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Saisonnières marocaines en Espagne : Le PCNS critique la démarche de l’ANAPEC

A l’heure où les coopératives espagnoles de Huelva s’apprêtent à recevoir quelque 700 ouvrières agricoles sélectionnées par l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC), plusieurs problématiques surgissent avec le déplacement de milliers de saisonnières marocaines vers l’Espagne pour la campagne agricole. Une réalité qui a fait réagir le PCNS via une étude.
Le PCNS critique la démarche de l’ANAPEC

En 2018, soit plusieurs années après le début de ce recrutement à l’origine, la Huelva Gate avait permis de mettre le doigt sur les conditions de ces femmes, leur vulnérabilité et l’absence de toute mesure d’accompagnement les visant.

Ce n’est qu’en octobre 2020 que l’ANAPEC, en collaboration avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), a lancé le projet IRTIQAA « Autonomisation des femmes travailleuses migrantes circulaires au Maroc ». Un programme qui a constitué un appui à l’ANAPEC dans la conception d’une prestation d’accompagnement répondant aux besoins spécifiques des travailleuses saisonnières marocaines participant au programme de migration circulaire entre le Maroc et l’Espagne.

En effet, dans ce programme de migration circulaire entre le Maroc et l’Espagne, l’accompagnement fait toujours défaut. C’est d’ailleurs la principale conclusion d’une nouvelle étude publiée, il y a quelques jours, par le Policy Center for the New South (PCNS). Intitulée «Migration circulaire et intermédiation : enseignements tirés de l’expérience des travailleuses marocaines saisonnières en Espagne», l’étude élaborée par Aomar Ibourk, Karim El Aynaoui et Tayeb Ghazi s’est intéressée à la question de la réintégration des travailleuses marocaines saisonnières, en comparant les besoins en matière d’accompagnement à ce qui existe, afin d’en tirer des leçons pour l’amélioration du processus.

Les chercheurs du PCNS y rappellent que les saisonnières marocaines restent faiblement instruites (la moitié ne sont jamais allées à l’école, 27% ont été au primaire, et seules 11% ont fait des études secondaires), issues de milieux ruraux souvent fragiles (80% vivent dans des foyers d’au moins trois à 10 personnes, 70% dans des foyers où aucun membre ne dispose d’emploi fixe, la moitié dans des foyers ayant un revenu mensuel de moins de 1 000 dirhams, et moins de 1 500 pour 80%). «Le besoin d’accompagnement est d’autant plus important si l’on sait que les femmes bénéficiaires elles-mêmes ne sont employées que moins de six mois dans l’année dans l’agriculture, qui reste peu rémunératrice (sans parler des conditions, qui sont souvent montrées du doigt)», indique l’étude.

Celle-ci a permis de s’arrêter sur la nécessité d’un accompagnement adéquat des saisonnières marocaines et propose plusieurs recommandations. Elle insiste, en effet, sur « le besoin d’assurer une inclusion financière et un accompagnement en matière de renforcement de l’employabilité des femmes bénéficiaires », rappelant que ces dernières ne sont employées que moins de six mois dans l’année dans l’agriculture, qui reste peu rémunératrice.

L’étude souligne aussi « le besoin d’assurer un accompagnement en matière d’alphabétisation financière » des femmes bénéficiaires, qui se justifie par leurs pratiques financières ainsi qu’à leur demande. Les chercheurs expliquent que «d’une part, lors de leurs migrations, elles optent souvent pour la thésaurisation de l’argent gagné, (seulement 28% des femmes mettent leur argent dans les banques espagnoles) et, d’autre part, elles constituent une épargne considérable relativement à leurs situations de départ (la moitié vivent dans des foyers ayant un revenu mensuel de moins de 1 000 dirhams)».

Ils mettent aussi en avant « le besoin d’assurer un accompagnement en matière de création, et post-création, des activités génératrices de revenus » et « le besoin d’accompagnement pour se constituer en groupes, coopératives et/ou associations », rappelant que « 58% souhaitent être formées au montage de petites et moyennes entreprises».

Dans ses recommandations, l’étude réserve une bonne partie à la critique de la gestion des placements à l’international par l’ANAPEC, estimant que ces placements « interpellent sur plus d’un aspect ». Ainsi, « le positionnement sur les marchés des saisonniers œuvrant dans l’agriculture s’inscrit dans une logique de résultats quantitatifs à court terme, au détriment des emplois plus qualifiés sur du moyen ou long terme », estimant-t-on. De plus, « les conseillers référents des agences régionales se trouvent dans une ambigüité » et leur « mission (…) sur le volet international ainsi que les objectifs à atteindre ne sont pas formalisés ».

« La configuration du schéma opérationnel des placements à l’international ne permet pas de retour d’informations des agences territoriales ni d’échanges relatifs aux difficultés rencontrées et aux attentes des candidats », ajoute l’étude. Laquelle pointe aussi « le manque en termes de dispositifs qui permettent la détection des offres non pourvues par les nationaux et les échanges des études sectorielles », tout en insistant sur « le besoin d’amélioration du processus d’accompagnement des candidats à la migration, y compris le suivi post-placement à l’international et le soutien à la réintégration au niveau national ».

« La promotion de l’utilisation des compétences, des aptitudes et des ressources acquises tout au long du cycle migratoire est centrale pour garantir que la migration circulaire, en particulier les mesures de réintégration, puisse s’arrimer aux efforts de développement des pays d’origine », rappellent les chercheurs, pour qui les « mesures de réintégration globale devraient être mises en place avant même que les travailleuses saisonnières ne quittent leur pays d’origine ».

 « L’orientation et la formation professionnelles des travailleuses saisonnières avant l’émigration permettraient de mieux les préparer à la réintégration sur le marché du travail ou à la création de petites entreprises à leur retour ; et ces mesures devraient donc être intégrées dans le cadre des accords de travail, ce qui permettrait de poser les bases pour une éventuelle coopération internationale dans l’accompagnement des saisonnières marocaines », concluent-ils.

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