Le porte-parole des Forces armées yéménites a déclaré à l’aube dans un communiqué que « les Forces armées yéménites ont réussi à abattre un drone de reconnaissance armé de type Wing Loong II appartenant à l’ennemi saoudien, qui menait des actions hostiles dans le ciel du gouvernorat de Marib », confirmant que le ciblage de l’appareil « a été effectué avec une arme appropriée ». Il s’agit du 26ᵉ appareil que les Forces armées yéménites réussissent à abattre au cours de la période allant du 3 juillet au 16 octobre 2026, du deuxième ciblé en moins de 24 heures, et du huitième de type Wing Loong II de fabrication chinoise abattu depuis la fin de la désescalade entre le Yémen et l’Arabie saoudite, selon le site yéménite Al-Masirah.
Sur le plan sanitaire, le porte-parole du ministère de la Santé et de l’Environnement à Sanaa, Anis Al-Asbahi, a annoncé que « le bilan de l’escalade saoudienne du 3 septembre au 5 octobre 2026 a atteint 427 martyrs et blessés, dont 120 martyrs et 307 blessés, les femmes et les enfants représentant plus de 60 % d’entre eux, tandis que les gouvernorats de Taëz, Saada et Al-Jawf ont enregistré la plus forte proportion de martyrs et de blessés au cours de cette période », indiquant que « le bilan cumulé declaré des victimes de l’agression saoudienne est passé à 53 215 martyrs et blessés, dont 16 349 martyrs ».
A. Al-Asbahi a souligné, lors d’une conférence de presse, que « l’agression saoudienne a anéanti l’infrastructure du secteur de la santé, provoqué la propagation de maladies et d’épidémies, et détruit totalement plus de 139 hôpitaux ainsi que près de 190 ambulances ». Il a relevé que « 55 % des établissements de santé ont été ciblés et hors de service en raison de l’agression saoudienne, et que le maintien du siège saoudien sur l’aéroport de Sanaa prive des centaines de milliers de malades de voyager pour se faire soigner à l’étranger, provoquant une pénurie de plus de 1 600 types de médicaments, dont 12 types de traitements spécifiques contre le cancer », ajoutant que « plus de 125 000 malades du cancer souffrent du manque de médicaments vitaux, ce qui met leur vie en danger ».
Il a noté que « plus de 40 000 patients atteints de thalassémie et de troubles sanguins souffrent d’un manque de médicaments et de solutions thérapeutique, et plus de 8 000 insuffisants rénaux souffrent d’un manque de fournitures, d’équipements et de médicaments spécifiques pour la dialyse ».
S’agissant de l’aggravation de la malnutrition et de ses risques, il a confirmé que « plus de 3 600 000 enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë, plus de 1 800 000 enfants souffrent de malnutrition sévère, et plus de 45 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de retard de croissance en conséquence, tandis que plus de 6 millions de femmes enceintes et allaitantes ont été affectées par la malnutrition aiguë et modérée au cours de la période de 2017 à 2024 ».
Depuis la reprise des hostilités en juillet, les forces yéménites de Sanaa multiplient les frappes de missiles et de drones contre l’Arabie saoudite, en riposte à l’offensive qu’elle a déclenchée pour soutenir de factions yéménites supplétives dans leurs combats terrestres. Selon leur porte-parole le général Yahia Saree, l’Arabie saoudite a lancé plus de 2.000 raids et attaques de missiles sur le sol yéménite.
Depuis début septembre, les soldats de Sanaa ont multiplié les frappes aussi bien contre les sites énergétiques du premier exportateur mondial de brut que des aéroports, dont celui de Riyad, ciblé à 20 reprises en octobre. Leurs projectiles peuvent aussi atteindre le détroit de Bab el-Mandeb qui commande, au sud de la mer Rouge, l’accès au canal de Suez. Jeudi, cinq missiles des forces de Sanaa ont frappé le siège du gouvernement pro saoudien à Aden, y frappant notamment un QG de la coalition dirigée par Riyad. Des Yéménites et des Saoudiens figuraient parmi les 5 tués et 16 blessés.
A l’origine de cette campagne, après quatre ans de trêve dans le conflit yéménite déclenché en 2014, le bombardement saoudien en juillet de l’aéroport de Sanaa, la capitale yéménite, pour maintenir le contrôle de l’espace aérien par Riyad et le blocus imposé depuis 2015. Ce que Sanaa refuse, imposant l’équation « blocus contre blocus et escalade contre escalade ». Ses forces ont imposé un blocus naval aux navires saoudiens en mer Rouge.
L’arsenal de Sanaa
L’AFP a rapporté l’avis d’experts sur l’arsenal de Sanaa. Il est question d’« un mélange de systèmes saisis lors de la prise de Sanaa en 2014, de systèmes complets introduits clandestinement, ou encore d’équipements fabriqués par le groupe lui-même à partir de composants — eux aussi introduits illégalement au Yémen, principalement via la mer d’Arabie », explique Niranjan BS, analyste de systèmes d’armes stratégiques pour la société de renseignement britannique Jane’s.
Selon la base de données Military Balance, les forces de Sanaa disposent de plusieurs types de missiles balistiques de moyenne portée (1.000 à 3.000 kilomètres), dont plusieurs dérivés de modèles iraniens. Elles ont aussi des missiles balistiques à courte portée, comme le missile antinavire Asef (ou Asif), équivalent du Khalij Fars iranien, rappelle le centre de recherche Wilson Center. Le groupe militaire a aussi une gamme de missiles de croisière avec la série des Quds, dont la version 4 a une portée maximale de 2.000 kilomètres, selon le Wilson Center.
Enfin, ils disposent de toute une gamme de drones, aériens – dont la gamme Samad a une portée de plus de 1.300 km – ou navals, dont certains sont des « copies locales » de modèles iraniens, souligne Niranjan BS.
Les forces de Sanaa sont également soupçonnées d’essayer d’améliorer l’efficacité de leurs armes grâce à l’IA. Dans un rapport en septembre, Anthropic a annoncé avoir identifié une cellule menant trois programmes de développement d’armes dans le nord du Yémen et utilisant Claude Code à la place d’ingénieurs « pour développer le logiciel de guidage, de navigation et de contrôle (GNC) qui pilote et stabilise un véhicule volant ».
Le groupe est aussi soupçonné d’essayer de se fournir en Chine ou en Russie. En juin 2024, le département du Trésor américain a évoqué le cas d’un homme soupçonné d’être affilié aux forces de Sanaa, mais basé en Chine et jouant « un rôle clé dans l’acquisition de matériaux permettant aux forces houthies de fabriquer des armes conventionnelles avancées à l’intérieur du Yémen ».
Selon le Middle East Institute, rapporte l’AFP, « l’Iran a fourni une assistance militaire cruciale aux Houthis, notamment par la livraison de missiles et systèmes de drones ». Leurs composants « sont conçus et fabriqués en Iran, puis acheminés clandestinement au Yémen (…) où ils sont assemblés », souligne le centre de recherche dans un rapport.
Toutefois, les Houthis « ne sont pas des supplétifs de l’Iran. Ils se considèrent comme des partenaires de Téhéran et non comme des intermédiaires agissant pour son compte », rappelle l’analyste israélien Danny Citrinowicz.
« Les Iraniens disposent d’une présence solide au Yémen », via la force Al-Qods des Gardiens de la Révolution chargée des opérations extérieures, qui « conseille mais ne décide pas », a-t-il récemment expliqué lors d’un colloque de la Fondation Jean-Jaurès à Paris. Des experts ont assuré pour l’agence Reuters que l’Iran a aidé Ansarullah à atteindre un niveau avancé dans la production et l’utilisation d’armes sophistiquées, approchant ainsi l’autosuffisance, et a contribué à développer une expertise militaire et industrielle locale difficile à démanteler même en cas de perturbation des voies d’approvisionnement directes.
Tel-Aviv au chevet de Riyad
Maariv a mis en garde contre le fait que le premier ministre pourrait entraîner Israël dans une guerre qui ne le concerne pas, à travers son intervention potentielle entre l’Arabie saoudite et les Houthis (Ansarullah) au Yémen. Le journal israélien s’est appuyé sur les démarches de Benjamin Netanyahu en vue d’un rapprochement avec l’Arabie saoudite sur fond des récentes tensions, estimant que la fourniture d’une aide militaire pourrait se transformer en un piège dangereux.
Il convient de noter qu’Israël se concentre aujourd’hui sur la restauration des relations avec l’Arabie saoudite, selon Maariv. B. Netanyahu s’est écarté de sa ligne précédente, d’après le journal : après le ciblage de l’aéroport de Riyad, il a publié un communiqué officiel dans lequel il a exprimé ses regrets face à l’attaque de missiles, présentant ses condoléances aux familles des morts et des blessés. Le journal a estimé que ce communiqué revêt un caractère officiel d’une part, tout en portant un message adressé aux Saoudiens : « Nous sommes là, à vos côtés », en l’absence de toute réponse saoudienne publique.
Pour rappel, des informations ont fait état de la disposition et de la volonté d’Israël d’intervenir dans la guerre, c’est-à-dire d’offrir une aide aux Saoudiens, après le ciblage des installations pétrolières et gazières saoudiennes ainsi que de l’aéroport de Riyad par les forces armées yéménites, en riposte à l’agression saoudienne contre le Yémen.
Quant à Donald Trump, lui et Netanyahu partagent un intérêt mutuel pour l’élargissement des accords d’Abraham, considérés comme la plus grande réussite du premier mandat de Trump à la Maison-Blanche, selon la description du journal. B. Netanyahu voit dans cet accord une opportunité politique et économique unique, qui pourrait être la dernière pour conclure un accord de ce type.
En 2023, Israël était sur le point de conclure un accord avec l’Arabie saoudite, une démarche qui a été entravée à la suite de l’opération Déluge d’Al-Aqsa le 7 octobre. Aujourd’hui, Israël revient pour parler une autre langue, selon les termes du journal : malgré ses capacités, Tel-Aviv n’a toujours pas réussi jusqu’à présent à se faire ouvrir les portes de l’Arabie saoudite. La raison en est peut-être que la force est enivrante, mais elle est aussi trompeuse, selon Maariv, et qu’elle ne suffit pas à convaincre les Saoudiens que leurs intérêts convergent avec ceux d’Israël. Le journal a rappelé que les tentatives d’Israël d’utiliser la force pour atteindre des objectifs politiques ont déjà échoué par le passé, notamment au Sinaï, dont elle s’est retirée dans un geste embarrassant, au Liban en 1982, et en Syrie.
Quant à la démarche actuelle de B. Netanyahu en faveur de l’Arabie saoudite, elle constitue un grand risque, selon le journal, dans le but d’obtenir un sourire, un geste ou une marque de bonne volonté à Riyad, et peut-être aussi aux États-Unis. Le Premier ministre israélien dira aux Saoudiens que les Américains hésitent à vous soutenir, alors que nous n’hésitons pas, et nous pouvons vous aider. En contrepartie, vous nous paierez le prix que nous exigeons, c’est-à-dire la normalisation qui avait disparu il y a 3 ans, et que B. Netanyahu cherche à concrétiser de nouveau.
Ainsi, le dirigeant israélien réclamé par la justice internationale s’écarte considérablement de la politique traditionnelle du passé, selon Maariv : « la mission de l’armée est de protéger l’État et les institutions, et non de jouer les gendarmes régionaux, ni de servir les intérêts des autres, n’ayant récolté de cela que des déceptions, y compris de la part de ses partenaires saoudiens ». Le journal a conclu en déclarant que « lorsque deux États arabes se font la guerre, cela ne concerne en rien Israël », estimant qu’il serait préférable que B Netanyahu écoute deux anciens leaders du Likoud, Yitzhak Shamir et Menahem Begin, car il n’y a aucune raison d’agir différemment cette fois-ci.

