer le soutien à ce type de système politique, perçu comme l’un des moyens les plus efficaces pour impliquer les citoyens dans le processus de développement national. Le document souligne que, malgré l’engagement clair des Marocains envers le pluralisme et leur rejet de l’idée d’un dirigeant tout-puissant, 23 % des répondants ont exprimé leur soutien à un système politique dominé par une autorité forte, prenant des décisions sans tenir compte des résultats des élections ni de l’opposition. En parallèle, 39 % des Marocains interrogés ont approuvé l’idée qu’un gouvernement fournisse aux citoyens leurs besoins sans leur accorder de rôle dans le processus politique.
Le rapport rappelle qu’un sondage précédent, réalisé par le centre entre 2012 et 2014, indiquait que 73 % des Marocains interrogés soutenaient alors un système parlementaire où tous les partis participent aux élections. Près de dix ans plus tard, le Maroc montre une stabilité relative sur cette question, avec une baisse limitée de cinq points. La même source précise que, alors que le soutien au « système du dirigeant autoritaire fort » était faible entre 2012 et 2014 — environ 9 % des Marocains y étaient favorables —, il est passé à 14 % après une décennie.
D’autre part, le rapport signale que le soutien à un système parlementaire démocratique libéral a diminué dans la plupart des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord au cours de la dernière décennie, en particulier depuis le Printemps arabe. En revanche, de nombreux citoyens se montrent désormais plus ouverts à des alternatives non démocratiques, incluant divers types de régimes ne leur offrant pas de rôle direct dans la vie politique. Au cours des cinq dernières années, le soutien à l’idée d’un pouvoir fort, ignorant l’opposition et les résultats électoraux, a fortement augmenté, tout comme l’approbation d’un système qui répond aux besoins des citoyens sans leur donner de rôle dans la prise de décisions politiques.
Les résultats indiquent aussi que le soutien aux formes de gouvernance non démocratiques s’est accru et que l’idée de la « dictature juste » gagne en popularité. En 2016, une part significative de citoyens se disait prête à renoncer à ses droits politiques en échange d’un régime garantissant ses besoins économiques. Ainsi, au moins un tiers des citoyens de la région arabe adhéraient à cette orientation, avec une hausse au Maroc de 26 points, suivi de la Jordanie (24 points), du Liban (20 points) et de la Tunisie (10 points).
Concernant la gouvernance basée sur la charia, le taux de soutien varie selon les pays. La majorité en Mauritanie et en Jordanie soutient ce modèle, même sans élections, tandis que le soutien reste plus faible dans d’autres pays comme le Maroc et le Liban, limité à une minorité de la population. Le sondage montre également que certains citoyens favorisent des modèles hybrides combinant démocratie et charia.
La même source conclut que « ces résultats montrent que la région est encore en quête d’un système qui ne fournisse pas seulement une représentation politique, mais qui produise également des résultats tangibles. Bien que les citoyens continuent d’estimer la démocratie comme idéal, ils restent partagés sur le système politique capable, le cas échéant, de répondre à leurs exigences en matière de dignité et d’efficacité du gouvernement ».
