La Bourse de Tokyo a dégringolé de presque 4% peu après l’ouverture, tandis que Séoul et Sydney lâchaient quelque 2%. A l’ouverture, les places chinoises devraient également accuser le coup après la nouvelle taxation astronomique imposée par Washington aux produits venant de Chine. A la Bourse de Tokyo vers 00H20 GMT, l’indice vedette Nikkei chutait de 3,11% à 34.636 points tandis que l’indice élargi Topix abandonnait 3,16% à 2.564 points. La Bourse de Séoul reculait elle de 1,84% après avoir lâché presque 3% dans les premiers échanges. A Sydney, l’indice S&P/ASX200 perdait 1,56%, après avoir lui aussi perdu jusqu’à 2%.
Les marchés boursiers étaient balayés par l’onde de choc de l’annonce par Washington d’une offensive protectionniste sans équivalent depuis les années 1930. Outre un droit de douane plancher supplémentaire de 10% sur toutes les importations, les économies asiatiques sont particulièrement touchées par des majorations ciblant les pays jugés commercialement hostiles par l’administration Trump. Les marchandises du Japon seront ainsi taxées à 24%. Les taux ont été fixés à 26% pour l’Inde, 46% pour le Vietnam, 25% pour la Corée du Sud, 36% pour la Thaïlande, 32% pour Taïwan… Et l’addition est astronomique pour la Chine, dont les produits feront l’objet d’une nouvelle taxe à l’importation de 34% s’ajoutant aux 20% de droits de douane additionnels déjà mis en place. Les exportations australiennes aux Etats-Unis se verront, elles, imposer 10% de taxes: des droits « totalement injustifiés », a réagi Canberra.
Les investisseurs tentent de digérer les conséquences des barrières douanières: « Il est difficile d’évaluer l’impact si peu de temps après leur annonce, et un sentiment d’incertitude demeure », notent les experts de Tokai Tokyo Intelligence.
Par ailleurs, des surtaxes américaines de 25% ciblant les importations automobiles débuteront ce mercredi: à Tokyo, les constructeurs auto, qui avaient souffert ces dernières séances, continuent de dégringoler, à l’image de Toyota (-3,82%). Les grands groupes exportateurs boivent la tasse, y compris le géant des jeux vidéo Nintendo, qui s’est effondré de presque 6% dans la foulée de ses annonces sur la nouvelle Switch 2.
Dans les échanges électroniques après la clôture de Wall Street, en général plus volatils, les trois principaux indices de la place américaine ont baissé brusquement. Vers 23H40 GMT, le Dow Jones chutait de 2,40%, l’indice Nasdaq de 4,25% et l’indice élargi S&P 500 de 3,40%.
« Le point positif pour les investisseurs pourrait être qu’il ne s’agit que d’un point de départ pour les négociations avec d’autres pays et qu’en fin de compte, les tarifs douaniers baisseront de manière générale », a commenté Chris Zaccarelli, de Northlight Asset Management.
Les valeurs technologiques, dont une partie des composants sont produits à l’étranger, comme à Taïwan, étaient à la peine, Apple lâchant 7,30%, Nvidia 5,29%…
Valeur refuge par excellence, les investisseurs se sont rués sur l’or, qui a par la même occasion battu son record historique, à plus de 3.160 dollars l’once. Depuis le début de l’année, le cours de l’or a explosé d’environ 20%.
Le marché obligataire joue aussi son rôle de refuge, avec une forte détente du rendement des emprunts d’Etat américain et japonais.
Quelques minutes après les premiers mots du locataire du Bureau ovale mercredi, le dollar a chuté de plus de 1% face à l’euro avant de limiter ses pertes: vers 00H30 GMT, un euro valait 1,0896 dollar. La devise américaine pâtit des inquiétudes sur la santé de l’économie américaine et des perspectives d’inflation aux Etats-Unis. En début d’échanges asiatiques, le billet vert a plongé de plus de 1% face au yen, considéré comme une monnaie plus sûre. Vers 00H30 GMT, la devise nippone s’appréciait encore de 0,8% à 148,16 yens pour un dollar.
Les cours du pétrole ont glissé en début d’échanges asiatiques, la guerre douanière étant susceptible de plomber la demande énergétique. Vers 00H30 GMT, le cours du baril de WTI américain reculait de 2,89% à 69,64 dollars et celui de Brent de la mer du Nord de 2,75% à 72,89 dollars.
Actifs particulièrement spéculatifs, les cryptomonnaies souffraient du vif regain d’aversion pour le risque: le bitcoin dégringolait de 2,8% à 83.304 dollars.
Désinvestissement chinois
Bloomberg News a rapporté que « la Chine a pris des mesures pour restreindre les investissements des entreprises nationales aux États-Unis, selon des personnes proches du dossier, une mesure qui pourrait donner à Pékin un plus grand poids dans les négociations commerciales potentielles avec l’administration Trump ».
« Plusieurs branches de la Commission nationale du développement et de la réforme, le principal organe de planification économique de la Chine, ont reçu ces dernières semaines des instructions pour reporter l’enregistrement et l’approbation des entreprises souhaitant investir aux États-Unis », ont indiqué des sources à Bloomberg, demandant l’anonymat en raison de la sensibilité de ces questions.
La Chine a auparavant imposé des restrictions sur certains investissements étrangers pour des raisons liées à la sécurité nationale et aux flux de capitaux sortants. Selon Bloomberg, « les nouvelles mesures mettent en évidence les tensions persistantes entre les deux plus grandes économies du monde, dans le contexte de l’escalade des tarifs douaniers de Donald Trump ». Selon les derniers chiffres disponibles, le total des investissements chinois à l’étranger aux États-Unis a atteint 6,9 milliards de dollars en 2023. La même source a jouté « qu’ il n’y a aucune indication que les engagements existants des entreprises chinoises aux États-Unis et ailleurs, ou les achats et les avoirs de la Chine en produits financiers, y compris les titres du Trésor américain, seront affectés ».
On ne sait pas encore pourquoi la Commission nationale du développement et de la réforme a suspendu le traitement des demandes, ni combien de temps durera cette suspension.
Un mémorandum publié par le président américain en février dernier demandait à un comité gouvernemental clé de limiter les dépenses chinoises dans les domaines de la technologie, de l’énergie et d’autres secteurs stratégiques américains. Bloomberg News a rapporté plus tôt cette année que « la Chine resserrait déjà les contrôles sur les investissements étrangers des entreprises nationales après que des sorties record de capitaux ont exercé une pression sur le yuan ».
Le reste à l’avenant
Depuis Bruxelles, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a prononcé un discours d’urgence après que D. Trump a imposé des droits de douane. Elle s’est abstenue d’annoncer des mesures de rétorsion commerciale, tout en appelant le président américain à négocier. « Il n’est pas trop tard pour dissiper les inquiétudes au cours des négociations. <…> Nous nous préparons actuellement à prendre d’autres contre-mesures pour protéger nos intérêts et nos entreprises en cas d’échec des négociations. […] Je sais que beaucoup d’entre vous sentent être trompés par notre plus ancien allié », a-t-elle déclaré. « Je regrette profondément ce choix ». La présidente de la Commission européenne a déclaré que l’imposition de ces droits de douane aurait des conséquences « désastreuses » pour l’économie mondiale. « L’économie mondiale va souffrir massivement. Les conséquences seront désastreuses pour des millions de personnes dans le monde et pour les pays les plus vulnérables », a-t-elle déclaré.
Mark Carney, Premier ministre canadien, a déclaré à son tour que le Canada agirait « de manière ciblée et décisive » pour lutter contre les nouveaux droits de douane américains. « Nous allons combattre ces droits de douane par des contre-mesures. Nous allons protéger nos travailleurs », a-t-il déclaré. Bien que le Canada ne figure pas sur la liste des pays soumis aux nouveaux droits de douane, il est frappé de droits de douane de 25% sur les voitures.
Simon Harris, vice-Premier ministre irlandais, a déclaré qu’il « regrettait profondément l’annonce » du président Trump et que les droits de douane de 20 % « pourraient avoir un effet significatif sur les investissements irlandais et l’économie au sens large » et que leur impact « devrait se faire sentir pendant un certain temps ». Donald Tusk, Premier ministre polonais, a appelé l’UE à répondre de manière adéquate aux droits de douane américains. « L’amitié est synonyme de partenariat. Le partenariat implique des devoirs réels et véritablement réciproques », a-t-il déclaré, ajoutant que des solutions adéquates étaient nécessaires. Le président français a annoncé réunir le 3 avril les représentants des filières affectées par les nouvelles hausses des droits de douane. Le secteur des vins et spiritueux français devrait être particulièrement concerné. Selon les estimations de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS), les ventes de vins et spiritueux français peuvent chanceler d’au moins 20%.