Pour El Pais, le scénario s’appuie sur un précédent de 2007, lorsque Rabat avait rappelé son ambassadeur pour protester contre la visite du roi Juan Carlos Iᵉʳ et de la reine Sofía dans les mêmes villes.
Mardi, Elma Saiz, porte-parole du gouvernement espagnol, a qualifié cette visite d’« historique », tout en insistant sur le fait qu’elle s’inscrit dans la « normalité absolue d’un déplacement du roi et de la reine dans deux villes espagnoles ». Des sources à la Moncloa ont pourtant mis en avant les « excellentes relations diplomatiques » avec le Maroc, espérant que la visite se déroule dans un climat serein.
Selon la même source, cette visite intervient après des tensions non déclarées entre le palais royal et le gouvernement espagnol au sujet de son calendrier, dans le contexte de l’afflux des migrants à Sebta fin juillet. Elle coïncide aussi avec des révélations sur des incursions de navires de guerre marocains dans les eaux de la ville les 30 et 31 juillet. Le gouvernement affirme avoir réglé cet incident dans le cadre des relations de bon voisinage.
Selon les derniers chiffres officiels arrêtés lundi, 11 686 personnes sont retournées au Maroc, dont 10 161 volontairement et 525 après expulsion. L’identité de 3 019 mineurs a également été enregistrée, 89 d’entre eux ont été transférés dans des cadres de regroupement familial et 173 relocalisés dans le cadre de la répartition obligatoire entre les régions de l’Espagne continentale, y compris dans des communautés ayant précédemment refusé de les accueillir.
A souligner que les souverains espagnols se sont rendus mercredi à Melilla, au lendemain à leur visite de Sebta. C’est la première visite royale dans la ville depuis celle Juan Carlos et de la reine Sofia en novembre en 2007.
Des milliers de personnes se sont rassemblées place d’Espagne à Melilla pour les accueillir, agitant des drapeaux et scandant « Vive l’Espagne » et « Melilla n’est pas à vendre ». À leur arrivée vers midi, le couple royal a été accueilli par le président de la ville, Juan José Imbroda, accompagné d’élus locaux.
Autre fait notable, le colonel Jesús Rueda Jiménez, commandant de la Garde civile à Melilla, s’est félicité de la « coopération quotidienne et étroite » avec la Gendarmerie royale marocaine, qui garantit selon lui l’efficacité des opérations de sécurité des deux côtés de la frontière. Lors de la célébration de la « fête de Notre-Dame du Pilier », l’officier espagnol a déclaré que cette collaboration avait été décisive pour stopper plus de 6 000 tentatives d’entrée à Melilla les 30 et 31 juillet, dans le sillage des événements de Sebta, rapporte l’agence de presse Europa Press.
Certaines de ces tentatives se sont déroulées avec une « extrême violence », a-t-il precisé. Plus de 1 000 migrants ont été repoussés et renvoyés au Maroc, en coordination avec les autorités marocaines. Selon lui, la réponse apportée pendant ces deux journées a permis de contenir la pression migratoire dans les semaines suivantes, malgré des appels persistants à de nouvelles tentatives d’entrée, que les forces de sécurité ont traités.
Bruxelles donne de la voix
La présidente de la Commission européenne a réaffirmé la volonté de l’Union européenne à coopérer avec le Maroc sur les questions migratoires et sécuritaires. Elle a également promis son soutien à l’Espagne pour le retour des migrants entré irrégulièrement à Sebta, conformément à l’engagement de Rabat de les réadmettre.
Dans une lettre adressée aux dirigeants de l’UE avant leur sommet prévu jeudi et vendredi à Bruxelles, Ursula von der Leyen présente ce partenariat avec le Maroc comme une coopération stratégique et globale, qui tire des leçons de la crise de Sebta. Ce partenariat couvre la prévention des départs illégaux, le renforcement de la gestion des frontières, l’échange d’informations, et l’amélioration de la coordination sur les retours et les réadmissions, ainsi que la lutte contre les réseaux de passeurs.
Selon le dernier projet de conclusions du sommet, consulté par Europa Press, les dirigeants européens devraient exprimer leur « solidarité et soutien » à l’Espagne suite à l’arrivée massive de migrants à Sebta les 30 et 31 juillet. Bien que le Maroc n’y est pas cité, le texte souligne la situation particulière des Présides, seules frontières terrestres de l’UE avec l’Afrique.
U. von der Leyen met en avant une baisse de 56 % des arrivées irrégulières dans l’UE entre 2022 et 2026, tandis que le taux de retour a augmenté de 17 % à 32 %. Elle a néanmoins appelé à la vigilance, soulignant que la crise de Sebta a démontré la rapidité avec laquelle un afflux soudain peut mettre les frontières européennes sous pression, avec des conséquences humaines tragiques.
Sur la scène politique marocaine, c’est l’Alliance de la gauche, composée de la Fédération de la gauche démocratique et du Parti socialiste unifié, qui a dénoncé la visite du roi d’Espagne Felipe VI à Sebta et Melilla, les 13 et 14 octobre.
Dans un communiqué, l’alliance a qualifié cette visite de « nouvelle escalade contre le Maroc, État et peuple ». Elle a exprimé sa désapprobation face à ce qu’elle appelle une « démarche provocatrice » de l’État espagnol, qui chercherait à « légitimer à tort l’occupation espagnole des deux villes marocaines, en violation flagrante des lois et normes internationales ». Elle dénonce le silence du gouvernement marocain face à cet événement.
Par ailleurs, elle a réaffirmé que la lutte du peuple marocain pour libérer et réunifier toutes les parties de son territoire national se poursuivra, malgré les pressions et manœuvres. Elle reste déterminée à revendiquer les territoires qu’elle considère occupés et à parachever l’unité territoriale du Royaume.
L’alliance a également souligné que le futur de la coopération et du partenariat avec les pays de l’Union européenne, notamment l’Espagne, repose sur le respect de la souveraineté du Maroc et de ce qu’elle qualifie de revendications légitimes, à commencer par la récupération de ses territoires occupés et l’achèvement de son unité territoriale.

