Home MondeAmériquesAmérique du NordEtats UnisRépercussions économiques de la guerre dans le Golfe : Lorsque D. Trump joue au « maitre des horloges »

Répercussions économiques de la guerre dans le Golfe : Lorsque D. Trump joue au « maitre des horloges »

by Perspectives Med
0 comments
Répercussions économiques de la guerre dans le Golfe : Lorsque D. Trump joue au « maitre des horloges »

A Francfort, l’indice Dax progressait de 2,64% vers 07H30 GMT. A Paris, le CAC 40 n’était pas en reste (+2,26%) tout comme à Milan (+2,77%). Plus sensible aux majors pétrolières, Londres progressait plus calmement (+1,72%), sur fond de légère baisse du prix du baril. « Le marché veut croire que Donald Trump est prêt à mettre fin à la guerre en Iran sous deux à trois semaines comme il l’a indiqué », selon des analystes de Natixis.

« Nous partirons très bientôt », a déclaré Donald Trump, avant une nouvelle allocution mercredi soir (jeudi 01H00 GMT). Le président iranien Massoud Pezeshkian a réclamé pour sa part « les garanties nécessaires pour empêcher la répétition de l’agression ». « Il s’agit de la première déclaration concrète émanant d’Iran qui semble fiable », estime Art Hogan, de B. Riley Wealth Management.

« La clé reste toutefois l’ouverture durable du détroit d’Ormuz, ainsi que la vulnérabilité des infrastructures énergétiques de la région, y compris au-delà du pétrole et du gaz », ajoutent les analystes de Natixis.

A la différence de son allié D. Trump, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a toutefois jugé que « la campagne n’est pas terminée ». Sur le terrain, le conflit continuait : explosions en Iran et en Israël, pétrolier endommagé au large du Qatar.

La vague d’optimisme a aussi gagné l’Asie, particulièrement exposée à la flambée des prix de l’énergie en raison de la fermeture du détroit d’Ormuz. Au Japon, l’indice Nikkei a gagné 5,24%, et jusqu’à 8,44% pour le Kospi à Séoul en Corée du Sud.

La Bourse de New York avait aussi terminé en nette hausse mardi: Le Dow Jones a gagné 2,49%, l’indice Nasdaq s’est envolé de 3,83% et l’indice élargi S&P 500 s’est octroyé 2,91%.

Le Brent sous les 100 dollars

Les propos de D. Trump ont aussi calmé le marché du pétrole et de la dette des Etats. Référence mondiale du brut, le Brent de la mer du nord repassait en dessous des 100 dollars le baril pour la première fois depuis plusieurs semaines (99,14 dollars, -4,65%), au premier jour des nouveaux contrats de livraison en juin. Son homologue américain du WTI reculait également à 97,25 dollars le baril (-4,07%).

« Les prix du pétrole brut restent élevés pour l’instant, et l’incertitude demeure quant à un possible regain d’escalade au Moyen-Orient », tempère Andreas Lipkow chez CMC Markets.

Même si les propos de Trump pouvaient donner un coup de pouce immédiat aux actions, « les perturbations dans le secteur de l’énergie se poursuivraient pendant plusieurs mois et devraient probablement peser à la fois sur l’inflation et sur la croissance économique », note Emma Wall, stratégiste en chef des investissements pour Hargreaves Lansdown.

La détente se faisait également sentir sur le marché de la dette des Etats, plombé par les risques d’inflation qui préoccupent les créanciers.

Le taux d’intérêt des emprunts de l’Allemagne à dix ans repassait sous la barre des 3% pour la première fois depuis plusieurs jours (2,94%). Son équivalent français affichait un rendement de 3,62% sur dix ans, contre 3,72% la veille.

Les taux d’intérêts montent avec les risques d’inflation car les créanciers demandent des garanties face à l’érosion de la valeur de leur capital prêté.

Grave crise

En dépit de cela, Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie, a déclaré que la crise énergétique mondiale actuelle est plus grave que les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ainsi que que la pénurie de gaz de 2022 liée à la guerre de la Russie en Ukraine.

S’exprimant dans un podcast, F. Birol a ajouté que les pertes d’approvisionnement mondiales atteignent désormais environ 12 millions de barils par jour, contre environ 5 millions de barils par jour lors de chacune des crises de 1973 et 1979. Et rappelé que, tandis que l’approvisionnement mondial en gaz avait diminué d’environ 75 milliards de mètres cubes en 2022, le déficit actuel est encore plus important.

« Avril sera bien pire que mars », a noté F. Birol, notant que certaines livraisons de pétrole et de gaz naturel liquéfié en provenance du Moyen-Orient étaient encore disponibles le mois dernier. « Mais en avril, il n’y a rien. » Il a indiqué que l’AIE a décidé de libérer 400 millions de barils de réserves stratégiques de pétrole, qualifiant cette décision de la plus importante jamais prise. « Mais je dois être très honnête, cela aide seulement à réduire la douleur. Ce ne sera pas un remède », a-t-il déclaré. « Le remède est la réouverture du détroit d’Ormuz. »

Il a décrit la réouverture du détroit comme l’enjeu le plus important, estimant que les mesures actuelles ne font que gagner du temps. La crise a jusqu’à présent frappé plus durement l’Asie, mais devrait s’étendre à l’Europe et au-delà, a-t-il indiqué.

« Le plus grand problème aujourd’hui est le manque de carburant aviation et de diesel », a-t-il précisé, ajoutant que des pénuries sont déjà visibles en Asie et devraient atteindre l’Europe en avril ou début mai. Il a expliqué que les acheteurs asiatiques, incapables de sécuriser du GNL en provenance du Moyen-Orient, se tournent vers les marchés au comptant où l’Europe s’approvisionne habituellement en gaz, ce qui intensifie la concurrence et fait grimper les prix. « Étant donné que les prix de l’électricité en Europe sont basés sur le coût marginal du gaz naturel, les prix de l’électricité vont augmenter », a-t-il conclu.

Sur-profits des majors

Une étude commandée par Greenpeace a affirmé, mercredi, que les compagnies pétrolières réalisent plus de 80 millions d’euros de « sur-profits » par jour dans les pays de l’UE depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, grâce à une augmentation de leurs marges. Pour le mois de mars, ces « sur-profits » supposés représenteraient environ 2,5 milliards d’euros.

Pour arriver à ce chiffre, l’étude commandée par Greenpeace s’est penchée sur l’écart entre le prix du pétrole brut et le prix du carburant en station, entre janvier et février 2026 d’un côté, et les trois premières semaines de mars de l’autre. Or, d’après ces calculs, cette marge a augmenté. « Le rapport montre que l’augmentation des prix à la pompe est largement supérieure à celle des prix sous-jacents du pétrole brut », résume Greenpeace dans son communiqué.

L’augmentation des marges est bien plus importante sur le diesel que sur l’essence : « Par rapport aux mois d’avant-guerre, les compagnies pétrolières ont réalisé un bénéfice quotidien excédentaire de 75,3 millions d’euros grâce à la vente de gazole pour voitures et camions. Les ventes d’essence ont contribué à hauteur de 6,1 millions d’euros par jour », indique le document. Parmi les pays où les marges ont le plus augmenté, on retrouve les Pays-Bas, la Suède, le Danemark, l’Autriche et l’Allemagne.

Couplé aux volumes de vente, c’est en Allemagne que les « sur-profits » sont les plus importants, à hauteur de 23,8 millions d’euros par jour, suivie de la France, avec 11,6 millions d’euros par jour. En revanche, en France, les marges sur l’essence ont légèrement baissé, de 3,4 centimes par litre.

« Greenpeace France appelle les gouvernements européens à introduire des taxes permanentes supplémentaires sur les profits des entreprises pétrolières et gazières, dont le produit serait utilisé pour réduire les factures d’énergie et accélérer l’indépendance énergétique européenne », ajoute l’ONG dans son communiqué.

La guerre au Moyen-Orient, déclenchée par l’offensive conjointe des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran le 28 février, a fait monter fortement les cours du pétrole, avec une grande partie des exportations de brut des pays du Golfe bloquées en raison de la quasi-paralysie du détroit d’Ormuz et de nombreuses frappes sur les infrastructures énergétiques. La semaine dernière, le prix du litre de gazole a atteint un record absolu depuis 1985 en moyenne hebdomadaire, dépassant les plus hauts niveaux atteints après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, selon des chiffres publiés par le gouvernement.

You may also like

Adblock Detected

Please support us by disabling your AdBlocker extension from your browsers for our website.