Plus de 40 personnes ont été tuées après la dernière série d’attaques israéliennes dans la bande de Gaza, rapporte vendredi les correspondants d’Al Jazeera sur place : « Vingt-neuf corps ont été transportés à l’hôpital al-Aqsa de Deir el-Balah ; les corps de 12 personnes tuées dans le nord de la bande de Gaza ont été transportés à l’hôpital al-Shifa, qui fonctionne à peine, dans la ville de Gaza. Au moins trois d’entre eux ont été tués lors d’un bombardement israélien dans le quartier de Sheikh Radwan, dans la ville de Gaza. Les forces israéliennes continuent à bombarder Khan Younès alors qu’elles amènent des renforts militaires dans la zone. » Le bilan non exhaustif des victimes de ces dernières 24 heures fait état de 12 massacres israéliens qui ont coûté la vie à 142 martyrs et blessé 278 Palestiniens dans la bande de Gaza.
Aux premières heures de la journée, des témoins ont fait état de tirs et de frappes aériennes à Khan Younès, principale ville du sud de la bande de Gaza où se cachent selon Israël de nombreux membres de la direction locale du Hamas. Le Croissant-Rouge palestinien a déploré « d’intenses » tirs d’artillerie « dans les environs » de l’hôpital local al-Amal, l’agence palestinienne Wafa faisant état de nombreux morts et blessés dans la nuit à Khan Younès, épicentre désormais des combats. « Les soldats appuyés par l’artillerie et l’aviation ont éliminé des dizaines de terroristes (dans des combats) au corps à corps » à Khan Younès, a indiqué l’armée israélienne affirmant avoir atteint le secteur « le plus au sud » de Gaza depuis le début de son déploiement terrestre qui avait commencé tout au nord du territoire palestinien.
A Tel-Aviv, le Premier ministre d’occupation a déclaré la veille jeudi aux Etats-Unis « qu’il s’oppose à la création d’un Etat palestinien dans le cadre de tout scénario d’après-guerre ». L’Associated Press a rapporté que l’annonce de Benyamin Netanyahu « dévoile les profondes divisions entre les deux alliés proches, trois mois après l’agression israélienne contre Gaza ». L’AP a souligné que « les États-Unis avaient précédemment annoncé que la création d’un État palestinien devait faire partie de la période post-guerre ».
- Netanyahu a déclaré lors d’une conférence de presse que « dans tout arrangement futur, Israël doit contrôler toutes les terres à l’ouest du Jourdain, et cela contredit l’idée d’établir un État palestinien », ajoutant que « le Premier ministre doit être capable de dire non à nos amis ».
Après cette déclaration, la Maison Blanche a de nouveau annoncé « qu’ il y aura un Gaza post-conflit, et qu’il ne sera pas réoccupé » , ajoutant que les USA ne cesseront pas de « travailler pour parvenir à une solution à deux États ».
Le mois dernier, le président américain a affirmé que « le gouvernement israélien ne veut pas d’une solution à deux États », soulignant que « Netanyahu doit changer son gouvernement extrémiste pour trouver une solution à long terme au conflit israélo-palestinien ». Joe Biden a indiqué que le gouvernement israélien actuel est « le gouvernement le plus extrême de l’histoire d’Israël et ne veut pas d’une solution à deux États », estimant que « la solution à deux États est la seule manière de garantir la sécurité des Palestiniens et des Israéliens ».
Deux ministres israéliens avaient alors répondu aux déclarations de J. Biden en déclarant que « Tel Aviv ne permettra jamais la création d’un État palestinien ». On crédite des pays arabes de préparer un plan de paix, selon des informations rapportées par le Financial Times (FT) le 18 janvier. La normalisation entre l’Arabie saoudite et l’État hébreu est de nouveau sur la table. En effet, pour arriver à un cessez-le-feu à Gaza et permettre la libération de tous les otages israéliens, les États arabes seraient, selon le FT, prêts à négocier une normalisation complète avec Israël en contrepartie de mesures « irréversibles » vers la création d’un État palestinien. Un haut diplomate arabe cité a fait part de son souhait d’arriver à un accord dans les prochaines semaines pour éviter un embrasement à l’échelle régionale.
Les pays arabes, principalement ceux du Golfe, s’activent en coulisses pour négocier avec les États-Unis et les Européens. « Le vrai problème est que les Palestiniens ont besoin d’espoir, il ne peut pas s’agir uniquement d’avantages économiques ou de la suppression des symboles de l’occupation », a martelé la source diplomatique citée par le FT.
Gadi Eisenkot, ministre du cabinet de guerre, a déclaré dans une interview accordée à l’émission de télévision Uvda, rapporté par Haaretz, que la responsabilité de B. Netanyahu dans l’attentat du 7 octobre est « claire et nette ». « Le Premier ministre est le premier, il est informé à la fois par Tsahal et par le Shin Bet, et il était impliqué, je sais qu’il était impliqué dans la construction de la clôture et dans d’autres activités. Il porte une responsabilité claire et nette. Il n’est pas nécessaire d’assumer la responsabilité, elle est là », a-t-il déclaré.
A Moscou, la diplomatie russe a appelé de son côté le Hamas, lors de pourparlers tenus dans la capitale russe, à libérer tous les otages, tout en jugeant que la crise humanitaire à Gaza était d’une « ampleur catastrophique ». Le Hamas a salué les efforts diplomatiques de la Russie et l’aide humanitaire apportée au peuple palestinien. « La partie russe a insisté sur la nécessité de libérer rapidement les civils capturés lors des attaques du 7 octobre 2023 et détenus par les factions palestiniennes », a indiqué vendredi 19 janvier le ministère russe des Affaires étrangères, après une rencontre entre le vice-ministre Mikhaïl Bogdanov et Moussa Abou Marzouk, membre du bureau politique du Hamas.
Un communiqué du Hamas, relayé par TASS, note que sa délégation « apprécie hautement les efforts diplomatiques de la Russie, ainsi que l’aide humanitaire officielle et populaire russe fournie au peuple palestinien dans la bande de Gaza ». Depuis le 7 octobre, Moscou a revendiqué une approche équilibrée face au conflit. Le Kremlin a condamné l’attaque du Hamas puis les frappes en représailles de l’État hébreu sur la bande de Gaza, appelant à un cessez-le-feu et répétant qu’une paix durable au Proche-Orient passait par la création d’un État palestinien. La Russie a néanmoins conservé des contacts avec la branche politique du mouvement islamique, accueillant en octobre dernier une délégation du Hamas afin d’œuvrer pour la libération de ses ressortissants, dont trois furent relâchés fin novembre. La Russie qui maintient des contacts avec l’entité sioniste a de surcroît dénoncé le « sabotage » par Washington du processus de paix au Proche-Orient depuis plusieurs décennies.
Depuis l’Ouganda, les dirigeants des pays du Mouvement des pays non alignés (NAM) ont dénoncé ce vendredi la campagne militaire israélienne à Gaza et exigé un cessez-le-feu immédiat, lors du sommet annuel du bloc de 120 membres. Des dizaines de chefs d’État et d’autres hauts responsables du MNA, formé officiellement en 1961 par des pays opposés à l’adhésion à l’un ou l’autre des deux principaux blocs militaires et politiques de l’époque de la guerre froide, participent à un sommet à Kampala. « Depuis le 7 octobre, nous avons assisté à l’un des actes de génocide les plus cruels jamais enregistrés dans l’histoire », a déclaré Salvador Valdes Mesa, vice-président cubain, dans un discours aux délégués. « Comment les pays occidentaux, qui prétendent être si civilisés, peuvent-ils justifier le meurtre de femmes et d’enfants à Gaza, les bombardements aveugles d’hôpitaux et d’écoles et le privation d’accès à l’eau potable et à la nourriture ? » Moussa Faki Mahamat, président de la commission de l’Union africaine, a appelé à la fin immédiate de ce qu’il a qualifié de « guerre injuste contre le peuple palestinien ».
Dans la bande de Gaza, la guerre continue. La résistance palestinienne, toutes branches confondues, continuent à croiser le fer avec l’entité sioniste. Ainsi, les Brigades al-Qassam disent avoir frappé les troupes israéliennes dans un quartier de Gaza-ville, ciblant un véhicule militaire israélien. Lors d’une autre attaque dans le même quartier, a indiqué le groupe dans un communiqué, des combattants palestiniens ont attaqué un groupe de soldats « enfermés à l’intérieur d’un bâtiment » avec une roquette et ont tiré un obus Yasin-105 sur un char israélien arrivé pour les soutenir. Les combattants palestiniens continuent d’attaquer les forces israéliennes dans le nord de la bande de Gaza, bien qu’Israël ait affirmé il y a quelques semaines avoir « nettoyé » la partie nord du territoire palestinien des principales forces de combat du Hamas.
Les forces israéliennes dans le nord de la bande de Gaza ont fait appel à l’aviation à plusieurs reprises jeudi contre des combattants palestiniens « qui représentaient une menace pour les forces terrestres israéliennes », ont déclaré l’Institute for the Study of War (ISW) et le Critical Threats Project (CTP), deux groupes de réflexion basés aux États-Unis, dans leur dernier rapport sur le champ de bataille.Une autre opération similaire a été rapportée par les correspondants à Gaza, ce qui en dit long sur l’âpreté des combats. Les Brigades Al-Quds ont assuré que de violents affrontements à l’aide de mitrailleuses et d’armes appropriées avec les soldats ennemis se déroulaient sur les lignes de front à l’est de la ville de Gaza.
Des médias israéliens avaient indiqué que 19 soldats israéliens ont été blessés au cours des dernières 24 heures, dont 13 soldats dans la bande de Gaza. Le quotidien Maariv a mis à nu l’incapacité de Tel-Aviv à lire correctement les données de la guerre en cours face à la résistance palestinienne. « Il semble que, tout comme l’armée israélienne avait une estimation erronée des services de renseignement sur la taille des tunnels dans la bande de Gaza, il en va de même en ce qui concerne l’estimation des services de renseignement sur le nombre des missiles présents dans la bande », y lit-on. En dépit de tout cela, l’establishment israélien persiste dans son aveuglement. Incapable qu’il est de prêter la moindre attention, y compris aux avis de ses alliés US.
