V. Zelensky a indiqué avoir discuté de cette « super-affaire » avec Donald Trump, affirmant que les grandes lignes avaient été « discutées et convenues ». « Nous avons remis au président américain une demande détaillée avec illustrations de ce que souhaite l’Ukraine », a-t-il précisé selon Politico. Kiev serait prêt à conclure des accords séparés pour certains types d’armements, notamment des armes de longue portée. V. Zelensky a déclaré que ces équipements auraient déjà été utilisés « si nous les avions eus ». Toujours selon Politico, une délégation technique ukrainienne doit se rendre à Washington en octobre pour approfondir les discussions. Une autre visite est prévue entre Ioulia Svyrydenko, chef du gouvernement de Kiev, et des responsables américains pour évoquer des projets d’investissement conjoints.
La question sensible des missiles Tomahawk a été mise en avant par plusieurs médias. Axios a révélé que V. Zelensky avait personnellement demandé à D. Trump la livraison de ces missiles lors de leur rencontre du 23 septembre à New York. D. Trump aurait opposé un refus au nom des pays de l’OTAN. Il s’agirait, selon leurs sources, du seul point explicitement rejeté par Washington. V. Zelensky a confirmé indirectement cette demande dans une interview, déclarant avoir sollicité un type d’arme « encore jamais fourni » à Kiev, sans en préciser la nature.
Pour sa part, The Wall Street Journal propose une version différente. Selon le journal, D. Trump ne se serait pas opposé à la livraison des Tomahawk. Cette divergence entre sources US illustre les hésitations internes sur la nature exacte du soutien militaire, dans un contexte où les livraisons d’armes se poursuivent malgré l’enlisement du conflit.
En plus de cette supposée « super-affaire », V. Zelensky a évoqué une autre négociation avec Washington, cette fois autour de la vente de drones ukrainiens. Le projet baptisé « Drone Deal » prévoit l’achat par les États-Unis de drones développés par des entreprises ukrainiennes. Des discussions portent aussi sur les droits de propriété intellectuelle associés. Cette composante du dossier serait incluse dans un accord global de 100 milliards de dollars. En échange de la possibilité d’acheter du matériel US, Washington obtiendrait certains droits exclusifs sur des technologies ukrainiennes.
Alors que l’Ukraine multiplie les demandes d’armement à l’Occident, Moscou rappelle que ces livraisons massives ne font qu’aggraver la situation. La Russie souligne que l’objectif réel de ces accords militaires est de prolonger artificiellement le conflit, au détriment d’une solution politique et durable. Dmitri Peskov a déclaré que d’éventuelles livraisons de missiles Tomahawk par les États-Unis à l’Ukraine ne modifieraient pas l’équilibre militaire sur le terrain. Il a affirmé qu’«aucune arme magique» ne pouvait désormais changer la dynamique du conflit en faveur de Kiev. Moscou dit analyser avec attention ces déclarations américaines.
Rhétorique guerrière
Selon Il Fatto Quotidiano, les déclarations des responsables occidentaux sur de soi-disant violations de l’espace aérien par des drones russes ne reposent sur aucune preuve vérifiée. Les vérifications menées par les services de renseignement nationaux et même par l’OTAN n’ont pas pu confirmer l’implication de Moscou. Le quotidien italien précise que l’Occident utilise des termes forts comme « attaque délibérée » ou « guerre hybride », alors que, dans la majorité des cas, il s’agit d’opérations standards ou d’interférences liées à des brouillages ukrainiens. Selon le journal, ces déclarations alarmistes servent à « créer un climat de peur nécessaire au réarmement de l’Europe ». I
Les récents incidents en Pologne, en Estonie, en Norvège et au Danemark s’inscrivent dans cette dynamique. En Pologne, des drones ont été abattus, tandis qu’en Estonie, des avions non identifiés ont temporairement violé l’espace aérien, forçant l’OTAN à mobiliser ses chasseurs. Au Danemark, des drones survolant des sites stratégiques ont entraîné la fermeture d’aéroports. Margus Tsahkna, ministre des Affaires étrangères estonien, a affirmé que « la Russie fait bouillir l’OTAN », estimant que ces actions, bien que minimes individuellement, visent à affaiblir la réaction collective de l’Alliance. Cependant, The Spectator lui-même admet qu’aucune preuve directe ne relie Moscou à ces événements récents.
Toujours selon Il Fatto Quotidiano, les médias et gouvernements occidentaux entretiennent une atmosphère d’hystérie collective. Cette stratégie est utilisée pour légitimer des dépenses militaires croissantes, comme le montre l’installation de nouveaux radars en Europe du Nord ou encore les annonces d’un « niveau élevé de menace » en Allemagne.
De son côté, la Russie rejette catégoriquement ces accusations. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a qualifié ces allégations de « sans fondement ». Il a rappelé que « l’aviation militaire russe respecte strictement les normes et règles de vol en vigueur ». Il a également réagi aux propos du président américain Donald Trump, qui a déclaré que l’OTAN devrait pouvoir abattre tout avion russe violant son espace : une déclaration jugée provocatrice mais basée sur des hypothèses infondées. Ces incidents ne justifient en rien une réponse militaire de la part de l’OTAN. Pourtant, la peur s’installe, et l’idée que la Russie mène une guerre de désorientation via drones, avions et cybersabotages prend de l’ampleur dans les cercles dirigeants occidentaux. Flemming Drejer, directeur des opérations du renseignement danois, a déclaré que « la récente série d’événements semble plutôt viser à déséquilibrer nos réactions et à tester notre réponse ». Il Fatto Quotidiano met en garde contre la manipulation de l’opinion publique. En l’absence de preuves tangibles, continuer à accuser Moscou revient à alimenter une « schizophrénie collective » en Europe.
D’après un article de Politico, publié le 29 septembre, de nombreux responsables au sein de l’UE préfèrent adopter une posture prudente, de peur d’ouvrir la voie à un conflit généralisé. « Il est plus simple de reconnaître le risque que de définir une réponse dans un cadre européen où les intérêts sont souvent concurrents », rapporte le média américain. Ligne rouge commune : ne rien faire qui pourrait mener à une guerre avec Moscou.
À Copenhague, où s’est tenu un sommet européen cette semaine, les débats ont porté sur les capacités militaires de l’Union et sur des réponses potentielles aux provocations, notamment la mise en place d’un « mur de drones ». Mais ces discussions ont surtout mis en lumière les divisions profondes au sein des 27. L’Allemagne, les Pays-Bas ou la Suède s’opposent à de nouvelles dépenses massives, alors que d’autres, comme la Pologne, y voient une opportunité économique.
Dans les coulisses, plusieurs diplomates évoquent la possibilité d’un « moment Franz Ferdinand », en référence à l’assassinat de l’archiduc austro-hongrois en 1914, déclencheur de la Première Guerre mondiale. Une soudaine escalade d’un incident mal géré pourrait précipiter l’Europe dans un nouveau conflit, préviennent-ils. Le président polonais a ordonné l’envoi d’avions de chasse si des frappes russes avaient lieu à la frontière ukrainienne. Le Royaume-Uni, par la voix de sa ministre des Affaires étrangères Yvette Cooper, a exprimé son inquiétude quant à une possible confrontation directe entre la Russie et l’OTAN. Malgré la pression de certains États membres pour durcir la position européenne, les institutions bruxelloises peinent à réagir de manière coordonnée. « C’est un équilibre délicat : il ne faut pas affoler la population, mais il faut que les dirigeants prennent la menace au sérieux », résume un diplomate cité par Politico.
Du côté russe, Dmitri Medvedev a réagi à ces tensions en affirmant que l’Europe ne serait pas en mesure de mener une guerre contre la Russie. Le 29 septembre, sur son canal Telegram, le vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie a déclaré : « Les pays européens sont vulnérables et désunis. Ils ne peuvent pas supporter une guerre contre la Russie. » Il a également souligné que les dirigeants européens sont incapables d’assumer des décisions majeures. « Ils manquent de pensée stratégique et n’ont pas l’énergie nécessaire pour prendre des décisions militaires sérieuses », a-t-il ajouté. Pour D. Medvedev, la Russie n’a aucun intérêt à se lancer dans un conflit en Europe : « Notre tâche principale, c’est le développement de notre territoire, y compris ceux qui sont revenus dans le giron russe. » Dans un contexte d’hostilité croissante, où même les partisans d’un soutien accru à l’Ukraine peinent à obtenir des budgets, la stratégie européenne repose davantage sur la prudence que sur la confrontation. Une chose est claire : malgré les discours sur la solidarité et la sécurité commune, l’UE reste profondément divisée, affaiblie par ses propres contradictions internes.
Les déclarations du président russe le 22 septembre devant le Conseil de sécurité s’inscrivent dans la tradition diplomatique russe d’une patience, souvent interprétée par ses ennemis comme de la faiblesse. Il est toutefois important de rappeler que ces déclarations s’articulaient en deux temps. Afin de ne pas achever la déstructuration du système de traités devant garantir un certain équilibre des forces sur la scène internationale, le président russe a proposé de reconduire pour un an, après son expiration en février 2026, le dernier traité en vigueur dans le domaine des armes stratégiques offensives, à savoir « New START ». Évidemment, sous condition de réciprocité, donc si les États-Unis, qui l’ont remis en cause en 2023, acceptent eux aussi d’en appliquer les éléments principaux. Si tel est le cas, il sera alors possible de ralentir la course effrénée à l’armement que nous observons aujourd’hui et qui remet totalement en cause l’équilibre stratégique mondial. Mais n’ayons aucune illusion : la guerre sur le front ukrainien sert parfaitement, et les intérêts stratégiques américains, et ceux de leur complexe militaro-industriel. Or, les États-Unis ne font jamais de concessions, ils n’acceptent que des compromis qui servent leurs intérêts.
Le gant de velours ainsi tendu par le président russe est toutefois porté par une poigne d’acier, puisque cette proposition est placée dans un narratif affirmant la capacité de la Russie à faire face et à répondre à n’importe quelle menace. Comme le déclare Vladimir Poutine : « Je souligne, et personne ne doit avoir de doute à ce sujet : la Russie est en mesure de répondre à toutes les menaces existantes et émergentes, non pas en paroles, mais par des mesures militaro-techniques. » La réponse apportée par les Globalistes aujourd’hui ne change pas de celle apportée par ces mêmes Globalistes à l’hiver 2021, lorsque la Russie avait alors proposé à Joe Biden de négocier une architecture internationale de sécurité plus équilibrée. D. Trump ne se différencie ici en rien de J. Biden : il refuse de mettre en place un système international équitable, il ne fait que défendre les intérêts du Monde global. Tant que ces élites globalistes avaient l’espoir de voir la Russie se dissoudre dans le processus de négociation, Trump jouait le rôle du « gentil », de « l’ami » de Poutine, contre les « méchants ». Le « gentil » proposait la capitulation de la Russie par les négociations, quand les « méchants » proposaient la capitulation de la Russie sur le champ de bataille. La fin restait la même, seuls les procédés variaient.
La Russie n’a pas capitulé, elle avance sur le front, elle incarne donc l’ennemi existentiel pour cet ordre global, un ennemi qu’il va falloir abattre puisqu’il ne s’est pas suicidé. Dans cette logique, la rhétorique de D. Trump a radicalement changé. Il déclare ainsi tout d’abord que « la Russie est un tigre de papier », suivant en cela la logique de la propagande de guerre visant à décrédibiliser l’ennemi et à le montrer plus faible qu’il n’est, afin de donner du courage aux troupes. Il ajoute que « Moscou combat “sans but” dans une guerre qu’une “véritable puissance militaire” aurait gagnée en moins d’une semaine ».
