Pour donner plus d’éclat à sa visite du président syrien de transition aux États-Unis, où il a prononcé le premier discours d’un président syrien à l’ONU depuis près de six décennies, les États-Unis ont annoncé des modifications officielles du mécanisme des sanctions imposées à la Syrie. Cette annonce intervient alors que Recep Tayyip Erdoğan, président turc, intensifie ses efforts pour parvenir à une « solution commune » au problème de « l’ administration autonome kurde », en coopération avec le président américain, qui a promis une « annonce importante » concernant la Syrie avant de recevoir le Premier ministre israélien.
Benyamin Netanyahu, pour sa part, a déclaré avant son départ pour les États-Unis que tout accord de sécurité avec la Syrie garantirait « les intérêts d’Israël », confirmant ainsi son adhésion aux conditions imposées par Tel-Aviv en échange de la signature de l’accord.
Arrivé à New York grâce à une exemption obtenue par les États-Unis auprès du Conseil de sécurité, compte tenu de son inscription sur la liste des organisations terroristes de l’ONU A. Al-Sharaa a pris la parole aux Nations Unies pour consolider le discours adopté par les autorités de transition en se déclarant ouvertes à tous les pays et à toutes les puissances, en tournant la page sur le passé syrien, qui s’étend sur près de six décennies, et en s’engageant à reconstruire la Syrie « détruite par Assad » et à traduire en justice tous les auteurs de crimes, quelle que soit leur position. Il a aussi abordé la position de la Syrie envers Israël, rappelant que ce pays représente une menace majeure depuis la chute de l’ancien régime tout en affirmant que « la Syrie est attachée à l’accord de désengagement de 1974 », le présentant comme la base de tout accord de sécurité avec Tel-Aviv, lequel pourrait être annoncé dans les prochaines heures. Parallèlement, A. al-Sharaa a rencontré R.T. Erdoğan qui a consacré une part importante de ses activités en marge des réunions à la question syrienne et en a longuement discuté avec D. Trump. Ce dernier a réitéré sa position concernant la Turquie, qu’il a une nouvelle fois félicitée pour le renversement du régime syrien, déclarant : « Erdoğan est responsable de la victoire en Syrie. C’est une victoire pour la Turquie ». Ces propos interviennent alors que le ministère turc de la Défense a intensifié sa rhétorique contre les Forces démocratiques syriennes (FDS), dans un contexte de tensions persistantes sur le front entre ces dernières et les factions de l’Armée nationale syrienne soutenues par la Turquie en Syrie. « La Turquie est déterminée à maintenir une coopération étroite avec le gouvernement syrien, notamment dans la lutte contre les organisations terroristes », a assuré un porte-parole du ministère de la Défense. « La Turquie soutient le principe d’un seul État, une seule armée, au nom de la stabilité et de la sécurité en Syrie et de la paix dans la région », a-t-il ajouté faisant référence à la persistance d’Ankara à rejeter la décentralisation en Syrie et à sa tentative d’accroître la pression sur les FDS pour qu’elles s’engagent dans la nouvelle structure des autorités de transition sous couvert d’un système de gouvernement centralisé.
Lors de sa visite, l’homme fort de Damas a également rencontré le président ukrainien Volodymyr Zelensky et signé avec lui une déclaration commune annonçant la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays, totalement rompues en 2022 après la reconnaissance par la Syrie de l’indépendance des Républiques populaires de Donetsk et de Louhansk. Kiev a réagi en rompant ses liens avec Damas.
Le président syrien de transition, a également eu de brèves rencontres avec Emmanuel Macron, président français et D. Trump, lors d’une réception offerte par ce dernier en marge de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York.
Afin d’apporter un soutien officiel aux autorités syriennes de transition, le département du Trésor américain a annoncé une modification complète et définitive du règlement sur les sanctions imposées à la Syrie depuis 2011. Il l’a notamment rebaptisé « Règlement visant à promouvoir la responsabilité pour Assad et la stabilisation régionale » (PAARSS), au lieu de « Règlement sur les sanctions contre la Syrie ». Dans un communiqué, le département du Trésor a estimé que « ce nouveau nom reflète une évolution de la politique américaine, passant d’un simple ciblage de l’ancien régime à une approche plus large incluant toute partie menaçant la stabilité en Syrie et dans la région ». Le département du Trésor a expliqué que « cette décision répond à l’évolution de la réalité politique après la chute du régime » et vise à « renforcer les outils de responsabilisation juridique » contre les personnes impliquées dans des crimes et des violations.
Quatre sources proches des négociations israélo-syriennes ont indiqué à Reuters que « les efforts visant à conclure un accord de sécurité entre la Syrie et Israël ont été entravés à la dernière minute par la demande d’Israël d’ouvrir un corridor humanitaire vers la province de Soueida, dans le sud de la Syrie ».
Ces dernières semaines, la Syrie et Israël étaient sur le point de s’entendre sur les grandes lignes d’un accord, après des mois de négociations menées sous l’égide des États-Unis à Bakou, Paris et Londres, et qui se sont accélérées à l’approche de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York cette semaine. « L’accord visait à établir une zone démilitarisée qui inclurait la province de Soueida, où des violences interconfessionnelles ont fait 2 026 morts en juillet dernier, notamment des exécutions sommaires, des bombardements israéliens et d’autres violences armées », selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme.
Lors de précédentes négociations à Paris, Israël a demandé l’ouverture d’un corridor humanitaire vers Soueida pour l’acheminement de l’aide, mais la Syrie a rejeté cette demande, la jugeant contraire à sa souveraineté. Selon deux responsables israéliens, une source syrienne et une source à Washington au courant des discussions, Israël a réitéré sa demande à un stade avancé des négociations. La source syrienne et la source à Washington ont déclaré que « la nouvelle demande israélienne a fait dérailler le projet d’annoncer un accord cette semaine ». Ce nouveau point de friction n’avait pas été signalé auparavant.
De son côté, Tom Barrack, envoyé américain médiateur des négociations entre la Syrie et Israël, a déclaré mardi que « les deux ennemis jurés » étaient sur le point de conclure un « accord de désescalade » aux termes duquel Israël cesserait ses attaques et la Syrie s’engagerait à ne déplacer aucun véhicule militaire ni aucun équipement lourd à proximité de la frontière avec Israël. Il a déclaré « qu’il s’agit d’une première étape vers l’accord de sécurité actuellement négocié par les deux pays ». Un diplomate proche du dossier a rapporté que « les États-Unis semblent revenir sur un accord de désescalade plutôt que sur un accord de sécurité ».
Un responsable syrien a également déclaré à Reuters que « les discussions précédant l’ouverture de l’Assemblée générale des Nations Unies étaient positives, mais qu’aucune autre discussion n’avait eu lieu avec des responsables israéliens cette semaine ».
Dimanche dernier, la chaîne israélienne Channel 13 a rapporté qu’un « accord a été trouvé sur la plupart des points ou clauses » de l’accord de sécurité en cours d’élaboration avec la Syrie, soulignant que « le principal point de discorde est la liberté de l’armée de l’air israélienne d’opérer dans l’espace aérien syrien ». Le président syrien de transition avait indiqué « qu’un accord avec Israël, négocié par les États-Unis, serait probablement signé dans les prochains jours, affirmant qu’il serait similaire à l’accord de 1974 ».
