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L.Truss jette l’éponge : A Londres, le compte à rebours a commencé pour les Tories

Jamais le mandat d’un chef de gouvernement britannique n’a été aussi court que celui de Liz Truss. Après le départ de l’argentier de l’équipe gouvernementale, suivi dans la foulée par la démission de la ministre de l’Intérieur, départs qui ont animé de vifs débats au sein des conservateurs, mais pas que, voilà que L. Truss décide de jeter l’éponge.

En seulement 44 jours, le mandat de L. Truss a été de courte durée. « Etant donné la situation, je ne peux accomplir le mandat pour lequel j’ai été élue par le parti conservateur. J’ai donc parlé à sa majesté le Roi pour lui notifier que je démissionne », s’est contenté de déclarer, de manière lapidaire, la cheffe de gouvernement devant les journalistes accourus au Downing Street.

 «Il sera possible de conduire un scrutin et de conclure une élection d’ici au vendredi 28 octobre», a déclaré aux journalistes Graham Brady. Le processus de sélection de L. Truss par les quelque 170.000 adhérents du parti au pouvoir avait pris deux mois après le départ de Boris Johnson.

Jeudi matin encore, L. Truss semblait pourtant s’accrocher au pouvoir, un porte-parole assurant à la mi-journée qu’elle «travaillait» avec Jeremy Hunt, nouveau ministre des Finances, pour préparer leur plan économique de moyen terme, au lendemain d’une journée catastrophique pour elle. Mais en fin de matinée, elle a rencontré le député à la tête du puissant Comité 1922 chargé de l’organisation interne du parti conservateur (et donc d’une éventuelle procédure de remplacement), au moment où la dirigeante conservatrice se débattait avec une majorité de plus en plus frondeuse, la liste de parlementaires demandant son départ s’allongeant d’heure en heure.

«Liz Truss doit partir dès que possible», avait lâché l’ancien ministre conservateur David Frost, qui la soutenait ardemment auparavant, dans une tribune au Daily Telegraph.

Plus impopulaire que jamais dans l’opinion, sans programme économique après l’humiliant renoncement aux baisses d’impôts et ayant dû se priver de deux de ses plus importants ministres, L. Truss avait beau assurer qu’elle voulait rester en place, son maintien à Downing Street semblait bien compromis.

En pleine crise économique du coût de la vie, qui voit des millions de Britanniques souffrir de l’inflation, le parti conservateur réenclenche une élection interne pour se trouver un nouveau dirigeant – le cinquième en six ans -, alors que la précédente a eu lieu cet été, après la démission de B. Johnson, sur fonds de scandales à Downing Street et dans la majorité.

Quels seront les candidats, alors que depuis des jours, plusieurs noms circulent pour succéder à L. Truss, comme ceux de Rishi Sunak, Jeremy Hunt, Penny Mordaunt – la ministre chargée des relations avec le Parlement – voire B. Johnson, le premier ministre qu’elle a remplacé en septembre.

Les Tories ont décidé d’éviter des législatives anticipées, au moment où l’opposition travailliste caracole en tête dans les sondages. Après l’annonce de L. Truss, leur chef Keir Starmer a appelé à convoquer une élection générale dès «maintenant» et non fin 2024 ou début 2025 comme prévu.

Les conservateurs «manquent à leur devoir patriotique de base de laisser les Britanniques en dehors de leurs querelles pathétiques», avait-il attaqué jeudi matin dans un discours devant le Congrès des syndicats (TUC), au moment où de nombreux mouvements sociaux agitent le pays face à la crise du coût de la vie.

Pour L. Truss, la journée de mercredi a viré au mélodrame. Moins d’une semaine après le départ du ministre des Finances Kwasi Kwarteng, remplacé par J. Hunt, nouvel homme fort du gouvernement, c’est la très à droite ministre de l’Intérieur Suella Braverman qui a quitté le gouvernement pour des divergences grandissantes avec L. Truss sur l’immigration, selon les médias britanniques.

Elle a été remplacée par Grant Shapps, ancien ministre des Transports sous B. Johnson, dans ce qui se voulait un geste d’ouverture à l’égard des ex-adversaires de L. Truss dans la course à Downing Street, Shapps ayant soutenu Rishi Sunak.

La soirée a ensuite été mouvementée au Parlement où un vote – remporté par le gouvernement – à propos de la levée du moratoire sur la fracturation hydraulique a visiblement tourné à la foire d’empoigne entre les conservateurs. Des députés de la majorité ont refusé de voter dans le sens du gouvernement, malgré les représailles auxquelles ils s’exposent, Downing Street ayant expressément demandé de respecter la consigne de vote.

Moscou et Washington réagissent

La diplomatie russe a raillé jeudi l’annonce de la démission de la première ministre britannique après seulement six semaines au pouvoir ponctuées par une série de crises. «La Grande-Bretagne n’a jamais connu un tel embarras causé par un premier ministre», a écrit sur Telegram Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères. «On se souviendra du casque sur un char, d’un illettrisme catastrophique et des funérailles de la reine immédiatement après son audience avec Liz Truss», a-t-elle ajouté.

M. Zakharova faisait référence à une photo de L. Truss, publiée fin novembre, la montrant à bord d’un char de l’armée britannique en Estonie, portant un casque, alors qu’elle était alors cheffe de la diplomatie du Royaume-Uni. L. Truss avait inspecté des troupes britanniques, en pleine tension entre Moscou et l’Occident quelques semaines avant l’attaque russe en Ukraine qui a entraîné une détérioration historique des relations entre Londres et la Russie. Cette photographie faisait écho à un cliché similaire de l’ex-première ministre britannique Margaret Thatcher, au pouvoir pendant plus de 10 ans (1979-1990).

Du côté américain, le président Joe Biden a promis jeudi de poursuivre une «étroite coopération» avec le gouvernement britannique après la démission de L. Truss, qu’il a remerciée. «Je remercie la première ministre Liz Truss pour ce partenariat», a déclaré le locataire de la Maison Blanche dans un communiqué, en assurant que l’amitié «au long terme» et la «fermeté» de l’alliance entre les deux pays resteraient inchangées.

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