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Les guerres de l’impérium US : Dérives religieuses et capitalistes font bon ménage chez D. Trump

by Perspectives Med
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Les guerres de l’impérium US : Dérives religieuses et capitalistes font bon ménage chez D. Trump

La suppression discrète par la Maison-Blanche d’une vidéo liée à un événement de Pâques et les propos d’une conseillère présidentielle ont suscité de nombreuses réactions. Dans cette séquence, initialement publiée puis retirée du site officiel, une réunion dans la salle Est de la Maison-Blanche basculait d’un moment de prière vers un discours de louanges politiques adressées à D. Trump.  Paula White, conseillère spirituelle du président, 59 ans, y établissait un parallèle direct entre les combats judiciaires et politiques de D. Trump et la crucifixion de Jésus-Christ. Elle déclarait notamment que « Jésus a montré que les grandes transformations nécessitent de grands sacrifices », avant d’ajouter à l’adresse du président : « Monsieur le Président, personne n’a payé le prix que vous avez payé ».

Évoquant les procédures judiciaires et les attaques politiques visant le locataire de la Maison Blanche, elle estimait qu’il avait été « trahi, arrêté et faussement accusé », établissant une comparaison implicite avec les souffrances du Christ, notamment en référence à la tentative d’assassinat de Butler en Pennsylvanie et à son arrestation en 2023 en Géorgie dans le cadre de l’affaire liée à la contestation de l’élection de 2020.

Selon les éléments disponibles, la cérémonie avait initialement été organisée à huis clos, avec une liste d’invités restreinte composée de proches du mouvement MAGA. Parmi eux figurait notamment Franklin Graham, fils du pasteur évangélique Billy Graham, qui avait adressé une lettre à Donald Trump affirmant que son « âme est assurée d’aller au paradis », après sa médiation dans un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas.

La présence d’autres figures religieuses a également suscité des critiques. L’intervention de l’évêque catholique ultra-conservateur Robert Barron a été qualifiée par certains détracteurs « d’exercice de blasphème ». D’autres invités, proches de l’entourage politique et médiatique du président, étaient également présents, dont Erika Kirk, veuve de Charlie Kirk, régulièrement invitée lors d’événements liés à D. Trump.

Parallèlement, P. White a tenu récemment des discours controversés à destination de la communauté chrétienne américaine, notamment autour des dons financiers à son ministère. Elle y appelle les fidèles à verser « le premier dixième de leurs revenus », expliquant que ces contributions servent à financer des actions humanitaires et religieuses, allant de l’aide aux mères célibataires à la lutte contre la traite humaine, en passant par des programmes d’aide alimentaire et des initiatives en Israël depuis octobre 2023. Elle affirme également que ces dons permettent de « répandre l’Évangile dans le monde entier », exhortant les fidèles à soutenir son ministère via différentes plateformes de paiement en ligne.

Dans ce contexte, D. Trump a lui-même renforcé cette rhétorique religieuse. Le 6 février 2026, dans un discours de portée générale, il a mis en avant la foi, le patriotisme et les principes fondateurs des États-Unis, évoquant le rôle de Dieu dans la liberté et les droits fondamentaux. Il a également salué la progression du recrutement militaire, défendu des systèmes basés sur le mérite dans l’éducation et la défense, et annoncé son intention de « redédier l’Amérique comme une nation sous Dieu » lors d’un grand événement de prière nationale.

En mars, une autre séquence a suscité de nombreuses réactions en ligne : D. Trump a reçu des pasteurs dans le Bureau ovale pour une séance de prière. Autour du bureau présidentiel, plusieurs responsables religieux ont prié pour la nation et les forces armées, imposant parfois les mains sur le président. La scène, diffusée sur les réseaux sociaux par une conseillère en communication de la Maison-Blanche, a divisé l’opinion. Certains internautes ont exprimé leur incompréhension face à ce rituel jugé inhabituel dans le cadre institutionnel de la présidence américaine, tandis que d’autres y ont vu un moment de soutien spirituel au chef de l’État.

Cette inflexion religieuse se retrouve aussi dans la lecture géopolitique de certaines crises. Dans le contexte des tensions au Moyen-Orient, des responsables américains et israéliens ont été accusés de recourir à une rhétorique religieuse pour justifier le conflit avec l’Iran. Selon plusieurs témoignages relayés par des observateurs et médias locaux, des militaires américains auraient été informés que le conflit s’inscrivait dans une perspective « apocalyptique », certains évoquant des références bibliques à la fin des temps. Marco Rubio, secrétaire d’État, a qualifié le régime iranien de dirigé par des « fanatiques religieux », tandis que Pete Hegseth, secrétaire à la Guerre, a évoqué des « régimes insensés » guidés par des « illusions prophétiques ».

Côté israélien, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a également été critiqué pour ses références à la Torah, comparant l’Iran à des ennemis bibliques anciens, notamment les Amalécites, historiquement associés dans la tradition juive à une figure du mal absolu.

Dans le prolongement de cette rhétorique sécuritaire à dimension religieuse, les États-Unis ont effectivement mené des frappes aériennes dans l’État de Sokoto, dans le nord-ouest du Nigeria, visant des positions de Daech, selon des annonces conjointes du président Donald Trump et du commandement américain pour l’Afrique. D. Trump a présenté ces frappes comme une réponse directe aux violences attribuées aux groupes armés contre les communautés chrétiennes dans la région. Sur sa plateforme Truth Social, il a déclaré avoir mis en garde les responsables terroristes, affirmant que « s’ils ne mettaient pas fin au massacre des chrétiens, ils en paieraient le prix ». Il a également salué ce qu’il a décrit comme des « frappes parfaites » menées par le département de la Défense, tout en promettant de nouvelles opérations si les attaques se poursuivaient.

Les autorités nigérianes ont confirmé la réalité de frappes américaines « de précision » contre des cibles terroristes, tout en réaffirmant leur engagement dans une coopération sécuritaire avec leurs partenaires internationaux, dont les États-Unis, afin de lutter contre le terrorisme et l’extrémisme violent. Toutefois, des organisations de suivi des violences politiques estiment par ailleurs que la majorité des victimes des groupes terroristes dans le pays sont musulmanes, nuançant fortement le cadrage exclusivement religieux du conflit avancé dans certains cercles politiques américains.

À travers ces différents épisodes, discours présidentiels, cérémonies religieuses à la Maison-Blanche, rhétorique géopolitique et prises de position de son entourage, l’administration Trump semble inscrire de plus en plus son action dans une narration religieuse assumée. Une évolution qui alimente, aux États-Unis comme à l’international, les interrogations sur la place du religieux dans l’exercice du pouvoir au sein de la première démocratie occidentale.

A signaler aussi qu’une coalition d’organisations musulmanes de défense des droits civiques a appelé à la libération immédiate d’un leader communautaire palestino-américain à Milwaukee, arrêté par des agents de l’Agence américaine de l’immigration et des douanes (ICE), agence gouvernementale critiquée pour des arrestations controversées et des méthodes jugées agressives. Salah Sarsour, président de la Société islamique de Milwaukee et membre du conseil d’administration de Musulmans américains pour la Palestine, a été intercepté par plus de dix agents de l’ICE alors qu’il conduisait près de son domicile lundi, selon la Société islamique de Milwaukee. Il a d’abord été transféré vers un centre de détention à Chicago avant d’être déplacé dans un autre dans l’Indiana. L’organisation précise qu’il résidait légalement aux États-Unis depuis plus de 32 ans.

Nihad Awad, directeur exécutif national du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR), a qualifié cette détention d’« absolument injuste et cruelle », estimant que l’administration « cible un Palestino-Américain pour avoir eu le courage d’être un leader et de s’opposer à l’injustice ».

Une coalition d’organisations, dont le CAIR, le Conseil des organisations musulmanes des États-Unis et Musulmans américains pour la Palestine, a publié un communiqué conjoint condamnant un « enlèvement », affirmant que S. Sarsour était visé en raison de son identité palestinienne et musulmane. Elles ont rejeté les accusations portées contre lui, les qualifiant d’« écran de fumée » destiné à faire taire son engagement. La coalition a également établi des parallèles avec les cas de Mahmoud Khalil, Leqaa Kordia et Mohsen Mahdawi, accusant les États-Unis d’utiliser le système judiciaire pour réduire au silence les voix critiques des politiques israéliennes « au moment où un génocide est en cours à Gaza ».

Depuis son retour au pouvoir l’an dernier, la seconde administration Trump a pris pour cible des figures pro-palestiniennes, leur refusant l’entrée sur le territoire américain et cherchant à les expulser en raison de leur soutien à une Palestine libre.

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