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Effondrement économique du Liban : Le patron de la Banque du Liban dans le viseur européen

Des enquêteurs européens sont attendus au Liban dès le mois prochain pour interroger le gouverneur de la Banque centrale. Il faut dire que Riad Salamé, et son frère, sont soupçonnés d’enrichissement illicite et de détournement de fonds. La défense de R. Salamé, toujours pas inquiété par une justice libanaise fortement politisée, dénonce déjà une immixtion dans les affaires libanaises.
Effondrement économique du Liban

La livre libanaise n’en finit pas de plonger dans les abysses, en dépit de quelques hausses timides.  Les Libanais qui endurent une érosion historique de leur pouvoir d’achat ont les yeux braqués sur le patron de la Banque centrale. Sa gestion monétaire qui s’apparente à des transactions spéculatives lui est profitable, ainsi qu’à ses soutiens.

Aux yeux des experts avisés, R. Salamé, propulsé à la tête de la Banque du Liban depuis la fin de la guerre civile, est tenu pour responsable de la crise économique et financière qui ravage le Liban. A cause d’une inflation galopante, plus de 90% des Libanais endurent la pauvreté.

La dépréciation de la livre libanaise par rapport au dollar qui se poursuit depuis 2020, a atteint lundi 26 décembre son summum. En l’espace de quelques heures, la monnaie libanaise est passée de 46 mille à près de 47.800. Avant de revenir, en l’espace d’un jour, à 42 mille dans le marché noir.

En 2019, la livre s’échangeait à 1.500 contre le dollar et ce depuis 1993. La fixation de ce taux, conjuguée à la hausse du taux d’intérêt a favorisé une économie rentière et provoqué l’endettement de l’Etat libanais, qui a sombré dans l’effondrement, selon les experts. Une sinistre ingénierie imputée à R. Salamé.

D. Elie Yachou’i, économiste libanais, a estimé au micro de la télévision al-Manar, que c’est le chef de la BDL qui est derrière toute cette manigance. Il qualifie la plateforme bancaire qu’il a créée « de crime financier et de source de gains illégitimes ». La preuve ? « Lorsqu’un commerçant achète des dollars au tarif de la plateforme qui est en deca de celui du marché réel, rien n’assure qu’il va vendre les marchandises qu’il importe en prenant en compte ce tarif », explique-t-il. Mais selon lui, ceux qui profitent de cette plateforme ce sont les sociétés de R. Salamé et ses complices. C’est « un spéculateur cambio », a-t-il taclé.
Ghassan Chammas, conseiller financier, a déclaré au journal libanais al-Akhbar que le patron de la BDL est « le premier spéculateur » du Liban, estimant que ce sont « ses singeries » qui provoquent l’effondrement de la livre libanaise.

La première de ces singeries étant la création même de la plateforme bancaire qui permet aux plus gros commerçants de se procurer des dollars à un tarif inférieur de celui du marché. Une ingénierie qui fait « gonfler les profits des banques, des membres de leurs conseil d’administration et des grands commerçants et changeurs de monnaies ».

L’expert libanais rejette les allégations qui attribuent l’effondrement de la livre libanaise à des facteurs aléatoires, notamment la contrebande vers la Syrie. C’est surtout la politique de R. Salamé d’imprimer et de pomper des livres libanaises dans le marché qui en est la véritable cause.

Les malversations de R. Salamé ne se cantonnent pas au Liban mais atteignent aussi l’Europe. Des enquêteurs européens devraient venir au Liban entre les 9 et 20 du mois de janvier prochain, a assuré un responsable judiciaire libanais sous le couvert de l’anonymat. Ce dernier rapporte que les délégations comprenant des juges, des procureurs généraux et financiers de trois pays européens, la France, le Luxembourg et l’Allemagne ont informé Ghassan Oweidat, procureur général de la Cour d’appel au Liban, qu’elles avaient l’intention « d’enquêter sur Salamé, des responsables de la Banque du Liban et sur les dirigeants de banques commerciales ».

Ces délégations judiciaires n’ont pas demandé l’assistance de la justice libanaise, mais « se sont contentées d’informer le Liban des dates de leur arrivée, de la date des interrogatoires qu’elles mèneront et des noms de ceux qui feront l’objet d’une enquête », a-t-il indiqué.

Dans ces trois pays, R. Salamé fait l’objet de plaintes pour détournement de fonds, transfert illégal de fonds, blanchiment d’argent, fraude fiscale et enrichissement illicite. 120 millions d’euros de ses biens ont été gelés en France qui suspecte sa collaboratrice ukrainienne de complicité dans certaines de ses malversations. De même pour son autre collaboratrice, une actrice libanaise qui est sous le coup d’une enquête judiciaire au Liban lequel a interdit R. Salamé, de voyage.

En dépit de cela, Salamé ne semble pas pour autant inquiet.  En 2020, David Schenker, ex-vice-secrétaire d’état américain, a assuré pour Sky News que « ce n’est pas un secret que Washington entretient avec le directeur de la BDL des relations fructueuses».

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