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Le putsch ne convainc pas la rue soudanaise : Les manifestants se donnent rendez-vous samedi

Abdallah Hamdok, Premier ministre soudanais arrêté en même temps que plusieurs responsables de la transition aux premières heures du coup d'État à Khartoum, lundi 25 octobre, a été relaxé par les hommes du général Abdel Fattah Al-Burhan, chef de l'armée et du Conseil souverain de la transition. Ce dernier a procédé à la dissolution, mardi 26 octobre, des autorités de transition, remettant le sort du pays entre les mains d’une junte. Ce que le peuple soudanais, ou du moins une bonne partie, rejette.

Au Soudan, l’appel à la grève générale lancé par les syndicats et les comités de résistance populaire après le coup d’État de lundi 25 octobre semble largement suivi. La capitale Khartoum était totalement à l’arrêt mardi et des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes de province. Le même scénario s’est reproduit mercredi avec l’entrée en grève des travailleurs du secteur pétrolier. En dépit des restrictions du réseau téléphonique, les partisans de la résistance passive commencent à s’organiser. Du côté des alliés des militaires, c’est le silence. Le Premier ministre Abdallah Hamdok a été ramené chez lui, mais on ne sait s’il est libre de ses mouvements où s’il est maintenu en résidence surveillée. Le fait est que c’est son bureau qui semble canaliser la protestation contre le retour des militaires au pouvoir.
A chaque grande intersection de la capitale, des escouades de soldats montés sur pick-up cèdent le pas aux barricades érigées par les manifestants, empêchant aux véhicules l’accès à de nombreux quartiers du centre-ville, ainsi que d’Omdurman, cité jumelle de la capitale, de l’autre côté du Nil. Les soldats de l’armée régulière, quant à eux, se faisaient discrets, occupant des points stratégiques, notamment autour du quartier-général de l’armée où s’est déroulé l’essentiel de la répression meurtrière de lundi.
Comme les téléphones sont hors circuit, les anciens de la révolution de 2019 s’efforcent d’organiser d’autres canaux de communication, raconte une source proche des comités de résistance. Des haut-parleurs des mosquées sont lancés des appels à la grève
Ce n’est que dans la soirée de mardi qu’internet a été rétabli avant d’être suspendu. La plupart des commerces étaient fermés, les rideaux de fer tirés. L’opération ville morte voulue par les syndicats et les comités de résistance populaire semblait être très largement suivie. En province, les militants qui sont parvenus à se connecter à internet évoquent des opérations de répression en cours dans la cité ouvrière d’Atbara, à Port-Soudan, Dongola, El-Obeid, Kosti et même à Nyala, au Sud-Darfour.
Un samedi de la colère
Les comités de résistance appellent à une marche du million samedi 30 octobre prochain. De quoi sera faite la réponse des militaires, est la question qui est dans toutes les bouches. Dans la nuit de mardi à mercredi, de nombreuses sirènes d’ambulance ont été entendues au même titre que des coups de feu. Avec la coupure du réseau, il est très difficile d’avoir les informations en temps réel. Une chose est sûre, la répression se poursuit.
Côté militaire, pour l’instant c’est le silence. Seul le général A. al-Burhan, chef du Conseil souverain de la transition, est intervenu à la télévision notamment pour évoquer le sort du Premier ministre ramené chez lui après avoir été retenu depuis lundi chez l’homme fort de Khartoum.
Antony Blinken, chef de la diplomatie américaine, s’est entretenu par téléphone mardi avec le Premier ministre soudanais renversé, selon un communiqué du département d’État. « Le secrétaire d’État se réjouit de la libération du Premier ministre et renouvelle son appel aux forces militaires soudanaises pour qu’elles libèrent tous les dirigeants civils en détention et garantissent leur sécurité », a ajouté le porte-parole du département d’État, Ned Price, dans le communiqué. A. Hamdok a été ramené chez lui mardi soir et reste « sous surveillance renforcée ».
Du côté des alliés du général qui a opéré le coup de force, pas de réactions. Seul le chef de l’importante communauté Bejas a officiellement apporté son soutien au chef de l’armée.
Un silence, particulièrement, étonne : celui du numéro 2 du conseil souverain, le général Hemeti. À la tête des Forces de soutien rapide, il ne s’est pas exprimé depuis plusieurs jours. Il s’était récemment opposé aux civils comme aux militaires en refusant d’intégrer ses hommes au sein de l’armée, comme ces derniers l’exigeaient. Gibril Ibrahim, leader rebelle devenu ministre des Finances, ainsi que Mini Minawi, récent gouverneur du Darfour, gardent la bouche fermée. Ces deux personnalités influentes du Darfour, qui avaient soutenu la révolution de 2019, ont récemment rompu avec la coalition civile et demandé la démission du Premier ministre A. Hamdok.
Rien à ce stade ne permet de connaître leur avis sur le coup d’État. Mais selon une chercheuse, leurs mouvements sont très divisés, notamment sur une éventuelle collaboration avec l’armée. Reste ensuite les militaires de rang inférieur : vont-ils soutenir leur chef et accepter de diriger la répression contre les manifestants comme en 2019 ? En face, le général al-Burhan pourrait compter sur l’important réseaux des services de renseignements – dirigé à l’époque par Salah Gosh, en exil. Durant son discours, le général félon a mis toute la responsabilité de ce coup d’État sur le compte des civils, en raison de leur division. Il a expliqué que les divisions politiques qui ont dominé la période précédente menaçaient la sécurité du pays. La semaine dernière a connu une multiplication d’attaques contre l’armée, y compris venant d’un ministre. Il a attaqué une partie des Forces pour la liberté et le changement l’accusant de vouloir confisquer les décisions de tout un pays contre un parti politique. Selon lui, ils défendent toujours leurs intérêts politiques plutôt que celui du pays.
Puis, il a évoqué l’ancien Premier ministre : « Il est chez moi, je mange, veille avec lui. Nous l’avons sorti de sa maison pour préserver sa sécurité. » Des journalistes pourraient bientôt, selon lui, aller le voir et lui poser des questions. Quant aux autres détenus politiques, et parmi eux trois ministres et plusieurs responsables des Forces pour la liberté et le changement, A. al-Burhan a précisé qu’ils seront interrogés et que ceux parmi eux qui n’ont rien commis rentreront chez eux. En revanche, d’autres sont accusés de menacer la sécurité nationale.
Le général a affirmé son attachement à la charte constitutionnelle, alors que plusieurs mesures de cette charte ont été suspendues depuis lundi. Il a révélé que le conseil souverain sera désormais formé de membres civils venant de différents États du Soudan en plus des membres militaires. Ces civils seront nommés après discussion avec les responsables de chaque État.
Dans le même temps, les défections d’ambassadeurs soudanais à l’étranger se multiplient. Après l’ambassadeur à Washington, ce sont les représentants soudanais à Paris, Bruxelles et Genève qui ont signé un communiqué commun, mardi 26 octobre, « condamnant dans les termes les plus énergiques » la prise de contrôle par la force de l’armée. Tous trois évoquent soutenir « la résistance héroïque » du peuple soudanais. Plus tôt dans la journée, un communiqué similaire était publié au nom de « l’Association des ambassadeurs soudanais » sur la page Facebook du ministère de l’Information, manifestement toujours sous le contrôle de partisans du gouvernement dirigé jusqu’à lundi 25 octobre par A. Hamdok.

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