Tout en estimant que les discussions au Pakistan s’étaient « bien » passées et que « la plupart des points avaient fait l’objet d’un accord », le président américain a affirmé sur sa plateforme Truth Social que Téhéran avait refusé tout compromis sur la question nucléaire. « À compter de maintenant, la marine américaine, la meilleure au monde, entamera le processus de BLOCUS de tous les navires tentant d’entrer ou de sortir du détroit d’Ormuz », a-t-il écrit à propos de la voie maritime stratégique par laquelle transite un cinquième du pétrole brut mondial et située entre l’Iran et le Sultanat d’Oman.
Dans deux longs messages, rapporte l’AFP, le président américain a averti : « Tout Iranien qui nous tire dessus, ou qui tire sur des navires pacifiques, sera PULVÉRISÉ ! », laissant entendre que « d’autres pays » seraient impliqués dans l’effort de blocus, sans toutefois les nommer. D. Trump a aussi assuré avoir donné pour instruction à la marine américaine de surveiller et d’intercepter tout navire se trouvant dans les eaux internationales et versant des redevances à l’Iran. « L’Iran ne sera pas autorisé à tirer profit de l’imposition de droits de transit illégaux ; il s’agit d’un acte d’extorsion », a-t-il taclé.
Le commandement des forces navales des Gardiens de la révolution islamique a riposté à cette annonce indiquant que « le moindre faux pas de l’ennemi dans le détroit d’Ormuz le placera dans une zone de danger mortel. » Et de rappeler que « tout le trafic de transit par le détroit d’Ormuz est sous le contrôle total de nos forces armées ».
Ebrahim Azizi, chef de la Commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du Parlement iranien, a qualifié les propos de D. Trump de « pure exagération et bavardages excessifs ». Selon lui, « le président américain exprime ses souhaits et parle de ses rêves et de ses exigences, qui n’ont jamais été réalisés et ne le seront jamais. »
Un responsable américain a confié au site d’information américain Axios que l’administration américaine « voudrait ôter la carte du détroit d’Ormuz des mains des Iraniens ». Cette annonce intervient alors que les négociations menées à Islamabad entre les Etats-Unis et l’Iran ont échoué dimanche, laissant planer un doute sur le respect de la trêve de deux semaines actuellement en cours.
Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien qui menait la délégation iranienne, a pour sa part, critiqué sur X les Etats-Unis « incapables » selon lui de gagner la confiance de l’Iran lors des discussions.
Samedi, l’armée américaine avait annoncé que deux navires de guerre américains avaient franchi le détroit d’Ormuz, marquant le début d’une opération de déminage. Des affirmations démenties par Téhéran. Bloomberg, citant les services de renseignement, écrit que deux destroyers de la marine américaine ont tenté de traverser le détroit d’Ormuz, mais ont été contraints de faire demi-tour après un avertissement du Corps des gardiens de la révolution islamique et le lancement d’un drone en direction des navires.
« Malgré les nombreuses initiatives présentées par la partie iranienne, les exigences excessives et irrationnelles de la partie américaine ont empêché tout progrès dans les négociations », c’est ce qu’a déclaré, dimanche à l’aube, la télévision iranienne. Elle a ajouté que « la délégation iranienne a mené des négociations continues et intensives pendant 21 heures, dans le but de préserver les intérêts nationaux du peuple iranien ».
De son côté, l’agence iranienne Tasnim a rapporté la fin des pourparlers entre l’Iran et les États-Unis à Islamabad sans parvenir à un accord, soulignant que les exigences américaines exagérées ont entravé l’établissement d’un cadre commun.
Dans le même contexte, J.D. Vance, vice-président américain, a tenu une conférence de presse à Islamabad. « Nous avons mené de longues heures de négociations avec les Iraniens, mais nous n’avons pas abouti à un accord », a-t-il déclaré. Il a précisé que les discussions ont duré 21 heures, ajoutant. « Nous n’avons pas pu atteindre les objectifs fixés ; nous avons fait preuve d’une grande flexibilité, mais l’Iran a choisi de ne pas accepter les conditions américaines. » Et de conclure en affirmant : « Nous rentrons aux États-Unis sans accord avec l’Iran. Nous avons négocié pendant de longues heures sans parvenir à un compromis satisfaisant. »
En réaction, le sénateur démocrate Andy Kim s’est interrogé : « Vance pensait-il résoudre des décennies de conflits avec l’Iran en un jour ? Il a passé cinq jours en février à flâner aux Jeux olympiques d’hiver ». Et d’ajouter: « L’Iran a obtenu le plus haut niveau de négociation jamais engagé avec les USA et contrôle toujours le détroit d’Ormuz, tandis que Vance semble capituler ».
Pour sa part, la chaine américaine CNN a estimé que le refus de l’Iran de se plier aux « lignes rouges » imposées par la politique américaine reflète la conviction de Téhéran d’être en position de force. De son côté le New York Times, citant des responsables iraniens proches des discussions a rapporté que « Washington a exigé de Téhéran la réouverture immédiate du détroit d’Ormuz ». L’Iran a refusé de rouvrir le détroit d’Ormuz sans un accord final, a-t-il ajouté.
Dans ce contexte, Bloomberg, se basant sur des données maritimes a affirmé que deux pétroliers ont fait demi-tour après avoir été soudainement immobilisés alors qu’ils tentaient de traverser le détroit d’Ormuz.
Baquer Qalibaf, principal négociateur iranien, a affirmé: « Avant le début des négociations, j’ai affirmé que nous possédions la bonne foi et la volonté nécessaires, mais que nous n’avions pas confiance en la partie adverse en raison des expériences des deux guerres précédentes. Les membres de la délégation iranienne ont présenté des initiatives positives et progressistes, mais la partie adverse n’a finalement pas réussi à gagner la confiance de la délégation iranienne lors de ce cycle de négociations. Les USA ont compris notre logique et nos principes ; il est maintenant temps pour elle de décider si elle est capable ou non de gagner notre confiance » a affirmé M. Baquer Qalibaf, principal négociateur iranien. « Nous considérons la diplomatie de la force et du respect comme une autre voie, aux côtés de la lutte militaire, pour obtenir les droits du peuple iranien. Nous ne cesserons pas un seul instant de chercher à consolider les acquis des quarante jours de défense nationale iranienne.Je tiens également à remercier les efforts de l’État ami et frère du Pakistan pour avoir facilité le processus de ces négociations, et je salue le peuple pakistanais », a-t-il ajouté. « L’Iran est une entité unique composée de 90 millions d’âmes. Je remercie tout le peuple iranien héroïque qui a répondu aux directives du Guide suprême de la Révolution, est descendu dans la rue pour soutenir ses fils et nous a accompagnés de ses prières. Je dis « Khoda Quat » (Que Dieu vous donne la force) à mes collègues pour ces négociations intensives qui ont duré 21 heures ».
Auparavant, Ismaïl Baghaei, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, a déclaré que les deux parties sont parvenues à une entente sur une série de sujets, mais qu’un fossé subsiste dans les points de vue sur des questions importantes, empêchant finalement les discussions d’aboutir à un accord. « Nous avons examiné au cours des négociations les 10 points iraniens ainsi que les points de la partie américaine », ajoutant que « la voie de la diplomatie n’est pas fermée ; c’est un moyen permanent de préserver nos intérêts nationaux », a-t-il fait savoir, rapporte l’agence Tasnim. « Ces négociations ont eu lieu après 40 jours de guerre d’agression, dans un climat de méfiance et de suspicion. Il est naturel de ne pas s’attendre, dès le départ, à parvenir à un accord en une seule session. Personne ne s’y attendait , a-t-il noté tout en relevant que « l’autre point concerne la complexité des dossiers et des circonstances. Certains nouveaux sujets, comme la question du détroit d’Ormuz, ont été ajoutés lors de ces négociations, et chacun comporte ses propres complexités ». Et d’ajouter: « En tant qu’appareil diplomatique, nous devons, quelles que soient les circonstances, poursuivre la défense des droits et des intérêts du peuple iranien. »
Par ailleurs, Ishaq Dar, ministre pakistanais des Affaires étrangères, a appelé les parties iranienne et américaine à continuer de respecter l’accord de cessez-le-feu, malgré l’échec de leurs discussions visant à instaurer une paix durable au Moyen-Orient. Dans un communiqué, il a affirmé qu’« Islamabad poursuivra les efforts nécessaires pour parvenir à un accord entre les parties iranienne et américaine », soulignant « le rôle du Pakistan dans le soutien au dialogue et le rapprochement des points de vue ». Il a précisé que « les délégations iranienne et américaine ont tenu plusieurs cycles de négociations, qui se sont achevés ce dimanche matin ».
A signaler, selon The Guardian, qu’au Royaume-Uni, plus de 12 000 militaires américains sont stationnés au Royaume-Uni, opérant depuis au moins 15 bases et installations. Elles sont disséminées dans la campagne britannique, portent l’inscription « Royal Air Force » mais sont sous le contrôle du président et commandant en chef des États-Unis. En outre, la police irlandaise a annoncé dimanche l’arrestation d’un quadragénaire qui a pénétré dans « une zone non autorisée » de l’aéroport stratégique de Shannon. Dans une vidéo, on voit l’individu montant sur l’aile d’un avion de l’armée de l’air américaine. Il a été arrêté pour des faits présumés de dégradation criminelle. Une enquête est en cours.
