Après plusieurs reports consécutifs, un texte du Conseil de sécurité de l’ONU a été approuvé à New York. Son contenu a été l’objet de discussions intenses. Le nouveau texte a été largement remanié sous pression US. Al Jazeera explique que le texte final de la résolution exige de toutes les parties qu’elles « autorisent et facilitent l’acheminement immédiat, sûr et sans entrave d’une aide humanitaire à grande échelle » pour les civils palestiniens, et qu’elles « facilitent l’utilisation de toutes les routes disponibles vers et dans toute la bande de Gaza » pour la livraison de cette aide. Les parties sont appelées à « créer les conditions d’une cessation durable des hostilités », formulation de compromis.
Le Conseil demande au secrétaire général de l’ONU de nommer un responsable pour superviser le décaissement de l’aide, et que ce responsable soit chargé de créer un mécanisme onusien pour accélérer l’aide, autre formulation issue d’un compromis. Le texte exige la libération des personnes retenues en otage, et que suffisamment de carburant soit autorisé à entrer dans l’enclave pour répondre aux besoins humanitaires. Aucun appel à un cessez-le-feu immédiat n’a donc été décidé, ce dont les Américains ne voulaient pas, rappelle l’AFP.
Le vote initialement prévu lundi a été reporté à de multiples reprises, notamment mercredi à la demande des Américains qui avaient mis leur veto le 8 décembre à un précédent texte réclamant un « cessez-le-feu humanitaire » dans la bande de Gaza, pilonnée sans relâche par les forces sionbistes.
Depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, le Conseil n’a réussi qu’une seule fois à sortir du silence, avec la résolution du 15 novembre appelant à des « pauses humanitaires ». Il a rejeté cinq autres textes en deux mois, dont deux en raison de vetos américains, le dernier le 8 décembre. Les États-Unis avaient alors bloqué l’appel à un « cessez-le-feu humanitaire », également jugé inacceptable par Israël.
Les négociations se sont concentrées ces dernières heures sur la demande de mise en place d’un mécanisme de suivi de l’aide, assuré « exclusivement » par l’ONU, pour garantir la nature humanitaire des livraisons. Israël, qui veut maintenir son contrôle sur les convois humanitaires, s’opposait à ce mécanisme et la référence à l’exclusivité du contrôle de l’ONU a disparu du dernier texte.
Autre point contentieux, l’absence une nouvelle fois dans le texte d’une condamnation du Hamas, fustigée par Israël et les États-Unis. Le nouveau projet de résolution a supprimé la condamnation de « tous les actes de terrorisme », mais aussi celle de « toutes les attaques aveugles contre les civils », présente dans les précédentes versions. Drôle de consensus qui met l’occupant et le résistant sur le même pied !
En attendant, l’aviation et l’artillerie israéliennes continuent de pilonner intensément le sud de la bande de Gaza. L’armée d’occupation a appelé à l’évacuation d’un camp de déplacés et de plusieurs quartiers d’habitation dans le centre de l’enclave en prévision d’une recrudescence des activités militaires dans la zone.
Le bilan provisoire de la barbarie sioniste établissait vendredi à 20.057 Palestiniens ont été tués dans les frappes indiscriminées sur Gaza depuis le début de l’opération israélienne, selon le gouvernement du Hamas. Plus de 53 320 personnes ont également été blessées. Selon le ministère de la Santé de l’enclave, 70% des victimes sont des femmes et des jeunes de moins de 18 ans. L’armée israélienne a affirmé jeudi avoir tué plus de 2 000 combattants palestiniens depuis la fin de la trêve début décembre. Et indiqué que seuls 784 de ses soldats ont été blessés lors d’opérations de combat dans la bande de Gaza depuis le début de son invasion terrestre, selon un communiqué relayé par le journal Haaretz. La même source ajoute que 179 d’entre eux sont considérés comme grièvement blessés. Le nombre de soldats tués depuis le 7 octobre s’élève, lui, à 471, toujours selon l’armée.
Situation d’urgence !
L’ONU a tiré, une fois de plus, la sonnette d’alarme sur la situation à Gaza. En se basant sur un rapport de l’Integrated Foot Security Phase Classification (IPC), une méthode de mesure de l’insécurité alimentaire et de la famine, l’ONU dévoile l’ampleur du gâchis causé aussi bien par la guerre en cours que par le blocus auquel la bande de Gaza est soumise. « Les hostilités et le siège de l’ensemble de la population ont provoqué des niveaux catastrophiques d’insécurité alimentaire aiguë dans la bande de Gaza. Il existe un risque de famine et il augmente chaque jour à mesure que la situation actuelle d’intenses hostilités et de restriction de l’accès humanitaire persiste ou s’aggrave. L’intensification des hostilités, la nouvelle réduction de l’accès à la nourriture, aux services de base et à l’aide vitale, ainsi que l’extrême concentration ou l’isolement des personnes dans des abris inadéquats ou dans des zones dépourvues de services de base sont des facteurs majeurs qui contribuent à accroître ce risque. Entre le 24 novembre et le 7 décembre, on estime que plus de 90% de la population de la bande de Gaza (environ 2,08 millions de personnes) était confrontée à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë ». Et selon des calculs de l’IPC, d’ici le 7 février au plus tard, environ 50% de la population (1,17 million de personnes) sera en situation d’urgence.
Paula Gaviria Betancur, rapporteuse spéciale de l’ONU pour les déplacés, a mis le doigt sur les véritables enjeux de la guerre en cours à Gaza. « Alors que les ordres d’évacuation et les opérations militaires se multiplient et que les civils sont soumis à des attaques incessantes, la seule conclusion logique est que l’opération militaire israélienne à Gaza vise à expulser en masse la majorité de la population civile », a-t-elle jugé dans un communiqué.
Il y a lieu de signaler que plusieurs dizaines de militants israéliens se sont rassemblés dans le parc de l’Indépendance à Jérusalem ce vendredi pour appeler à un cessez-le-feu à Gaza. « Nous refusons de nous boucher les oreilles et de nous couvrir les yeux. Il est permis de ressentir de la douleur pour l’énorme destruction et le massacre à Gaza et il est permis de se révolter parce que cela a été fait en notre nom », est-il écrit dans un message posté sur X par le collectif Free Jerusalem.
En attendant, CNN révèle qu’après un travail avec l’entreprise d’intelligence artificielle Synthetaic, durant le premier mois de la guerre, Israël a largué des centaines de bombes de 900 kilos sur Gaza. Beaucoup de celles-ci avaient le pouvoir de tuer et blesser dans un rayon de plus de 300 mètres. Pour arriver à cette conclusion, le média américain s’est notamment basé sur des images satellites des premiers jours du conflit, montrant plus de 500 cratères d’impact de 12 mètres de diamètre, ressemblant à ceux laissés par ce type d’armement.
John Chappell, responsable des questions juridiques au Center for Civilians in Conflict (Civic), a expliqué à CNN que « l’utilisation de bombes (de 900kg) dans une zone aussi densément peuplée que Gaza signifie qu’il faudra des décennies pour que les communautés s’en remettent ». La raison pour laquelle ces bombes sont très peu utilisées par les armées occidentales.
Marc Garlasco, ancien analyste du renseignement de défense US et ancien enquêteur des Nations unies sur les crimes de guerre, a déclaré que la densité du premier mois de bombardement d’Israël à Gaza était « sans précédent depuis le Vietnam ». Avant de compléter : « Même lors des guerres d’Irak, ce n’était pas si intense (les bombardements) ».
