Selon cette évaluation, les inondations constituent la principale source de pertes économiques, représentant à elles seules près de 60 % des dommages enregistrés. Au-delà du coût humain et matériel des catastrophes, la Banque mondiale souligne l’importance stratégique des actifs exposés aux risques naturels. En 2013, la valeur des infrastructures et bâtiments menacés atteignait environ 2.700 milliards de dirhams, soit près de 84.000 dirhams par habitant.
Le Maroc a été régulièrement confronté à des événements climatiques extrêmes au cours des dernières décennies. Entre 2000 et 2013, treize inondations majeures ont été recensées. Elles ont causé la mort de 263 personnes et engendré plus de 427 millions de dollars de dégâts matériels directs. Parmi les épisodes les plus marquants figurent les inondations de Tanger en 2008, celles du Gharb en 2009 et surtout celles de Guelmim en 2014. Ces dernières ont fait 47 victimes et provoqué des pertes économiques estimées à près de 600 millions de dollars.
Mais les inondations ne constituent qu’une partie du risque. Le rapport rappelle également l’exposition du pays aux séismes, en évoquant notamment le tremblement de terre d’Agadir en 1960. Avec une magnitude de 5,8, ce séisme avait pourtant causé près de 12.000 morts, fait 25.000 blessés et détruit presque entièrement la ville. Plus récemment, le séisme d’Al Hoceïma de 2004, d’une magnitude de 6,4, avait entraîné la mort de 628 personnes, blessé plus d’un millier d’autres et généré environ 400 millions de dollars de pertes économiques.
La Banque mondiale estime que le risque sismique demeure élevé dans plusieurs régions du pays. Des villes comme Fès ou Tanger, situées à proximité de la zone de contact entre les plaques tectoniques africaine et européenne, pourraient être confrontées à des secousses de plus forte intensité.
Cette vulnérabilité est accentuée par la concentration croissante des populations et des infrastructures dans les espaces urbains. En 2013, plus de 20 millions de Marocains sur une population totale de 33,8 millions vivaient déjà dans les villes. D’ici à 2030, ce chiffre devrait augmenter de plus de quatre millions d’habitants. Or, une grande partie de cette croissance urbaine concerne les zones côtières, où se concentrent les principaux pôles économiques du pays.
Le rapport avertit ainsi que 42 % du littoral marocain pourrait être fortement exposé aux phénomènes d’érosion et d’inondation à l’horizon 2030. Casablanca illustre cette tendance. La métropole comptait alors 3,3 millions d’habitants et pourrait dépasser les cinq millions d’ici à 2030, soit une progression de plus de 50 %. Une partie de cette extension urbaine pourrait s’effectuer dans des secteurs particulièrement exposés aux risques naturels.
À ces vulnérabilités structurelles s’ajoutent les effets attendus du changement climatique. Selon la Banque mondiale, une hausse des températures de deux à quatre degrés Celsius dans la région accentuerait les vagues de chaleur et la pression sur les ressources hydriques. Dans un scénario de réchauffement de deux degrés, des épisodes de chaleur extrême pourraient concerner près de 30 % des mois d’été dans une grande partie du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Le document évoque également une élévation du niveau de la mer d’environ 35 centimètres d’ici la fin du siècle dans un scénario de réchauffement limité à 1,5 degré, prenant Tanger comme illustration. Les précipitations estivales pourraient, quant à elles, diminuer jusqu’à un tiers dans certaines régions intérieures du pays.
L’étude insiste également sur les inégalités face aux catastrophes. Les populations les plus modestes apparaissent comme les plus exposées aux conséquences des événements naturels. Selon les analyses présentées, les actifs détenus par les 20 % les plus pauvres de la population présentent une vulnérabilité supérieure de 69 % à celle des ménages non pauvres. Cette situation s’explique notamment par la nature de leur patrimoine, davantage constitué d’actifs physiques susceptibles d’être détruits, mais aussi par leur accès limité aux mécanismes de financement.
Seuls 5 % des ménages pauvres disposent d’un accès à une forme de financement, contre 17 % parmi les catégories non pauvres. Cette faiblesse réduit considérablement leur capacité à absorber les chocs économiques provoqués par les catastrophes naturelles.
Le rapport relève par ailleurs la faiblesse de la couverture assurantielle. À l’époque de l’évaluation, hormis certains grands actifs industriels ou commerciaux privés, les mécanismes de protection contre les conséquences économiques des catastrophes demeuraient largement insuffisants. La Banque mondiale considère ce déficit comme l’un des principaux facteurs aggravant la vulnérabilité du pays.
Face à ces risques, le Maroc a progressivement développé une stratégie plus structurée. Depuis 2008, le Royaume collabore avec la Banque mondiale afin de mettre en place une approche intégrée de gestion des risques, couvrant à la fois les catastrophes naturelles, les fluctuations des prix de l’énergie et les vulnérabilités du secteur agricole. Cette coopération a progressivement évolué vers une politique davantage centrée sur la prévention et la résilience.
Parmi les avancées mises en avant figure la création d’outils de cartographie et d’évaluation des risques reposant sur les systèmes d’information géographique. Ces dispositifs permettent d’analyser, à l’échelle nationale, les risques liés aux séismes, aux inondations, aux tsunamis, aux sécheresses ou encore aux glissements de terrain. Ils servent également à mesurer les impacts économiques de long terme de ces événements afin d’orienter les politiques publiques.
Le programme soutenu par la Banque mondiale visait précisément à renforcer cette dynamique. Doté d’un budget global de 258 millions de dollars, dont 200 millions financés par l’institution internationale et 58 millions par le Maroc, il devait être mis en œuvre entre avril 2016 et décembre 2021 sous la responsabilité du ministère de l’Intérieur et du ministère de l’Économie et des Finances. Son objectif consistait à améliorer le cadre institutionnel de financement des actions de réduction des risques et à renforcer la résilience financière des populations concernées.
La Banque mondiale souligne toutefois que la gestion des risques au Maroc a longtemps souffert d’une fragmentation institutionnelle et d’une approche essentiellement réactive. Les interventions étaient souvent déclenchées après les catastrophes, à travers des programmes d’urgence spécifiques aux zones touchées, plutôt que dans le cadre d’une stratégie préventive cohérente à l’échelle nationale. Le rapport estime ainsi que le passage d’une logique de gestion de crise à une politique fondée sur l’anticipation constitue désormais un enjeu central pour renforcer la résilience du Royaume face aux catastrophes naturelles à venir.

