Depuis le début de l’année 2026, le Royaume a acheminé au total 278 Mm³ de gaz naturel en provenance d’Espagne par cette artère stratégique qui relie les deux rives du détroit de Gibraltar. Un volume qui confirme la place centrale du GME dans l’approvisionnement énergétique national.
Le ralentissement des importations observé en mars-avril avait coïncidé avec l’intensification des tensions au Moyen-Orient, alimentant des interrogations sur une éventuelle répercussion de l’instabilité régionale sur les chaînes d’approvisionnement. Les données démentent cette lecture. Aucune pénurie n’a été enregistrée côté espagnol, et les flux gaziers n’ont à aucun moment été perturbés par le contexte géopolitique.
La vraie explication est bien plus locale. Les précipitations exceptionnelles qui ont arrosé le Maroc ce printemps ont provoqué un bond spectaculaire de la production hydroélectrique, en hausse de 513 % par rapport à une période de référence. Avec des barrages pleins et des turbines qui tournent à plein régime, le besoin en gaz pour alimenter les centrales thermiques a mécaniquement chuté. Il s’agit d’un creux conjoncturel, donc, et non structurel.
Au-delà de ce rebond immédiat, les chiffres sur les douze derniers mois dessinent un partenariat énergétique d’envergure. Le Maroc absorbe 23,6 % des exportations espagnoles de gaz naturel, ce qui le place au rang de deuxième client de l’Espagne, juste derrière la France. Cette position témoigne de l’interdépendance croissante entre les deux économies riveraines du détroit.
Pour Madrid, le Maroc représente un débouché commercial majeur et stable. Pour Rabat, le GME demeure un pilier de la sécurité énergétique, en attendant que la montée en puissance des énergies renouvelables rééquilibre progressivement le mix national.

