Un responsable du département d’État américain a déclaré jeudi que M. Rubio avait eu une conversation avec Joseph Aoun au sujet de la saisie de centaines de kilogrammes d’explosifs du Hezbollah à Dahr al-Baydar, à plus de 35 km à l’est de la capitale libanaise, quelques jours auparavant, selon le site web américain Axios. Il a précisé que M. Rubio exigeait du chef de l’Etat libanais qu’il tienne pour responsables les personnes chargées d’envoyer et de financer le camion d’explosifs, soulignant que la restitution des explosifs saisis par les autorités libanaises au Hezbollah « ne devrait même pas être discutée ».
Le responsable du département d’État américain a ajouté que M. Rubio avait appelé à une communication militaire directe entre les forces libanaises et israéliennes dans le but de « résoudre le conflit » entre les deux parties, suite à l’accord de cessez-le-feu signé entre elles en juin dernier.
La présidence libanaise a rapporté que J. Aoun a souligné, lors de l’appel téléphonique jeudi avec M. Rubio, que « l’armée et les forces de sécurité s’acquittent de leurs fonctions en mettant en œuvre les décisions relatives à la prévention des démonstrations armées, à la confiscation des armes et des munitions et à la lutte contre la contrebande ». Axios a cité un responsable libanais affirmant que J. Aoun avait confirmé à M. Rubio lors de l’appel que « personne ne sera libéré à moins d’avoir prouvé son innocence », en lien avec le camion rempli d’explosifs saisi par les autorités libanaises. Par ailleurs, le président libanais a demandé au secrétaire d’État américain de faire pression sur Israël pour qu’il mette fin à ses attaques dans le sud du Liban et qu’il respecte l’accord-cadre signé entre les deux pays le 26 juin.
Jeudi, le Hezbollah a annoncé par la voix de Hassan Fadlallah, député du Bloc Fidélité à la Résistance que le camion chargé d’explosifs arrêté au point de contrôle de Dahr al-Baydar lui appartenait, exigeant la libération immédiate des détenus et la restitution du camion et de sa cargaison, qui, selon lui, représentaient les capacités utilisées par la « résistance » pour faire face à l’occupation israélienne dans le sud.
Depuis le 2 mars, Israël lance des attaques contre le Liban qui ont fait plus de 4 300 martyrs, 12 400 blessés et plus d’un million de déplacés, selon les autorités libanaises. Le 26 juin, Beyrouth et Tel Aviv ont signé un accord-cadre sous l’égide des États-Unis, stipulant un retrait progressif d’Israël du territoire libanais, le déploiement de l’armée libanaise sur place et le désarmement du Hezbollah. Malgré l’accord, Israël poursuit ses attaques dans le sud du Liban, tout en occupant toujours des zones sur place, certaines depuis des décennies, et d’autres conquises lors de guerres et d’opérations militaires récentes.
Périls en la demeure
Lors de son sermon du vendredi, cheikh Ahmad Qabalan, l’éminent mufti jaafarite, a averti contre ce qui est concocté contre le Liban : « nous sommes confrontés à un fief politique et sécuritaire œuvrant pour un projet américano-sioniste visant à déchirer le pays et à piller ses ressources et ses richesses », a-t-il dit. Selon lui, « le Liban est aujourd’hui incapable de gérer un État, des politiques, des projets, des réformes et des crises efficaces, ce qui place le pays tout entier au cœur d’une crise existentielle, du chaos et d’une menace. »
Il a ajouté que « pendant ce temps, la région est en proie aux flammes et la réalité du Moyen-Orient menace le monde. Le moment est venu de faire des choix majeurs et décisifs, car les manœuvres de fous internationaux placent la région et le monde au cœur des catastrophes les plus graves depuis la Seconde Guerre mondiale ». Le Cheikh a relevé aussi que « le pouvoir exécutif de notre pays est tenu de se repentir publiquement, car ses actes constituent une honte nationale et souveraine que même les pluies du ciel ne sauraient effacer. Cette imprudence et cette obstination à punir le Sud, la banlieue sud de Beyrouth et la vallée de la Bekaa ne font qu’attiser les flammes du conflit entre les composantes libanaises. »
S’adressant à « tout le peuple libanais », le mufti a ajouté qu’« il n’y a pas d’alternative à un Liban unifié et à sa constitution, pas d’alternative à la coexistence, pas d’alternative à la coopération et à la solidarité nationales. Quiconque s’obstine à livrer le Liban à Tel-Aviv le détruit. Toutes les forces politiques sont appelées à se mobiliser pour le sauver. Il est essentiel de comprendre la place du Liban dans la région et la situation actuelle. Gare aux erreurs d’appréciation, car les conséquences seraient catastrophiques. » plus, a-t-il noté, « puisque l’enjeu est de protéger le Liban, et non de le livrer à Israël, je m’adresse à tous ceux qui sont concernés et je leur dis : l’attaque organisée contre la résistance est une attaque délibérée contre la souveraineté du Liban et son existence même. La résistance et sa logistique sont aussi essentielles à l’existence du Liban qu’à la défense de sa souveraineté et à sa survie. » Et de conclure : « Nous réaffirmons que la légitimité de l’État, du pays et des institutions et appareils sécuritaires et militaires découle de la légitimité de la résistance qui a libéré ce pays et qui continue de défendre le Liban de toutes ses forces et au prix de sacrifices nationaux et souverains. Toute erreur concernant la résistance équivaut à déclarer une guerre existentielle au Liban et à sa souveraineté en faveur d’Israël, pays terroriste, et de son projet destructeur visant à sioniser ce pays, déchiré par les coups de poignards des agents internes de Tel-Aviv. Une erreur à cet égard serait une erreur d’une ampleur telle qu’elle détruirait, écraserait et brûlerait chaque parcelle du Liban. »
A signaler aussi que l’instance de coordination de la Réunion des partis a condamné l’ingérence américaine flagrante dans les affaires intérieures libanaises, laquelle a dépassé tous les us diplomatiques pour se transformer en diktats et en directives directes aux politiques et décisions nationales. « Nous exigeons du pouvoir qu’il recouvre le prestige et la dignité perdus en raison d’une politique de soumission envers l’extérieur et d’hostilité envers son propre peuple à l’intérieur, et qu’il revienne à la Constitution et aux lois internationales. Où est la souveraineté nationale, et comment peut-il être acceptable qu’un responsable étranger impose ses conditions à l’État libanais ? », lit-on dans son communiqué.

