Lors d’une réunion des membres de la « coalition des volontaires » jeudi, à laquelle le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer ont participé en visioconférence depuis la banlieue londonienne, a été annoncée la création d’un « quartier général » à Paris. Celui-ci doit rester dans la capitale française durant douze mois, avant une rotation avec Londres. Cette annonce a été saluée comme une « victoire diplomatique » par des partisans d’E. Macron qui, depuis plus d’un an, plaident en faveur d’un déploiement de troupes occidentales en Ukraine.
Selon le cabinet du Premier ministre britannique, l’envoyé spécial du président américain Donald Trump pour l’Ukraine et la Russie, le général à la retraite Keith Kellogg, a assisté à cette réunion. Étaient également présents les sénateurs républicain Lindsey Graham et démocrate Richard Blumenthal, a également précisé le communiqué du 21 Downing Street ainsi qu’une déclaration commune publiée sur le site du Conseil européen.
Les deux sénateurs, connus pour leur activisme pro-Kiev, sont notamment « co-parrains d’un nouveau projet de loi sur les sanctions contre la Russie, prévoyant notamment l’imposition de droits de douane de 500 % sur les marchandises importées de pays qui continuent d’acheter du pétrole russe », a pour sa part rapporté Associated Press. L’agence américaine a souligné que l’établissement de ce QG visait à assurer « un déploiement rapide » après la fin des hostilités des forces de cette coalition « dont la trentaine de membres n’a pas été identifiée ». Selon le communiqué de Londres, cette force devrait « fournir des experts en logistique, en armement et en formation pour aider à la régénération et à la reconstitution des forces terrestres ukrainiennes », « sécuriser le ciel ukrainien […] aux côtés de l’armée de l’air ukrainienne en utilisant les avions de la Coalition » ainsi que « renforcer » par du personnel supplémentaire la Force opérationnelle de la mer Noire, composée de Turquie, de Roumanie et de Bulgarie.
« Soutenir l’Ukraine n’est pas seulement une bonne chose à faire, c’est essentiel pour assurer la sécurité intérieure. C’est pourquoi la coalition des volontaires veille à ce que nous disposions d’une force future capable de se déployer après un cessez-le-feu afin de dissuader toute agression russe pour les années à venir », a déclaré K. Starmer, cité par ses services. Le Premier ministre britannique a par ailleurs promis que la « pression sur Poutine par des sanctions » serait « accentuée » dans les jours et les semaines à venir ainsi que le soutien à Kiev « en veillant à ce que les forces armées ukrainiennes disposent de l’équipement nécessaire à la défense de leur territoire souverain ».
De son côté, le Kremlin par la voix de son porte-parole a réitéré le caractère « inacceptable » pour Moscou de voir des bottes occidentales fouler le sol ukrainien. « Nous sommes très déçus que les signaux systématiques et parfaitement clairs envoyés par Moscou à ce sujet ne soient ni pris en considération ni compris », a déclaré vendredi Dmitri Peskov auprès de l’agence TASS, pointant du doigt « cette insistance » des dirigeants européens qui selon lui « s’inscrit bien sûr dans le cadre général des sentiments militaristes, conflictuels et anti-russes actuels ». Fin avril, citant des sources dans plusieurs articles, The Times ébruitait que cette coalition emmenée par Londres et Paris était susceptible de revoir à la baisse ses ambitions, notamment parce que seuls le Royaume-Uni et la France s’étaient alors clairement déclarés prêts à envoyer des hommes.
Histoire gommée
« Les dernières déclarations et actions de Berlin, de Paris et de Londres montrent que la classe politique actuelle, qui est arrivée au pouvoir dans ces pays et dans un certain nombre d’autres, a oublié les leçons de l’Histoire, a oublié les conclusions que toute l’humanité en a tirées, et tente dans l’ensemble de soulever à nouveau l’Europe pour une guerre […] contre la Russie », a renchéri de son côté le chef de la diplomatie russe en commentant des propos du chancelier allemand Friedrich Merz. « Nous continuerons d’aider l’Ukraine, même face à la résistance de la gauche politique et de la droite prorusse ici, au Parlement », avait martelé F. Merz le 9 juillet devant le Bundestag.
Lors de cette prise de parole, estimant que « les moyens diplomatiques [étaient] épuisés », le chancelier allemand avait affirmé que son gouvernement ferait « tout ce qui est en son pouvoir » afin d’empêcher qu’un « régime criminel » ne détruise « les libertés politiques de tout le continent européen ».
« Monsieur Merz est un apologiste farouche de la confrontation en tout avec la Russie et de la mobilisation agressive de l’Europe », a pour sa part souligné D. Peskov auprès de l’agence TASS. « Les Européens discutent de diverses options de soutien financier à l’Ukraine afin de l’encourager à poursuivre la guerre à tout prix. Ce que nous appelons une guerre jusqu’au dernier Ukrainien », a par ailleurs déclaré le porte-parole du Kremlin. Selon les chiffres du think tank allemand Kiel Institute, Berlin a alloué entre fin janvier 2022 et fin avril 2025 près de 15,92 milliards d’euros d’aides à l’Ukraine, dont 11,27 au titre du seul volet militaire, faisant de l’Allemagne le troisième soutien de Kiev derrière les États-Unis et le Royaume-Uni (hors Commission et Conseil européens). Avec 7,36 milliards d’euros d’aides bilatérales, la France arrive quant à elle en 9e position de ce classement – toutes aides confondues et toujours hors institutions européennes – entre la Suède et la Pologne.
L’armée russe avance
Sur le terrain, les forces armées russes ont repoussé une attaque massive de drones ukrainiens dans la nuit du 10 au 11 juillet. « 155 drones de type avion ont été abattus » au-dessus de 13 régions russes, a précisé le ministère de la Défense. Les zones visées incluent les régions de Koursk, Briansk, Smolensk, Belgorod, Toula, Orlov, Moscou, la République de Crimée, Lipetsk, Rostov, Kaluga, ainsi que l’espace aérien au-dessus de la mer Noire. Un civil a été tué et un autre blessé dans la région de Lipetsk à la suite de la chute d’un drone.
Au cours de la semaine, les défenses russes ont également détruit « 1 988 drones ukrainiens », « 35 bombes aériennes guidées », « six roquettes HIMARS » de fabrication américaine, et « une roquette à longue portée Neptune ». Le ministère a souligné que ces actions s’inscrivent dans le cadre d’une réponse organisée face aux agressions ukrainiennes visant des infrastructures civiles et militaires sur le territoire russe.
L’armée russe poursuit sa progression sur plusieurs fronts. Le ministère de la Défense a annoncé que les forces de la formation « Zapad » ont libéré les localités de Zelenaya Dolina, en République populaire de Donetsk, et de Sobolevka, dans la région de Kharkov. Ces unités ont mené des actions offensives intenses, utilisant l’artillerie et les drones pour affaiblir les positions ukrainiennes avant l’assaut. Les positions ennemies ont été « nettoyées maison par maison, les soldats ukrainiens capturés ou éliminés ».
La formation « Vostok » a également progressé et pris le contrôle des localités de Poddoubnoïe et Tolstoï dans la RPD. Parallèlement, la Russie a effectué six frappes de haute précision durant la semaine, incluant l’utilisation de missiles hypersoniques « Kinjal » et de drones d’attaque. Ces frappes ont ciblé des installations militaires ukrainiennes telles que des usines, aérodromes, dépôts de munitions, sites de stockage de drones, centres de mobilisation et positions de mercenaires étrangers.
Les pertes subies par les forces armées ukrainiennes dépassent les 10 000 militaires éliminés sur l’ensemble du front en une semaine.
